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Mouvement :Pour la baisse du prix du carburant
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Le problème
IL EST TEMPS D'AGIR ET VOICI QUELQUES RAISONS PARMI DES DIZAINES :
La situation est encore bien plus catastrophique qu'au début du mouvement des Gilets Jaunes en novembre 2018.
Le coût de la vie a explosé (essence, diesel, gaz, électricité, alimentation, loyers,...) tout comme la Pauvreté.
La démocratie a été bafouée par Macron à de nombreuses reprises.
Nos acquis sociaux (chômage, retraites,...) sont régulièrement attaqués.
L'inaction climatique met en danger le Vivant dans son ensemble.
...
QUELQUES CHIFFRES DE L'ÉVOLUTION ENTRE 2018 (AVANT DÉBUT DES GILETS JAUNES) ET SEPTEMBRE 2026 (OU DERNIERS CHIFFRES DISPONIBLES) :
COÛT DE LA VIE :
• Essence (SP95-E10) : + 47% (septembre 2026).
• Diesel : + 55% (septembre 2026).
• Produits alimentaires : + 30% (2025).
• Électricité : + 40% (2025).
• Gaz : + 92% (2025).
• Loyers : ≈ + 11,6% (avril 2026).
• Inflation générale : ≈ + 22% (août 2026, données provisoires).
PAUVRETÉ :
• Taux de pauvreté : De 14,5 à 15,4%, 813 000 personnes supplémentaires sous le seuil de pauvreté (2024).
RETRAITES :
• Départ : + 2 ans (relèvement progressif de 62 à 64 ans prévu par la réforme de 2023) [réforme suspendue jusqu'à 2028]
ASSURANCE CHÔMAGE :
• Allocation : - 16% en moyenne pour les nouveaux entrants concernés.
• Durée potentielle d'indemnisation : - 25%
• Conditions d'ouverture des droits : + 2 mois (de 4 à 6 mois , 5 mois pour certains primo-entrants).
Sources : INSEE, Unédic, Service-Public.fr (gouvernemental), IPCH/Eurostat, Le Parisien
Vérifications manuelles croisées avec l'IA (ChatGPT, Grok, Gemini)
TOUS DANS LA RUE À PARTIR DU 17 OCTOBRE
Contre la hausse des prix (essence,...).
Pour le pouvoir d'achat.
Contre la précarité et la pauvreté.
Contre les inégalités.
Contre les discriminations.
Pour de meilleures conditions de travail.
Pour nos services publics.
Pour nos acquis sociaux.
Contre l'inaction climatique.
Contre les violences policières.
...
Peuple RÉVOLTÉ Lanceur de pétition
Les décisionnaires
- Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-mer
- Emmanuel Macron, Président de la République française
Manifestation contre les coupes budgétaires à l'université, mouvement "Stand up for science", université St Paul dans le Minnesota.
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Publié le mardi 15 septembre 2026 à 14:58 (Première diffusion le mardi 24 mars 2026 à 14:00)
France Culture
55 min restantes
De cause à effets, le magazine de l'environnement
Par Aurélie Luneau
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Comment la science est-elle devenue une cible politique ? Les auteurs de l'essai "Le moment orwellien" reviennent sur le rôle essentiel des sciences dans les démocraties. Comment comprendre cette séquence orwellienne que nous traversons et les attaques actuelles contre les savoirs scientifiques ?
Avec
- Olivier Berné Chercheur CNRS en astrophysique à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP) et co-fondateur du Collectif Labos 1point5
- Valérie Masson-Delmotte Climatologue, membre du Haut conseil pour le climat et responsable du centre climat-société à l’Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL)
Dans un contexte de montée de l’autoritarisme et d’affaiblissement de la démocratie, des coups sont portés aux faits scientifiques, à certains lieux de savoirs et centres de recherche, sans parler de la liberté académique de plus en plus remise en cause. Comment lire et analyser les attaques faites à la science à travers le livre 1984 de George Orwell.
La science face aux nouveaux obscurantismes
Comment les faits scientifiques sont-ils aujourd'hui contestés et instrumentalisés ? Alors que paraît Le moment orwellien : la science face aux nouveaux obscurantismes aux éditions du Seuil, les invités expliquent les mécanismes de remise en cause des faits scientifiques et des libertés académiques, en écho au roman 1984 de l'écrivain visionnaire George Orwell.
À écouter
"1984" (Mil neuf cent quatre-vingt-quatre) de George Orwell
Olivier Berné rappelle le contexte de la montée d'un mouvement de désinformation : "Il y a cette instrumentalisation de la peur en fabriquant des contre-vérités, qui est beaucoup utilisée par les régimes illibéraux et cette manière de se détacher des faits et du réel, et déjà on voit poindre George Orwell."
Puis Valérie Masson-Delmotte analyse le déni climatique comme une stratégie politique dont l'objectif est le démantèlement du cadre réglementaire. Elle interroge les enjeux de la régulation publique. Il est ensuite question de l'impact de cette attaque contre la science sur le débat démocratique dans nos sociétés contemporaines.
À écouter
La science sous pression politique
Signes des temps
France Culture
42 min
Bibliographie
- Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant, Tamara Ben Ari, Le moment orwellien : la science face aux nouveaux obscurantismes, Seuil, 2026
- Jean-Jacques Rosat, L'esprit du totalitarisme : George Orwell et 1984 face au XXIe siècle, Hors-d'atteinte, coll. Littératures, 2025
- François Rothen, Les combats de la science : racisme, créationnisme, spécisme, pensée magique ... : 500 de lutte contre l'obscurantisme, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2022
- Etienne Klein, Le goût du vrai : et la force du faux ?, Gallimard, coll. Tracts, n°17, 2025
À écouter
Big Brother, cet inconnu
Signes des temps
France Culture
44 min
Références Climato-scepticisme Fake news – Infox – Désinformation Enseignement Universités Donald Trump Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) Environnement Info Sciences et Savoirs Sciences
Publié Il y a 2 semaines • 698 vues
Félix Marquardt est difficile à cerner. On l’a vu faire son come back sur les réseaux sociaux autour de Gaza et du chiffrage des morts qu’il trouve -arguments à l’appui- nettement sous évalué. Son parcours -et sa fiche Wikipédia en témoigne- est sinueux et alambiqué. Présenté comme consultant et essayiste, il est aussi journaliste, communiquant et surtout ex conseiller politique, organisateur de dîner mondain. À Davos en particulier. Fils d’un père américain avocat d’affaires et d’une mère galeriste américano-grecque, il est né dans les beaux quartiers parisiens, passé par l’école alsacienne, Stanislas, puis l’université de Columbia. Il démarre en bon lecteur du Diplo à gauche, en produisant du rap, en fumant de l’herbe et en prenant de la coke, visiblement en quantité. Il reconnait ces addictions et à eu du mal à en sortir, ce qui pourrait expliquer son embrigadement très à droite, où il se fait l’avocat du libéralisme américain. « J’étais plus très lucide et aveuglé par mon mentor JF Revel, je suis devenu un sarkoziste convaincu et un américanophile très libéral » dit celui qui a côtoyé autant Bill Gates (« un gros naze ») que les grands patrons français chez Total, L’Oreal ou Vivendi. Félix se sort de la toxicomanie, de l’emprise de Revel, se convertit à l’Islam et voyage beaucoup, écrit pour des journaux américains et espagnols. Aujourd’hui, habitant Athènes, il revient à ses premiers amours, le journalisme et la politique. Il annonce très vite la couleur en expliquant que JL Mélenchon et le programme de la FI sont la seule alternative possible pour sortir la France de l’ornière fasciste dans laquelle elle glisse. Mais ce n’est pas pour cette raison qu’on le reçoit pour cette conversation passionnante et surprenante. Félix avait envie de parler d’abord de Glucksmann avec qui il a longtemps travailler en Géorgie. Il a aussi écrit un papier pour Blast, fruit d’une enquête au long cours sur Davos, ses coulisses, ses acteurs et ses suites que nous publierons cet été.
Alors Kalimera les blasters et bon Zoom.
Journaliste : Denis Robert
#entretien #démocratie #oligarchie
Visibilité Publique CatégorieInconnu LicenceInconnu LangueInconnu Étiquettes
Durée1h 40min 7s - 1 Comment
Tr. : ... Sarkoziste ...
Herald tribune, vieux canard fondé à Paris ... on peut tous se faire laver le cerveau insidieusement ... Bari Weith ... si tu lis le monde, on peut tous se dire que Macron est génial ... Jacques Elul ... la propagande, phénomène sociologique ... l'individu roi, réponse à l'absence de repères du fait de la sécularisation ... ya très peu de nihilistes ... nous conforter dans nos idées que nous comprenons le monde ... les élites accros à la bienpensance ... Davos, entouré par les maîtres de l'univers, convaincus qu'issus de la méritocratie ... addicts à ces médias à la con comme Le Monde ... Glucksmann ... servait de rabatteur de femmes pour Saakachvili, prédateur ... la plupart des politiques abusent de leur position ... National Security Cancel ... j'étais atlantiste, yavait pas mieux sur l'étagère, c'est eux les gentils ... /Géorgiens /désintégration russe ... pays mis en vente, ultralibéral au pouvoir, la Géorgie à l'envers, un des 1ers pays christianisé au monde ... / voyages de presse à l'oeil, les Junkets ... les maîtres en sont les israéliens ... un million de russes obtiennent la nationalité israélienne ... si tu convaincs les élites que la géorgie géniale, tous les occidentaux vont le croire ... Glucksmann et moi étions sarkozistes ... organisait des dîners de comm ... objet d'un Junket, en devient un, mon réseau américain ... essaie d'effacer son passé ... Glucksmann, Philippe, Atal, c'est la même chose ... les oligarchies comprennent qu'il faut faire croire au peuple qu'il est souverain ... pont entre la réalité et la fiction démocratique ... les médias ne sont pas indépendants, journalisme de complaisance ... climat des affaires, pas pour les géorgiens sauf ceux qui parlent anglais ... 70 000 fonctionnaires mis à la porte du jour au lendemain ... je suis mélanchoniste parce que décolonial, proche des musulmans, du grand sud ... 6/10 vit avec 5$/j ... enfants à 5$/mois dans les mines de coltan ... il n'a pas changé d'un iota ... usa, guerre, droits de l'hommes ... depuis je me déconstruits, lui non ... je me décolonise la tête ... oligarchique, ploutocratique ... l'occident ne sait plus générer des êtres dignes de ce nom ... en faire des adultes, des sages ... habite à Athènes ... vie avec 500€/mois, moi 2 k€/mois expatrié ... armateurs privilèges, pays oriental ... soin famille, dimanche sacré, traditions anarchistes, communistes ... gouv voisin de Macron ... rue, peuple, proche du peuple palestinien grand test moral de notre temps ... 600 000 morts à Gaza, chiffre de l'ancien ambassadeur USA Chas Freeman ... sont l'honneur de l'amérique ... glissement dans la doxa israélienne : le sionisme, projet ++ depuis toujours ... Sanders ne s'y attaque pas ... Mamdani, arizona, texas, la nouvelle génération ... population de Gaza passée de 2,3 Millions à 1,7 ... 1/5ème des besoins rentre now ... sidéré par l'influence d'israël en France ... l'allemagne c'est pire ... en Fr, la fr de vichy fait soutien inconditionnel selon robert Bacton, algérie fr ... des médias ont joué leur rôle dans le génocide ... Aimé Césaire ... l'occident structurellement happé par le suprémacisme blanc ... /Davos Gates gros con ... système féodal moins merdique que le capitalisme ... /génèse de ces cénacles théâtre condescendance / varoufakis ... "engagés pour rendre le monde meilleur" ... Richard Athias aide Clinton ... vecteur de développement social et moral ...
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Décryptage
Publié le 3 mars 2026
Sciences humaines les cahiers de doléances
Les cahiers de doléances ou l'urgence de prolonger un exercice démocratique inédit
Par Christophe Fourel, administrateur d’Alternatives Economiques, membre des Convivialistes.
Alors que les Français·e·s se sont massivement investi·e·s dans l’écriture de « cahiers de doléances », sollicité·e·s par le Président de la République Emmanuel Macron, ces derniers sont restés lettre morte. Une forte mobilisation citoyenne ayant permis d’ouvrir l’accès à ces cahiers, des premiers travaux de recherche nous permettent désormais d’en analyser le contenu. S’appuyant sur un numéro de la revue Sciences Humaines dédié au sujet, l’économiste Christophe Fourel nous livre son analyse personnelle de ce manque de reconnaissance des citoyens, appelant à restaurer le sens du possible démocratique par une voie convivialiste, et ce dans le contexte de l’approche des élections municipales les 15 et 22 mars 2026.
Le Labo de l’ESS tient à remercier Christophe Fourel pour cet article venant nourrir son axe de travail « Régénérer la vie démocratique »
Ce décryptage peut aussi être téléchargé au format PDF.
Entre décembre 2018 et mars 2019, en plein mouvement des Gilets jaunes, des centaines de milliers de Français ont saisi la plume pour remplir les « cahiers de doléances » mis à disposition dans les mairies. Six ans plus tard, la revue Sciences Humaines consacre le 78e numéro de sa série « Les Grands Dossiers »1 à ces documents historiques qui, après avoir été longtemps ignorés, deviennent enfin accessibles au grand public. Cette publication révèle un paradoxe frappant : l'engouement massif des citoyens pour cet exercice démocratique contraste violemment avec le manque de considération dont ces contributions ont fait l'objet.
L'ampleur de la participation témoigne pourtant d'une soif de démocratie rarement observée. Au total, 240 000 contributions manuscrites ont été recueillies dans plus de 20 000 cahiers, auxquelles s'ajoutent près de deux millions de contributions numériques dans le cadre du Grand Débat national.
Les témoignages recueillis révèlent l'application avec laquelle les Français se sont prêtés à l'exercice. Beaucoup ont laissé leurs coordonnées complètes – numéro de téléphone, adresse postale et mail – espérant manifestement être entendus. Certaines contributions s'étalent sur plusieurs pages, structurées et argumentées avec soin. Cette minutie contraste cruellement avec le sort réservé à ces écrits.
L'enterrement d'une parole citoyenne
Car si l'élan fut massif, la suite relève du scandale démocratique. Le soir même où Emmanuel Macron devait restituer les conclusions du Grand débat, l'incendie de Notre-Dame a détourné l'attention médiatique. L'exercice a été purement et simplement abandonné. Les cahiers ont été numérisés par les Archives nationales où ils sont restés inaccessibles pendant de longs mois.
Gilles Proriol, expert en analyse de la participation citoyenne dont l'entreprise avait été missionnée pour analyser ces contributions, déplore dans le documentaire « Les Doléances »2 d'Hélène Desplanques n'avoir « jamais été reçu à l'Élysée » pour présenter son travail. Il résume la situation avec amertume : « À la fin, ça a donné des éléments de langage ». La mission du Grand Débat National a été « purement et simplement supprimée », privant les citoyens de toute réponse.
Ce n'est qu'en mars 2025 que l'Assemblée nationale – à l’initiative de la députée écologiste de la Drôme Marie Pochon – a voté à l'unanimité une résolution pour rendre publics ces cahiers. En avril 2025, un arrêté ministériel a enfin permis leur consultation dans les archives départementales.
Ce que disent vraiment les Français
La consultation de ces cahiers permet de reconstituer le portrait d'une France qui ne correspond guère à celui véhiculé par les débats médiatiques. L'analyse des contributions révèle quatre thèmes : la démocratie (avec notamment la demande de référendum d'initiative citoyenne), la fiscalité (le rétablissement de l'impôt sur la fortune étant la proposition numéro un), la transition écologique, et le pouvoir de vivre.
Ce dernier concept, forgé pour mieux rendre compte des doléances, va au-delà du simple « pouvoir d'achat » qui pointe la focale sur la consommation. Il englobe les besoins essentiels : se loger, se soigner, se chauffer, éduquer ses enfants, etc. Une mère écrit ainsi à Emmanuel Macron pour lui demander d'expliquer à sa fille pourquoi, bien qu'elle travaille, elle ne peut chauffer la maison à sa guise, ni lui offrir des menus équilibrés.
L'accès aux services publics revient constamment : l'hôpital, l'école, les transports collectifs. Les zones rurales font état d'un sentiment d'abandon. La transition écologique apparaît non comme un luxe mais comme une urgence, pourvu qu'elle soit socialement juste. Nombreux sont ceux qui réclament que les efforts demandés ne pèsent pas uniquement sur les plus modestes.
L'immigration : un non-sujet
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Une crise de confiance envers le politique
Au-delà de ces revendications plus spécifiques, les cahiers de doléances témoignent d'une grande insatisfaction à l'égard du fonctionnement de la politique. Cette défiance traverse l'ensemble des contributions et prend plusieurs formes qui révèlent une crise plus profonde du sens du possible démocratique.
Les citoyens expriment massivement leur conviction que les élus ne les représentent plus, qu'ils forment une classe coupée des réalités du terrain. L'insistance sur le référendum d'initiative citoyenne (RIC) traduit cette volonté de reprendre directement en main les décisions collectives, sans passer par des intermédiaires jugés sourds aux préoccupations populaires. Cette demande ne relève pas d'un simple caprice : elle exprime une aspiration fondamentale à la reconnaissance. Comme l'observe le philosophe Axel Honneth et le sociologue Alain Caillé dans leur réflexion sur la reconnaissance3, les individus ne luttent pas seulement pour leur survie matérielle, mais pour être reconnus comme sujets capables de jugement et d'action. À la conception utilitariste d'individus atomisés en lutte pour leur survie, ils opposent la lutte pour la reconnaissance qui permet de progresser vers la considération mutuelle. Au contact d'autrui, chacun devient conscient de lui-même et apprend à s'auto-limiter.
Les contributeurs aux cahiers de doléances ne réclament donc pas seulement des réformes institutionnelles : ils revendiquent d'être considérés comme des citoyens dignes, capables de réflexion et de propositions. L'application minutieuse avec laquelle ils ont rempli ces cahiers, laissant leurs coordonnées dans l'espoir d'être entendus, témoigne de cette aspiration à la reconnaissance.
L'érosion du sens du possible
La dénonciation récurrente d'une parole politique déconnectée révèle un problème plus profond, elle pointe l'écart croissant entre les promesses de changement et la paralysie effective du système. Les contributeurs expriment une difficulté collective à agir, un sentiment d'empêchement face à l'accumulation de projets qui s'épuisent en vaine agitation sans que rien ne change vraiment.
Les civilisations ne sont pas le produit d'un milieu favorable, mais elles se forgent dans l'adversité, par la réplique des humains aux défis qu'ils affrontent. Cette réplique suppose une vitalité du sens du possible qui permet, face à un obstacle inédit, de discerner une issue et de s'orienter collectivement vers elle. Ce sens du possible requiert une capacité de discernement en situation, une aptitude à débattre en vue de passer compromis, la capacité de coopérer en conciliant unité et pluralité, une acceptation suffisamment partagée de l'incertitude de l'avenir.
Or, ce sens du possible recule aujourd'hui. Les capabilités (théorisées par l’économiste Amatya Sen4) sont ce qui permet de convertir les ressources disponibles en libertés réelles. Elles procèdent des différentes libertés positives qui s'exercent dans un régime démocratique et résultent d'une responsabilité collective.
Il existe donc un lien entre sens du possible, état des libertés et démocratie. Favoriser le sens du possible conforte la démocratie dans la durée, mais aide aussi la société à faire face aux événements. Condition et finalité de la démocratie, une société habitée par le sens du possible se traduit en pratique par une certaine disposition à la confiance. Or la confiance ne cesse de reculer sous nos yeux, sans que nul pouvoir ne semble soucieux d'y remédier.
La gouvernance par les nombres, contre les citoyens
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Or, il existe un lien très étroit entre l'organisation du travail et les conditions de participation démocratique. L'activité professionnelle devient ainsi un contre-monde de la démocratie politique, un lieu où l'on désapprend systématiquement les compétences et les facultés qui sont normalement requises par celle-ci5.
Les cahiers de doléances témoignent précisément de cette souffrance : les citoyens constatent que leur capacité d'initiative est sévèrement encadrée, que l'entraide est dissuadée au profit de l'individualisation, que les valeurs du service public entrent en tension avec la pression de la performance. Cette souffrance éthique, ce malaise de ne pouvoir exercer pleinement sa citoyenneté, imprègne de nombreuses contributions.
De la société politique à la société de marché
L'insatisfaction exprimée dans les cahiers révèle aussi le basculement d'une société politique vers une société de marché.
À cette conception utilitariste, les contributions des cahiers de doléances opposent la lutte pour la reconnaissance. Le désir d'être reconnu est une motivation morale originaire qui donne sa dimension proprement humaine à l'entreprise politique. Raviver le sens du possible demande donc de remettre à l’honneur, sous la transaction marchande, cette couche première : le désir d'être reconnu. Cela implique de renouer avec la relation intersubjective, au lieu de la fuir dans la logique du tout-marché atomisé.
Le fait même que ces cahiers aient été ensuite ignorés pendant six ans constitue un déni de reconnaissance aux conséquences profondes. Comment ne pas voir dans cet abandon la confirmation que la parole citoyenne ne pèse rien face aux logiques du pouvoir ? Cette trahison illustre ce que dénonce les thèses du Manifeste convivialiste6 : nos élites politiques semblent naviguer dans un monde replié sur lui-même, de plus en plus étranger aux préoccupations de tous.
Ce déni alimente un ressentiment qui ne peut que s'intensifier. Les citoyens qui ont consciencieusement rempli les cahiers ont joué le jeu démocratique, mais on ne les a pas reconnus pour ce qu'ils étaient : des sujets politiques légitimes.
Restaurer le sens du possible démocratique: vers une éthique convivialiste de la discussion
Les cahiers de doléances nous rappellent pourtant qu'une autre voie est possible. Avec leurs plus de 700 propositions différentes, ils témoignent de cette capacité citoyenne à penser collectivement l'avenir, à formuler des solutions concrètes face à l'adversité.
Restaurer le sens du possible démocratique implique de prendre soin du lien social, d'entretenir un milieu fait d'attentes mutuelles non réductibles au jeu de purs mécanismes concurrentiels. Cela suppose d'accompagner l'épanouissement effectif des citoyens dans les sphères de l'éducation, du travail, de l'habitat, de la culture, où se façonnent les mœurs. Cela appelle une responsabilité partagée entre sphère politique et société civile, gouvernants et gouvernés, pour qu'adviennent des citoyens participants et éclairés.
L'expérience des cahiers de doléances résonne donc particulièrement avec les principes du convivialisme qui prône la construction d'une société où prime la coopération sur la compétition destructrice comme le souligne souvent Patrick Viveret. Celle-ci repose sur un principe essentiel : « s'opposer sans se massacrer ». Elle postule qu'il est possible de former une communauté à la fois politique et discursive dans laquelle les adversaires ne sont pas vus comme des ennemis mais comme une condition nécessaire du débat démocratique. Face à « l'hystérisation des débats mis en scène par la machinerie médiatique », qui aboutit à ce que tout le monde soit « catalogué, étiqueté »7en fonction de ce qu'il est supposé être plutôt que de ce qu'il propose, le convivialisme en appelle à une autre façon de faire de la politique.
La lente émergence de ces cahiers de l'ombre constitue peut-être une opportunité de renouer avec une démocratie plus substantielle.
[1] Sciences Humaines. (2025). On a ouvert les cahiers de doléances. Ce qu'ont dit les Français. Les Grands Dossiers n°78, mars-avril-mai 2025. URL : https://www.scienceshumaines.com/publications/ouvert-les-cahiers-de-doleances-ce-quont-dit-les-francais
[2] Pour en savoir plus sur ce documentaire paru en 2023 : https://www.13prods.fr/les-doleances/
[3] Honneth, A. (2013). La lutte pour la reconnaissance. Gallimard. Paris. Caillé A. (2025), Avez-vous de la valeur ? Le Bord de l’Eau, Bordeaux.
[4] Sen, A. (2001). Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté. Editions O. Jacob. Paris
[5] Voir une illustration de ce lien entre organisation du travail et pratiques démocratiques dans Coutrot, T. (2024). Le bras long du travail : Conditions de travail et comportements électoraux. IRES. URL : https://ires.fr/publications/documents-de-travail-de-lires/n01-2024-le-bras-long-du-travail-conditions-de-travail-et-comportements-electoraux/
[6] Internationale convivialiste. (2020). Second manifeste convivialiste : pour un monde post-néolibéral Internationale convivialiste. Actes Sud. Arles
[7] Nouvel Obs. (2015). Et si on arrêtait de se média-bastonner ? Pour une pensée convivialiste https://www.nouvelobs.com/idees/20151022.OBS8166/et-si-on-arretait-de-se-media-bastonner-pour-une-pensee-convivialiste.html
Connu / TG
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[23/04/2026 09:05] Elise Guerraichi—Lamotte: « La coopérative est un modèle vertueux et plus démocratique » : une proposition de loi déposée pour faciliter la reprise des entreprises par leurs salariés
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[23/04/2026 11:14]
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La démocratie locale souffre des mêmes maux que son homologue à l’échelle nationale : une concentration excessive des pouvoirs, un dialogue de sourds entre majorité et opposition, une faible représentativité sociologique des élus... Pour y remédier, il est nécessaire de renforcer l’équilibre des pouvoirs au sein des collectivités locales.
...
Le récit du local comme ultime rempart à la crise démocratique, alimenté par les maires et leurs représentants, mérite pourtant d’être nuancé. La plupart des dérèglements démocratiques à l’œuvre au niveau national se retrouvent localement, dans les grandes métropoles comme dans les petites communes rurales. Citons-en ici les trois principaux : la concentration du pouvoir dans les mains (du chef) de l’exécutif, le déficit de représentativité des élus et la dépolitisation des choix d’action publique.
...
Ce combat est trop souvent réduit à la question de la participation citoyenne1.
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En neutralisant toute opposition potentielle, la prime majoritaire enferme la démocratie locale dans un pur jeu de posture : sans aucune prise sur la décision, les élus d’opposition se retrouvent cantonnés à une fonction tribunitienne pour dénoncer l’incompétence des équipes en place.
La concentration du pouvoir se joue aussi au sein de la majorité
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L’allégeance au maire tient donc une place centrale
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Les maires sont par ailleurs les seuls à pouvoir signer les arrêtés municipaux et restent les principaux interlocuteurs des pouvoirs publics comme des acteurs privés.
Les élus locaux sont bien conscients des effets pervers de ce fonctionnement. Au burn out de maires, érigés en unique paratonnerre « à portée de baffe » de tous les mécontents, répond le bore out des autres élus qui sont nombreux à se demander à quoi ils servent
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Face à la présidentialisation du pouvoir municipal, la montée en puissance des établissements publics de coopération intercommunale ou EPCI (aussi appelés communautés de commune, d’agglomération ou métropoles en fonction de leur taille) produit un effet paradoxal. D’un côté, l’intercommunalité oblige les maires à travailler ensemble alors même qu’ils ne se sont pas choisis. C’est en effet à cette échelle que se situent les principaux leviers d’action du bloc communal (notamment en termes de ressources humaines et financières). Mais, d’un autre côté, l’intercommunalité contribue à renforcer la primauté des maires
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des chambres d’enregistrement
...
superposition entre l’exécutif et le délibératif. Chef du gouvernement (composé de « ses adjoints »), le maire assure aussi la présidence de l’assemblée (le conseil municipal) : il maîtrise à la fois le contenu des décisions et les modalités de leur mise en débat.
Les assemblées communales et communautaires devraient à l’inverse avoir pour fonction de faire contre-poids à l’exécutif pour garantir une forme d’équilibre des pouvoirs. Cela nécessiterait d’en renforcer l’autonomie, en redonnant du poids (et du sens) à la fonction de « simple » conseiller municipal/communautaire, c’est-à-dire les élus qui ne sont ni maire ni adjoint. Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, ces élus qui composent le pouvoir délibératif ont un rôle important de « contrôle du gouvernement ».
Pour cela, le bloc communal gagnerait à reprendre à son compte les éléments de fonctionnement de l’Assemblée nationale. Le premier consisterait à avoir une présidence de l’assemblée municipale qui soit dissociée de la fonction de maire. Cet élu aurait la charge de garantir la qualité démocratique des débats, de négocier les ordres du jour avec l’exécutif et d’intervenir en médiation lors de conflits entre élus. Pour garantir son autonomie par rapport à l’exécutif malgré la surreprésentation de la majorité, la présidence d’assemblée devrait obtenir les deux tiers des voix des élus sans délégation.
Il serait aussi possible de transposer le format des « commissions d’enquête parlementaire », en permettant à chaque conseiller sans délégation d’engager une commission d’enquête au cours du mandat s’il parvient à réunir le soutien d’un sixième des membres du conseil. Ces derniers mois ont en effet souligné l’intérêt de cet outil transpartisan pour permettre aux députés d’investiguer les zones d’ombre de l’action gouvernementale et/ou peser sur le cadrage de l’agenda, par exemple sur les aides publiques aux entreprises ou la régulation des plates-formes numériques. Cette possibilité existe déjà pour les villes de plus de 20 000 habitants, mais elle est rarement saisie faute de moyens.
Cette pluralisation des débats en interne aurait pour effet de redynamiser les contre-pouvoirs externes (à commencer par les associations) qui souffrent souvent d’une dépendance aux exécutifs locaux pour l’accès aux ressources (qu’il s’agisse de financements ou de locaux, mais aussi d’accès à l’information). En favorisant la confrontation de points de vue et en diversifiant les interlocuteurs politiques, elle améliorerait la transparence démocratique des décisions locales.
Accompagner la politisation des enjeux locaux
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l’action publique locale continue d’être présentée comme apolitique ... à distance des étiquettes partisanes ... la « bonne » gestion ... le « bon sens » s’impose ?
La même logique se retrouve au niveau des intercommunalités, marquées par le modèle de la cogestion2
...
Cette dépolitisation découle aussi de l’absence de campagne, et donc de débat, sur les politiques communautaires, dans une élection où l’essentiel de l’attention se focalise sur l’échelon municipal
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La primauté des clivages institutionnels (communes versus intercommunalité) et territoriaux (ville-centre versus communes périphériques) conduit néanmoins à euphémiser toutes les autres lignes de clivage possibles, qu’elles soient idéologiques et/ou sociologiques. D’autant que cela se combine avec une technicisation des débats alimentée par la (sur)production d’études et de diagnostics qui, en éclairant la complexité des enjeux, finit par en invisibiliser la portée politique.
La dépolitisation persistante des décisions (inter)communales contraste avec la politisation croissante des enjeux locaux, notamment lorsqu’ils ont trait à la transition écologique. La mandature 2020-2026 se caractérise en effet par une hausse des crispations liées à la mise en œuvre des politiques de transition. Ce « backlash écologique »3 résulte d’un changement de nature des politiques locales de transition, avec le passage d’une logique incitative à une logique plus contraignante. A la suite de l’échec de la taxe carbone, l’Etat a délégué au local le déploiement des contraintes écologiques à travers la mise en place des zones à faibles émissions (qui consistent à interdire la circulation des véhicules diesel dans les territoires les plus pollués) ou le zéro artificialisation nette (qui oblige chaque commune à diviser de moitié le nombre de terrains ouverts à l’urbanisation). Justifiées par l’impératif environnemental, ces mesures s’avèrent beaucoup plus clivantes que les grandes ambitions écologiques relativement incantatoires affichées jusqu’ici. La hausse des tensions se retrouve aussi sur la gestion de l’eau, face à un écart croissant entre des besoins en hausse et une ressource en baisse et à une intensification du risque d’inondation.
Cette situation crée un effet de dissonance de plus en plus marqué entre une action publique qui continue de se présenter comme consensuelle et un débat public sur les questions locales de plus en plus conflictuel. La rhétorique de la « gestion en bon père de famille » s’avère de moins en moins opérante face à la multiplication des protestations, de la part de ceux qui accusent la collectivité d’en faire trop comme de ceux qui jugent qu’elle n’en fait pas assez. Cette politisation des enjeux locaux s’observe aussi sur les politiques de l’habitat, autour notamment de la régulation des loyers et des locations de courte durée4.
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la fabrique de l’action publique locale ne consiste pas uniquement à identifier les solutions techniques pertinentes. La définition des politiques territoriales correspond aussi à des choix d’allocation de ressources rares et partagées (l’eau, les sols, le logement, l’espace public…) sur lesquelles s’opposent des intérêts divergents et des différences de vécu. Faute d’en prendre la mesure et de naviguer avec, les collectivités locales (élus et agents confondus) se retrouvent en incapacité de porter des politiques transformatrices soutenues ou acceptées par une majorité de leur population.
Démocratiser l’action publique locale consiste donc à assumer la dimension (re)distributive des politiques menées, pour mettre en débat les conceptions de la justice qui les sous-tendent. Au nom de qui et de quoi ces choix-là sont-ils faits, alors qu’il y en aurait d’autres possibles ? Pourquoi les élus de telle collectivité font le choix de privilégier l’entretien des routes par rapport à la prise en charge de la petite enfance, quand d’autres territoires optent pour une hiérarchisation inverse ? Sur chaque politique menée, quels en sont les gagnants et les perdants potentiels, et cela correspond-il aux perceptions des personnes concernées ?
Pour éviter que la hausse des protestations ne vienne neutraliser la capacité d’action des collectivités locales, il est nécessaire d’organiser leur mise en débat afin de contraindre les élus à argumenter davantage leurs choix quand ils se retrouvent contestés sur le terrain. Voilà pourquoi la campagne des municipales constitue une séquence démocratique importante, pour donner à voir les espaces de choix et inviter les (futurs) élus (et leurs électeurs !) à prendre position.
Améliorer la capacité représentative des élus
La robustesse démocratique du local interroge enfin la place des élus locaux dans la fabrique de l’action publique et la nature de leur fonction. Au sein des collectivités, les élus sont systématiquement renvoyés à leur fonction de « décideurs » : ils président les comités de pilotage organisés par chaque direction, valident les délibérations élaborées par l’administration ou inaugurent les projets réalisés par « leurs » services.
Ce schéma théorique selon lequel les élus décident et l’administration exécute apparaît pourtant en décalage avec la pratique d’une action publique qui reste en grande partie pilotée par l’administration. Plus nombreux et davantage outillés en expertise, les agents publics locaux ont un rôle déterminant dans la conception des politiques locales et dans la définition des priorités d’action.
Renforcer la démocratie locale passe donc par une clarification du partage des rôles entre élus et administration, en assumant la place de cette dernière. La mission des élus n’est pas de se transformer en superchef de service multipliant les directives et imposant ses choix, mais de se faire le relais des préoccupations et du vécu de la diversité de leurs concitoyens qu’ils ont la charge de représenter. La tâche est (de plus en plus) ardue : face à la différenciation des modes de vie, l’explosion des inégalités et la hausse des mobilités, comment réussir à représenter la population dans son ensemble ? Elle est pourtant essentielle, pour tendre vers la promesse démocratique selon laquelle chaque voix compte, à part égale.
Cet accent sur la fonction représentative des élus dans le pilotage des politiques publiques locales est aussi un moyen de lutter contre la centralisation du pouvoir soulignée précédemment. Car s’il est tentant de vouloir décider tout seul, il faut nécessairement être plusieurs pour réussir à représenter une population plurielle et hétérogène. D’où l’importance des assemblées par rapport aux exécutifs locaux.
Cet impératif représentatif jette une autre lumière sur la composition des assemblées (inter)communales. Le rapport du collectif Démocratiser la politique5 est venu pointer le déficit de représentativité sociologique des élus, en objectivant la surreprésentation des classes supérieures et l’invisibilisation des classes populaires (souvent reléguées aux positions non éligibles sur les listes). Contrairement aux idées reçues, la proximité ne suffit pas à supprimer les inégalités de représentation ! Les écarts entre la sociologie de la population et celle des élus sont tout aussi marqués en local, encore plus quand on les regarde au prisme du rapport au logement. « Nous avons réalisé en votant notre PLUi [plan local d’urbanisme intercommunal, NDLR] que tous les élus autour de la table sont propriétaires d’un pavillon, alors que les locataires constituent 40 % de la population communale », reconnaissait le maire d’une ville proche d’une grande métropole. Alors que la démocratie participative conduit à renforcer ces inégalités de représentation en donnant la parole aux personnes qui la prenaient déjà, les 500 000 (futurs) élus municipaux ont une responsabilité majeure pour atténuer ce déficit de représentativité et donner du poids politique aux groupes sociaux qui sont jusqu’ici relégués aux marges de la démocratie locale.
Souligner la fonction représentative des élus locaux conduit aussi à changer de regard sur la place qui leur est accordée au sein des collectivités. A rebours d’un modèle hiérarchique (« les élus décident et les services exécutent ») qui s’avère souvent en décalage avec la réalité, il s’agit de penser la fabrique de l’action publique comme un exercice de coproduction (et de confrontation) entre des expertises techniques et des expertises politiques. Le but n’est pas de transformer les élus en experts des politiques locales, mais d’outiller leur expertise représentative et de la mettre à l’épreuve pour s’assurer qu’ils remplissent la mission démocratique qui est la leur.
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faire évoluer le fonctionnement interne des collectivités locales pour en renforcer la robustesse démocratique. Pour que le local puisse effectivement faire rempart aux tentations autoritaires, il lui reste encore du chemin à parcourir, que ce soit sur l’équilibre des pouvoirs comme sur la prise en charge des inégalités de représentation.
Manon Loisel et Nicolas Rio, politistes, consultants-chercheurs en stratégies territoriales, sont à l’initiative d’une « Lettre aux 500 000 (futurs) élus municipaux », mise en ligne chaque mois.
- Cette réduction du sujet à la démocratie participative est d’autant plus dommageable que la multiplication des dispositifs institutionnels de participation s’est avérée relativement impuissante pour démocratiser l’action publique, comme nous l’avons démontré dans notre essai Pour en finir avec la démocratie participative, Textuel, 2024.
- Sur cette notion de cogestion, voir « Politiser et dépolitiser la métropole », par Gilles Pinson, Métropoles n° 25, 2019.
- « Le backlash écologique qui vient : réflexions sur les municipales 2026 », par Manon Loisel et Nicolas Rio, Futuribles, vol. 5, n° 468, septembre-octobre 2025.
- Housing under platform capitalism: the contentious regulation of short-term rentals in european cities, par Thomas Aguilera, Francesca Artioli et Claire Colomb, University of California Press, 2025.
- « Tous les mêmes ? Portrait social de la France politique de 2002 à nos jours », rapport du collectif de recherche participative Démocratiser la politique, septembre 2025.
Ndlr : ce raisonnement s'applique-t-il également au sein d'une organisation comme GPF ? C'est mon sentiment. Approfondir ACT
Publication publiée :14 janvier 2026 Post category:Démocratie
Le collectif Pacte civique de Lyon s’est livré à une analyse détaillée de l’action de la Métropole de Lyon au cours du mandat 2020-2026. Il entend ainsi fournir aux électeurs de mars prochain des éléments d’information et de réflexion leur permettant d’exercer leur « devoir électoral » de manière pertinente. Il a déjà, par le passé, contribué à l’information des électeurs, notamment aux élections municipales de 2014 et 2020, aux législatives de 2017 dans le Rhône, aux élections européennes de 2019.
Pourquoi l’observation de la Métropole de Lyon est-elle particulièrement intéressante ?
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forte de ses 58 communes, d’une superficie de 534 km2, d’une population de plus de 1,4 million d’habitants, constitue un vaste territoire essentiellement urbain, l’équivalent de la Haute-Garonne, douzième département le plus peuplé de France.
Bien que l’exécutif de la Métropole de Lyon regroupe plusieurs formations de gauche (25 élus sur 150) aux côtés des écologistes, ceux-ci ont une influence prépondérante (59 élus sur 150) sur les politiques mises en œuvre. Le cas lyonnais illustre donc bien ce que peut être une gestion de grande envergure dirigée par les écologistes.
Un cas très particulier
Entre la création de la Courly (Communauté urbaine de Lyon) en 1969 et les premières élections « politiques » au suffrage universel direct de 2020, 50 ans se sont écoulés, marqués par une succession d’évolutions aboutissant à la structure actuelle de la Métropole, collectivité territoriale à part entière, qui possède à la fois les compétences d’une intercommunalité et celles d’un département.
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Notre méthode d’évaluation
Après une description détaillée des principales mesures prises, politiques mises en œuvre, ainsi que de leurs conséquences lorsqu’il est possible de les évaluer, nous tentons une évaluation.
Sur chacun des aspects analysés, nous avons sélectionné quatre critères.
- L’exécutif métropolitain a-t-il tenu les promesses du candidat ?
- Les résultats marquent-ils un progrès dans la mise en œuvre des quatre valeurs du Pacte civique : créativité, sobriété, justice et fraternité ?
- Les actions menées sont-elles satisfaisantes en termes de démocratie et d’éthique de l’action publique ?
- L’action a-t-elle répondu aux besoins à long terme de la société : justice sociale, écologie, démocratie ?
Pour chacun des critères, nous formulons une évaluation, fondée sur les 4 valeurs du Pacte civique, en utilisant la méthode très visuelle des drapeaux de couleurs
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quatre critères ont été sélectionnés :
• L’exécutif métropolitain a-t-il tenu les promesses du candidat ?
• Les résultats marquent-ils un progrès dans la mise en œuvre des quatre valeurs du Pacte civique : créativité, sobriété, justice et fraternité ?
• Les actions menées sont-elles satisfaisantes en termes de démocratie et d’éthique de l’action publique ?
• L’action a-t-elle répondu aux besoins à long terme de la société : justice sociale, écologie, démocratie ?
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Conclusion
Si on comptabilise les drapeaux attribués aux différentes politiques publiques menées par la Métropole, on remarque tout d’abord que seuls les drapeaux jaunes et verts ont été utilisés. Ce qui nous fournit un premier enseignement : les politiques de la Métropole ne sont jamais apparues en décalage avec les promesses, déplacées, mal choisies ou hors sujet. La proportion entre le jaune et le vert est remarquablement équilibrée : sur les 36 évaluations opérées, 18 relèvent du vert et 18 du jaune. D’où un deuxième enseignement : les politiques développées par la Métropole nous paraissent globalement satisfaisantes, même si elles ont été souvent critiquées pour leur aspect « dérangeant », pour la rupture qu’elles ont marquée par rapport aux pratiques antérieures. L’exécutif a sans doute manqué de tact et de pédagogie, en particulier vis à vis des maires en début de mandat.
Une autre réserve concerne la deuxième valeur cardinale du Pacte civique, la sobriété, nécessité historique écologiquement essentielle, en particulier en matière de lutte contre le dérèglement climatique.Nous nous étonnons que, bien que souvent mise en œuvre concrètement, elle n’ait pas pris une place plus importante dans la communication d’un exécutif majoritairement écologiste. L’examen que nous avons mené montre aussi que cette valeur est parfois passée au second plan, derrière celle, évidemment importante, de justice sociale.
354 k abonnés - 2,9k+ - 20 088 vues - 518 commentaires L'actu politique
Dans cette nouvelle actu politique de la semaine, Antoine Léaument revient sur plusieurs sujets majeurs de l’actualité parlementaire et internationale. Il évoque les batailles menées à l’Assemblée nationale, les enjeux autour de la Kanaky Nouvelle-Calédonie, la hausse des prix de l’énergie, ainsi que les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Une intervention dense qui mêle analyse politique, critique du gouvernement et propositions concrètes .
Antoine Léaument débute par la présentation d’une proposition de loi qu’il appelle à combattre, estimant qu’elle vise à restreindre la liberté d’expression en criminalisant certaines critiques, notamment vis-à-vis de la politique de l’État d’Israël. Il explique que ce texte, présenté comme une lutte contre l’antisémitisme, pose en réalité un problème majeur en établissant un lien entre les Juifs et l’État d’Israël. Selon lui, cette confusion est dangereuse et contraire aux principes défendus par les institutions comme la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Il appelle également à signer une pétition pour s’opposer à cette loi et souligne les divisions qu’elle suscite, y compris parmi les députés.
Il revient ensuite sur un épisode parlementaire qu’il qualifie de victoire face au gouvernement. Celui-ci aurait tenté d’accélérer l’examen du texte pour en faire un levier de pression politique, notamment dans le cadre du vote sur la Kanaky Nouvelle-Calédonie. Antoine Léaument dénonce une tentative de chantage sur les députés et une atteinte au fonctionnement démocratique de l’Assemblée nationale. Il explique que, grâce à la mobilisation des oppositions, le gouvernement a été contraint de reculer.
Concernant la Kanaky Nouvelle-Calédonie, il critique la volonté du gouvernement de repousser à nouveau les élections provinciales. Selon lui, cette décision vise à éviter une possible victoire des indépendantistes. Il insiste sur le fait que ces reports successifs posent un problème démocratique majeur et empêchent un débat légitime sur l’avenir institutionnel du territoire. Il se félicite de l’adoption d’une motion de rejet préalable qui met le gouvernement en difficulté et pourrait l’obliger à organiser les élections.
Antoine Léaument aborde ensuite la question de l’augmentation des prix de l’énergie, en particulier du carburant. Il décrit les conséquences directes pour les ménages, avec une perte de pouvoir d’achat et un effet inflationniste sur l’ensemble des produits. Il explique que cette hausse est liée à la situation internationale, notamment aux tensions sur les routes commerciales comme le détroit d’Ormuz. Face à cela, il défend une solution qu’il juge efficace : le blocage des prix et des marges. Il rappelle que ces mesures ont déjà été appliquées par le passé et qu’elles permettraient de faire porter l’effort sur les grandes entreprises plutôt que sur les consommateurs.
Il critique en parallèle les propositions du gouvernement et de l’extrême droite, comme les aides ciblées ou la baisse des taxes, qu’il considère comme inefficaces et injustes, car elles font peser le coût sur les finances publiques et donc sur les citoyens. Il insiste sur le rôle des grandes entreprises pétrolières, comme Total, qui continuent de réaliser des profits importants.
Enfin, Antoine Léaument évoque la situation internationale, notamment au Moyen-Orient. Il revient sur les déclarations d’Israël concernant l’arrêt de ses commandes d’armes à la France, y voyant la preuve que des livraisons avaient bien lieu malgré les démentis du gouvernement. Il dénonce un manque de transparence et une faute politique. Il exprime également son soutien au peuple libanais, victime selon lui d’une situation dramatique marquée par des bombardements, des déplacements massifs de population et de nombreuses victimes civiles.
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Energie et Climat - Démocratie et gouvernance
Un traité mondial pour laisser les énergies fossiles sous terre
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*Ils ne sont pas "tous" pourris, mais bien trop le sont.**
Nous acceptons l'inacceptable.
En attendant de jouir un jour d'une véritable démocratie, nous devrions exiger que l'aristocratie élective qui gouverne soit irréprochable.
- Car enfin le trait le plus visible dans l'homme juste est de ne point vouloir du tout gouverner les autres, et de se gouverner seulement lui-même. Cela décide tout.
- Autant dire que les pires gouverneront
Emile Chartier, dit Alain
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ENTRETIENS 🗣️
Diego Chauvet, journaliste à l'Humanité, reçoit Johann Chapoutot, spécialiste de la montée du nazisme, pour apporter son regard d'historien, de spécialiste des années 30, sur le renversement des valeurs que nous vivons actuellement entre fascisme et antifascisme.
00:00 Introduction
02:09 Qu'est-ce que l'antifascisme ?
11:28 Mort de Quentin D. : la réaction de Dominique de Villepin
19:55 Le retour de propos pétainistes
25:21 Faut-il distinguer les formes de violences ?
31:28 L'influence trumpiste
44:34 Marianne attaque Johann Chapoutot
50:17 Notre hors-série "Front commun contre l'extrême droite"
Tr.: ...
extrême centre et extrême droite partagent des valeurs communes : le darwinisme social, des formes de suprémacisme social c'est sûr, suprémacisme racial très souvent, et ils ont également la même clientèle en gros, les dynamiques patrimoniales, les possédants. Et par ailleurs, ils ont les mêmes ennemis, c'est-à-dire la gauche en général. Ce que les nazis appelaient le marxisme qui englobait aussi la social-démocratie qu'il s'agissait de détruire, notamment les syndicats. Dans ce que fait le centre, nous avons déjà des antécédents ... de la dynamique des idées comme de la dynamique sociologique, du point de vue idéologique comme sociologique, c'est compréhensible. Et ça s'est déjà produit. Ce qui est regrettable, c'est que une partie de la gauche se désolidarise de l'autre de la même manière que le SPD (ndlr : Parti social-démocrate d’Allemagne. En allemand Sozialdemokratische Partei Deutschlands) avait tenté de s'imposer ? dans les bonnes grâces de la droite, voire nazie, nous, nous sommes la gauche raisonnable, discours que l'on entendait déjà à l'époque. Nous sommes des gens raisonnables, nous n'avons rien à voir avec ces fanatiques de l'égalité sociale ou de la justice sociale que sont les communistes, nous n'avons rien à faire avec eux. Il les ont donc jeté par dessus bord, ou jeté sous le bus comme on dit aujourd'hui pour, encore une fois, donner des gages à la droite et à l'extrême droite. Pour se sauver eux-mêmes. L'histoire a bien montré que ils ont été victimes eux-mêmes de ce qu'ils pensaient pouvoir éviter. Phrase de Dominique de Villepin dans un texte qu'il a publié jeudi soir à ce sujet "Le parti social-démocrate allemand, grande force républicaine de gauche à l'époque, a eu sa part de responsabilité dans la montée du nazisme en maintenant l'illusion d'une posture d'équivalence qui a conduit à son propre écrasement." C'est ce que vous décrivez là précisément. DDV lui, en tant que responsable politique, en fait l'analogie avec le présent. Est-ce qu'il a raison ?
OUI ce qui le distingue notamment d'un ancien pdt de la république dont les dernières déclarations sont consternantes du point de vue de l'éthique politique, François Hollande pour ne pas le citer, de la morale humaine, de la décence commune et de la culture politique, contrairement à des gens comme cela, DDV est quelqu'un ??? il lit de la littérature, philosophie, histoire puisque nous en avons parlé, notamment de cette période de 1932-1933, c'est quelqu'un qui ayant ouvert des livres d'histoire, en a tiré quelques enseignements. D'autres comme FH que vous citiez, en fréquentant uniquement HEC et Science Po n'a pas eu l'occasion de se former à l'histoire et c'est bien dommage puisque, précisément, l'erreur majeure, monstrueuse même en réalité du SPD allemand en 32-33, ça a été, au moment depuis avril 1932 les communistes proposaient une alliance, non seulement à la base mais aussi au sommet, de vouloir se distinguer à toutes forces d'une gauche qu'il était prêt à sacrifier, avec laquelle ils avaient des désaccords stratégiques, tactiques, et un passif d'opposition assez long, sacrifier cette gauche là pour se sauver soi-même. Et ça a duré longtemps cette histoire puisque le SPD Allemand, non seulement n'a rien fait quand les nazis sont arrivés au gouvernement, contrairement à ce que demandait le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands ou PARTI COMMUNISTE ndlr) une grève générale. Mais 5 mois plus tard, le SPD en était encore à voter une motion de confiance à Hitler et à son gouvernement au Reichtag. Le 17 mai 33, franchement, c'est très tard. Cela dit, en écoutant certaines déclarations la semaine dernière - les Hollande et Gluxman ou autres - on voit qu'effectivement ce genre d'individus voter des motions de confiance à des gouvernements d'extrême droite qui en d'autres temps aurait massacré à qui mieux mieux et incarcéré dans des centres spéciaux puisque le 17 mai 33, c'était par centaines que se comptaient les victimes à gauche du gouvernement nazi. Donc oui, faire un peu d'histoire de temps en temps peut servir !
On entend que les communistes étaient trop radicaux. Visiblement, ça ne s'est pas passé comme ça.
Je l'entends beaucoup ici et là. En fait ya deux historiographies pour être un peu techniques dans la manière dont on raconte l'histoire, ce sont deux historiographies qui se sont mises d'accord. Ya une historiographie de droite toujours prête à dire que la gauche c'est mal et que la gauche de la gauche c'est encore plus mal. C'est radical, ça parle trop fort, ça ne met pas de cravate, ça demande un peu trop bruyamment la justice sociale et fiscale, c'est très impoli et donc c'est le chien qui saute sur la table en plein diner bourgeois et ça ne se fait pas. Une seconde historiographie trotskiste est entrée en calescence? avec la première, qui à juste titre a plein de choses à reprocher aux staliniens, bien sûr. Et dieu sait que les trotskistes dans les années 30 ont pâti de leur opposition au stalinisme, mais la lecture qu'a pu faire Trotski et dans la suite les historiens trotskistes, de cette période, fait l'économie de quelques faits importants et de quelques archives et sources importantes. Il y a une opposition terrible entre SPD et KPD depuis 1919, pourquoi ?
Parce que la scission du KPD, la scission communiste qui fait suite à tous les débats qu'il y a eu entre réformistes et révolutionnaires avant 14, fait suite au désaccord entre ceux qui ont voté les crédits de guerre, les socio-démocrates, et ceux qui ont refusé de les voter, c'est-à-dire les futurs communistes, ensuite la révolution de 17, la séparation sur la base des 21 points de Lénine et du Cominterm, en France, Italie et partout, mais dans le contexte allemand, vous avez un contexte de guerre civile qui vient aggraver les choses avec une répression menée par les socio-démocrates au pouvoir contre les communistes. Vous avez 150 morts la semaine sanglante de Berlin en janvier 19, vous avez 1200 morts en mars 1919, vous avez également le pdt social-démocrate Hébert qui empêche l'union entre socialistes et communistes en Turinge et en Saxe en 1923, et vous avez à nouveau un massacre à Berlin le 1er mai 1929 avec la police sociale-démocrate, préfet de police social-démocrate, ministre pdt de Prusse social-démocrate et chancelier aussi, qui massacre 33 personnes à l'arme lourde au centre de Berlin. Et évidemment que dans ce contexte là, les communistes avaient quelques raisons d'en vouloir aux socio-démocrates. Inversement, les socio-démocrates prenaient ombrage qu'on les traite de socio-traitres et de socio-fascistes, ce qui pouvait s'argumenter puisque le socio-démocrates avaient choisi de faire une politique de droite. Les socio-démocrates avaient soutenu le chancelier Bruning de 1930 à 1932, soutenu sa politique d'austérité, de destruction de l'état social. Évidemment, dans ces conditions là, lorsque vous êtes vaguement de gauche et que vous avez quelques idées qui sont accrochées à une vague colonne vertébrale, vous ne pouvez pas ne pas critiquer cela. Les communistes ont été fidèles à cette revendication de justice sociale et fiscale, ont critiqué les socio-démocrates. Mais in fine, face au danger nazi, peut-être était-ce trop tard. Mais face au danger nazi, en avril 32, après les résultats des élections présidentielles de mars 1932, après le résultat des élections de Prusse, en avril 32, la progression nazie, le KPD a proposé une alliance qui a été refusée à de multiples reprises par la direction social-démocrate. Je tenais à rappeler tous ces contextes là à la fois historique pour l'allemagne mais également historiographiques pour voir comment on réécrit l'histoire, pour rappeler que le KPD allemand, tout stalinien qu'il était, et que toutes ses fautes, toutes ses erreurs, n'est certainement pas responsable de tout. Évidemment que la gauche n'est pas responsable de l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Il n'y avait plus de démocratie parlementaire depuis mars 1930. Quand bien même les marxistes auraient-ils été majoritaires et unis, jamais le pdt Henenbourg n'aurait appelé un chancelier social-démocrate au pouvoir.
Dans vos propos et dans votre livre, on voit la réaction des élites. À l'époque, on ne sait pas encore ce que va vraiment donner le nazisme derrière. Aujourd'hui, on sait. Et malgré cela, depuis une dizaine de jours, on entend Martine Vassal, candidate de la droite républicaine à Marseille, dire travail, famille, patrie, ce sont mes valeurs. On voit Laurent Wauquier le jour où 3000 militants qui vont faire des saluts nazis, hurler des slogans racistes, etc. Afficher le portrait géant de Quantin Deranque sur l'hôtel de région à Lyon. On entend Aurore Berger parler d'anti-france qui est aussi un terme qui renvoie à une certaine époque, comment on interprête ce déferlement de propos quand aujourd'hui on sai tout ça ?
Alors on sait... Il est possible de plaider l'incompétence, l'ignorance et l'incurie. Je ne pense pas que Mme Berger ou Mme Vassal soient les couteaux les plus aiguisés du tiroir ou les humanistes les plus confirmés du personnel politique français. Mais au bout d'un moment, il commence à devenir difficile de plaider l'inculture ou l'incompétence. Tout cela commence sérieusement à fair système. Parler d'anti-France, c'est évidemment une référence à l'extrême droite intisémite et xénophobe de la fin du 19ème siècle. Référence directe à Drumont, à Mauras. Ça peut faire office de dogwittle, ces petits stylos qu'on envoie pour faire rappliquer les chiens, et en l'occurence des chiens d'extrême droite. Ce sont des petits signes qui sont envoyés. On pense également à ce que disait Emmanuel Macron sur Pétain qu'il appelle le maréchal Pétain. Rappelons que depuis 1945 il n'y a plus de Maréchal Pétain puisqu'il a été condamné pour indignité nationale quand il vantait le grand soldat quand tous les historiens de la 1ère guerre mondiale, les historiennes en l’occurrence comme Bénédicte Vergez-Chaignon?? autrice de la meilleure biographie de Pétain, contestent absolument. C'était un très mauvais tacticien, très mauvais stratège, mais sans doute pas pour E. Macron. Alors, on peut y voir plusieurs choses. Outre l'incurie, outre l'incompétence. Déjà une culture de droite qui a des inclinations à l'extrême droite. Ce qui est assez manifeste chez un individu comme E.Macron. Toute sa socialisation, toute sa culture si on peut parler de culture, l'accumulation des signes amicaux adressés à l'extrême droite depuis 2017 fait système. Et donc ça, ça se retrouve chez ses proxis ou chez ses obligés, chez ses vassaux. Que ce soit chez les gens qui viennent de LR ou qui y sont encore, c'est le cas d'Aurore Berger. Karl Olive aussi, personnage désastreux. Maintenant Martine Vassal à Marseille. Tout cela confirme une analyse désormais bien établie et qui est applicable à notre période comme elle l'a été à d'autres précédemment qui est que un extrême centre qui voit lui échapper le pouvoir soit par extinction d'un mandat, soit par désastre socio-électoraux répétés, au fond, l'extrême centre actuel se retrouve au niveau Fon papen en 1932. Entre 10 et 15%. Et bien cet extrême centre là se radicalise. s'ensauvage, et va ensauvager aussi ses proxis et puis ses forces de l'ordre. On l'a vu de manière répétée depuis 2018. Ya un problème avec le maintien de l'ordre en France. Très clairement. Les images de Sainte-Soline, les propos de Sainte-Soline, auront fait réaliser à beaucoup ce que c'est que l'ensauvagement des élites patrimoniales qui ne peut plus tenir que par l'ensauvagement de forces de l'ordre qui sont là pour maintenir un pouvoir par la violence. Pouvoir encore une fois qui est contraire, dont la politique est contraire aux intérêts de la quasi-totalité de la population. Il devient difficile quand on meurt dans la salle d'attente des urgences de tel hôpital, de justifier une politique fiscale qui a fait exploser les inégalités depuis 2017. Ces choses là sont impossibles à justifier donc on mobilise un appareil médiatique monstrueux pour justifier l'injustifiable. Et si jamais ça ne suffit pas, on fait des tirs tendus de LBD.
Puisque vous abordez la violence d'ÉTAT, en ce moment justement, là aussi ce qui est très marquant dans la semaine écoulée, c'est de voir finalement une violence qui est toute mise dans le même sac. On voit des reportages qui représentent des successions d'images de gilets jaunes, de maison d'un maire brûlée par l'extrême droite parce qu'il voulait faire un centre d'asile sur sa commune, vous citez les violences policières, tout ça est placé dans l'environnement médiatique comme quelque chose de presque équivalent. Est-ce qu'il faut distinguer déjà ces violences en fonction de qui les commet ? Et comment historiquement on distingue les violences antifasciste et violences d'État ?
En amont de tout cela, ce qui est rarement évoqué, voire jamais par les médias établis, les médias traditionnels dont on se rend compte qu'il ne font pas un travail de journaliste. Ils ne font pas un travail d'établissement des faits, ni de lecture des sciences humaines et sociales, de critique du réel, la violence dont ils ne parlent pas, c'est la violence qui est endogène consubstantielle à une organisation sociale, on le voit tous les jours, prône de plus en plus l'exploitation démesurée de soi-même, de son propre corps, de son propre temps, d'autrui, de l'environnement, de la planète pour des objectifs de profits dont on voit l'absurdité de manière de plus en plus claire. Cette société là, la société que l'on prône, la société que l'on vend à longueur de plateaux, celle des réformes, celle de la croissance, celle du profit, celle d'une société qui est par définition d'une violence extrême qui repose sur l'exploitation, sur le malheur. Le malheur des corps, des esprits. Nous vivons dans un pays où les dommages psycho-sociaux liés au travail explosent. Elle est là la violence quand même. La violence faite aux femmes, aux exploités, aux enfants. Et lorsque vous avez des gens qui dénoncent cette violence parce qu'ils en sont révoltés, parce que c'est quelque chose qui les rend malades, qu'ils ne peuvent supporter, parce qu'ils ont assez d'empathie et de sensibilité, assez d'humanité pour ne pas accepter cela. On les désigne eux comme violents. Mais c'est complètement délirant. Alors ça s'explique très bien puisque pour maintenir un pouvoir qui nie le réel et qui nie la sensibilité et la vie de la quasi-totalité de la population, il faut inverser les réalités en permanence. Donc si vous dénoncez la violence, c'est vous le violent. Pourquoi ? parce que vous ne portez pas de cravate et que vous parlez un peu trop fort. Parce que vous dites des choses qui ne se disent pas dans les dîners en ville où il faut savoir garder un sens de la nuance, de la mesure, de la bonne éducation. Et si vous transgressez ces normes ou ces codes, vous êtes un fanatique, un énervé, un jacobin, un communiste, un partageux et alors insulte suprême désormais un antifasciste. Vous vous rendez compte que le terme antifasciste est devenu une insulte ? C'est quoi alors le terme amélioratif ? C'est fasciste ? Si être antifa est mal, donc c'est être fasciste qui est bien, et bien oui, c'est cette impression que l'on a en rgardant les plateaux de tv depuis 10 jours.
Alors paradoxalement, on entend aussi des gens d'extrême droite se plaindre justement sur les plateaux qu'on les qualifie de fasciste ou de nazis disant que la gauche fascise tout, nazifie tout et qu'on met des cibles dans le dos. Donc pour eux ça reste péjoratif.
Oui. Alors pas pour tous puisque certains s'en revendiquent volontiers mais lorsque pour le coup toute la presse quotidienne régionale et tous les réseaux de France 3 région ont fait leur travail en juin 2024 pour voir qui était candidat et notamment du RN. Oui lorsque vous affichez des croix gamées sur vos réseaux sociaux, des runes germaniques bien connues ou des crismes désormais détournés par l'extrême droite pour afficher une certaine opinion. Lorsque vous défilez derrière des tambours de la jeunesse hitlérienne le 9 mais, lorsque vous utilisez le rune de la mort ou de la croix celtique comme symbole, c'est tout à fait constitutif d'une culture fasciste et d'une référence aux années 30 et au fascisme italien et au nazisme allemand qui sont pleinement explicites et tout à fait revendiqués par ces troupes là. Il me semble que dans la désastreuse manifestation de samedi non interdite par le ministère de l'intérieur et la préfecture de Lyon, et bien il y avait des slogans constitutifs de cette culture politique d'extrême droite, des slogans contre l'immigration très violents, contre les minorités sexuelles, des saluts nazis. Donc effectivement ça semble être qualifiable de fascisme, oui.
Est-ce que dans cette réthorique là il n'y a pas une importation d'un cadre narrratif qui nous vient notamment des États-Unis de Trump ?
Oui, c'est le grand facilitateur en fait. Trump et l'extrême droite américaine au pouvoir pour la 2ème fois. Trump 1 pour Trump 2. Donc c'est pas une anomalie ni une aberration dans un contexte américain. Trump est bien le produit de forces profondes qui ont parti lié à l'histoire du racisme, de l'esclavage, de la ségrégation, à l'histoire du nazisme américain parce que ça existe et à l'histoire du suprémacisme social et racial qui est là aussi très structurant dans l'histoire des États-Unis depuis 200 ans. Et singulièrement depuis 1945. Ce pouvoir de l'extrême droite US s'est singularisé dès le 1er jour en janvier 2025, on le sait, par une épidémie de saluts nazis au plus haut sommet de l'administration trumpienne Elon Musk d'abord pui Steve Banon ensuite. Et ça a envoyé un signal mondial qui a été très bien compris, par les destinataires, c'est que il ne faut plus se cacher, il ne faut plus avoir honte et désormais ou peut comme ils le disent vulgairement dans cette langue managériale, dérouler. Dérouler la réhabilitation d'une culture politique foncièrement anti-humaniste, anti-universaliste, qui n'était plus fréquentable depuis 1945. Vous avez un ordre interne juridique et un ordre international qui est structuré par une clé de voute, l'antifascisme. Plus jamais ça. Après 1945, tout l'édifice normatif interne et externe, international depuis 1945 se répartit autour de cette clé de voutelà. De manière assez largement hypocrite, ça n'a pas empêché les démocraties occidentales de se livrer à des guerres contre la décolonisation. Ça n'a pas empêché le lâchage ou les meurtres de gens de couleur aux USA, y compris par les forces de l'ordre. Mais du moins, au plus haut niveau des Etats, il était inconvenant, impoli, de faire trop référence au nazisme et au fascisme. Désormais grâce à Musk, Trump, Banon, Steven Miller et on le voit dans la communication quotidienne du pouvoir d'extrême droite aux USA, cette clé de voute là, on l'a fragilisée, on veut la détruire et dans ce cas là, c'est toute la voûte qui s'effondre. Donc ça donne une subversion de l'ordre moral et juridique interne aux USA comme nous le voyons puisque désormais ce ne sont plus seulement des noirs ou des latinos que la police tue. Ce sont désormais des blancs. Assassinés de 10 balles dans le dos. Ce qui fait réagir. Quand il s'agit de noirs, ça peut paraître relever de la normalité aux USA. Mais le fait que désormais les trumpistes assassinent des blancs a pu émouvoir. Et puis pour ce qui est de l'ordre international, on l'a vu dans la négation du droit international par l'administration Trump, négation reprise chez nous par quelqu'un comme Gabriel Attal centriste paraît-il, qui en réalité s'aligne complètement sur les positions de l'extrême droite américaine. Donc cette clé de voûte de l'antifascisme du plus jamais ça, et fragilisée par des gens qui sont totalement irresponsables. Soit par ignorance crasse, mais j'ai parfois du mal à l'accréditer, soit cynisme sordide.
Et pour ce qui concerne les oligarques de la tech, ya aussi un intérêt propre, un vrai projet derrière.
Oui, un vrai projet économique. Alors évidemment orienté vers le profit de leurs entreprises et leurs profits personnels. Mais au-delà de cette quête d'accumulation vorace et sordide, vous avez aussi une philosophie politique qui est structurelle en occident depuis la seconde moitié du 19è siècle dans les élites patrominiales qui est le darwinisme social. C'est-à-dire que les hiérarchies sociales ne sont que la traduction, la translitération hiérarchies naturelles. Et c'est la nature qui en a disposé ou décidé ainsi. Certains sont appelés à souffrir et à être exploités à être des fonds d'énergie dans lesquels on va puiser jusqu'à l'épuisement. Ça c'est la biomasse du vulgum pécus. De la plèbe qui doit être mise en coupe réglée qui doit servir à votre profit et d'autres qui sont appelés là encore par la nature à gouverner, à jouir, à profiter et ça va très loin. Jusqu"à la négation du dérèglement climatique de par les élites patrimoniales qui pensent pouvoir s'en sortir. Tertil?? investissait dans des îles artificielles où des milliardaires se retrancheraient et laisseraient le reste de l'humanité à son triste sort. Quant à Elon Musk, on connaît ses fantasmes spatiaux pour tout simplement sauver une peau au mépris du reste de la quasi-totalité de l'humanité appelée à périr.
Alors, c'est justement tout ça, j'imagique qui est la raison pour laquelle vous avez décidé personnellement d'être l'un des 180 signataires d'un appel à affirmer notre antifascisme qu'on publie d'ailleurs dans l'humanité d'aujourd'hui. Donc contrairement aux injonctions, ce n'est pas le moment de ne pas surenchérir ou de calmer le jeu.
On aurait pu être beaucoup plus nombreux en réalité à signer. On aurait pu être des milliers. Ensuite, c'est le fonctionnement des pétitions qui circulent ici ou là. Mais il paraît évident pour la totalité des collègues, des amis que je croise, que avoir à réaffirmer cette conviction simple que le nazisme c'est pas bien, que le fascisme c'est pas bien, c'est quelque chose d'assez surprenant pour nous qui avons grandi dans les années 80-90 en songeant à cette histoire en noir et blanc un peu dépassée, un peu ancienne des années 30 où l'on jouait un peu à se faire peur en se demandant si on aurait été résistant, si on aurait été neutre, collabo. C'était des jeux de rôle très abstraits tout cela. Ça n'avait pas d'incarnation concrète ou d'utilité politique ou pragmatique immédiate. Et on se rend compte, alors que nous pensions que tout cela était terminé, était un mauvais souvenir cantonné, renfermé dans quelques chapitres circonscrits des livres d'histoire, et bien c'est redevenu notre quotidien ou notre exigence contemporaine et dans ce quotidien là, il paraît quand même assez élémentaire et pas extravagant ou exagéré comme on disait sous la révolution, de réaffirmer que le fascisme c'est mal. Il faut pas, il faut pas. Contrairement à ce que l'on peut entendre ici et là, le "on n'a jamais essayé". Si si on l'a déjà essayé et multiplement d'ailleurs, oui, dans plusieurs pays d'Europe, on sait ce que c'est que l'extrême droite, on sait ce que c'est que la dynamique de radicalisation de l'extrême droite, on sais ce que c'est que les stratégies de normalisation, de banalisation ou d'embourgeoisement, la fameuse stratégie de la cravate, vous mettez en façade une espèce de robot humaoïde pas très malin avec des costumes cintrés et qui soulève de la fonte et qui parle mécaniquement bien peigné, qui d'ailleurs va répéter tout ce que dit le MEDEF d'une heure sur l'autre, va prôner l'union des droites, mais derrière cette façade plus ou moins respectable, quoique très frelatée et toujours navrante en réalité quand on voit le niveau, eh bien derrière cela, les 2è et 3è lignes sont plus que nauséabondes et méphitiques??. Il suffit pas d'aller très loin dans les réseaux sociaux ou dans les historiques de publications des candidats du RN pour montrer à quoi on a affaire lorsqu'on a affaire à ces gens là. Et ça on a déjà essayé. Donc il nous paraît extravagant aujourd'hui de devoir rappeler que c'est le fondement du monde contemporain depuis 1945. L'antifascisme, c'est la philosophie politique minimale de notre monde et c'est le fondement politique élémentaire de notre philosophie juridique et politique. PLUS JAMAIS ÇA...
C'est aussi une façon de faire bloc, d'interpeller la gauche au regard de sa propre histoire que vous avez décrit tout à l'heure.
Oui. C'est un appel à la raison et à la non répétition des erreurs du passé. L'autoradicalisation d'un côté et puis de l'autre côté la volonté de se départir d'une partie de la gauche en la sacrifiant et en pensant se sauver soi-même. Typiquement ce qu'on fait les socio-démocrates en 32-33 là encore pour sauver leur peau, sauver leur mandat, leur existence sociale alors in fine ils ont été passés par pertes et profits comme les autres, comme ceux qu'ils avaient abandonné. La solidarité de gauche entre humanistes, entre universalistes, entre personnalités soucieuses d'un minimum de justice sociale, fiscale, entre les genres et de justice écologique, tout cela devrait permettre de faire bloc chez les politiques comme celles et ceux qui font l'histoire. Petite précision pour ceux qui déplorent que des historiens par exemple rappellent que l'antifascisme est le fondement de notre monde. Alors déjà, quand on fait cela, on ne fait que notre métier, on rappelle tout simplement sur quoi est fondé le monde contemporain et son ordre juridique et moral. Et par ailleurs il est quand même surprenant de reprocher à des praticiens des sciences humaines, à des historiennes et historiens d'avoir des idées politiques universalistes plutôt généreuses et plutôt orientées vers le respect des normes juridiques et morales. Peut-être pourrait-on considérer que ces historiennes et historiens ont précisément ces idées politiques là parce que ils ont une vraie connaissance de l'histoire, parce qu'ils ont vu ce que cela donnait dans des conditions normales température et de pression à un certaine moment et qu'ils en ont donc induit des leçons de conduite et de maintien pour aujourd'hui.
On vous reproche même d'avoir des idées politiques tout court. Il y a quelques jours, Marianne vous accuse de vous servir de l'histoire comme d'une tribune politique. En quoi finalement prendre position, signer des appels, avoir un discours sur l'histoire, ça n'a rien d'incompatible avec un travail d'historien ?
J'aime beaucoup citer cette phrase d'Emile Durkeim qui était titulaire de la 1ère chaire de sociologie à La Sorbonne et Émile Durkeim positiviste qui voulait faire de la science sociale une science, c'est-à-dire une chose qui n'est pas suspect d'être engagé ou d'être orienté. Emile Durkeim déjà était un républicain convaincu. C'était un homme de gauche, c'était un Dréfusard, quelqu'un qui s'était engagé pour la justice, pour la révision du procès injustement fait au capitaine Drefus. Et Émile Durkeim qui avait cette ambition de faire de la science sociale disait aussi que si la sociologie n'était au fond qu'un loisir ou que de l'art pour l'art, la sociologie de vaudrait pas une heure de peine.
Alors je n'irai pas jusque là car je pense que l'histoire vaut quand même une heure de peine indépendamment de tout, tellement j'aime ma discipline et tellement c'est mon élément. Mais de fait, l'histoire est éminemment liée au présent. Le questionnaire que nous adressons au passé, c'est le questionnaire du présent, d'un homme ou d'une femme, d'un blanc ou d'un non blanc, d'un papa ou d'une maman, d'un trentenaire ou d'un quadra, je n'ai pas les mêmes questions et mes collègues non plus à adresser au passé selon ma propre temporalité, ma propre historicité. Et rappelons aussi, au-delà de ces considérations épistémologiques minimales que en France l'histoire a été rendue obligatoire dans l'enseignement primaire et secondaire précisément par a République et précisément pour des raisons politiques. Rappelons-le. Rappelons-le aussi. Celles et ceux qui parlent de neutralité axiologique ou qui représentants de l'extrême centre sur les plateaux oublient un peu vite pourquoi nous avons fait de l'histoire une discipline OBLIGATOIRE en France. Parce qu'il s'agissait de former les citoyennes et les citoyens. C'est bien que dès l'origine, chez des gens qui n'étaient pas des zadistes énervés ou des communistes impénitents, je pense à Jules Ferry qui était très très loin de tout cela, il y avait cette idée que l'histoire est la formation du regard critique et des catégories du citoyen. Je pense que tout simplement lorsque nous signons un appel pour rappeler que l'antifascisme est le fondement de notre monde contemporain, nous ne faisons que notre travail de professeur d'histoire.
Est-ce que ça ne participe pas finalement de la même offensive qu'on entend souvent en ce moment cette fois contre la politique à l'université, l'interdiction des conférences qui est prônée par certains ? Est-ce qu'on n'a pas affaire finalement au même phénomène ou de peut-être de mise au pas, de la recherche, du milieu universitaire ?
Ça c'est vraiment un classique des périodes de raidissement autoritaire que la destruction des lieux de savoirs, la destruction des formations universitaires et notamment des formations critiques. On le voit dans l'amérique de Trump avec la manière dont les humanités, les sciences sociales sont massacrées par l'administration Trump en terme budgétaire mais aussi en terme normatif, réglementaire avec parfois des interdictions de faire cours sur ceci ou de dire cela.
De manière générale, je pense qu'il y a un assaut contre les humanités, contre les lettres, contre les sciences humaines et sociales, mais depuis longtemps en réalité, cet assaut il est à la fois administratif et structurel. Les universités se portent mal à cause des politiques néolibérales. Bien sûr elle souffre comme tous les services publics, mais elle souffre d'autant plus que pour un pouvoir encore une fois mal intentionné, comme le nôtre l'est, cet extrême centre libéral autoritaire qui ne veut certainement pas le bien de la population, on le voit au traitement de l'hôpital et de l'école, tout simplement au traitement des services publics. Ce pouvoir libéral autoritaire ne voit jamais d'on bon œil évidemment l’émancipation par les savoirs critiques. D'autant plus que les gens qui arment les structures de ces mouvements là ne sont généralement pas issus de filières d'humanités et d'humanités critiques. Donc il y a une incompatibilité entre les deux. Oui.
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Livre Les irresponsables, paru l'année dernière chez Gallimard ... vous travaillez à une suite
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la démocratie tient grâce à vous.
Tr.: ...
organiser la délibération collective .. tribunal populaire, mettre sous contrôle les élites politiques, juger les plus puissants, sur pieds pas accumulation du pouvoir, contrôle du pouvoir ... l'élan démocratique, des avantages, des choses à défendre ...
Hugo Micheron, chercheur en science politique à l'École des Affaires internationales de Sciences Po. Spécialiste du Moyen-Orient et du djihadisme. Et Justin Vaïsse, historien, fondateur et directeur général du Forum de Paris sur la Paix.
Avec
- Hugo Micheron, politologue français, spécialiste du djihadisme en Europe
- Justin Vaïsse, historien, fondateur et directeur général du Forum de Paris sur la Paix, ancien directeur du Centre d’Analyse, de Prévision et de Stratégie du Quai d’Orsay
"On avait, jusque-là, un axe iranien qu'Ali Khamenei avait développé comme étant l'une des assurances vie de l'Iran", appelé "l'axe de la résistance" qui partait de Téhéran jusqu'à Beyrouth, en passant par Bagdad, en Irak, et Damas, en Syrie, "qui a été pulvérisé", affirme sur France Inter Hugo Micheron, chercheur en science politique à l'École des Affaires internationales de Sciences Po.
"On a à la place un axe d'États faillis", ajoute le spécialiste du Moyen-Orient et du djihadisme, lui faisant dire qu'"il y a un nouvel ordre régional aujourd'hui au Moyen-Orient". "Ce qui s'est passé sur les deux dernières années et demie au Moyen-Orient", comme la guerre entre Israël et le Hamas ou encore la chute du régime de Bachar-al-Assad en Syrie, "va probablement déterminer les dix ou quinze prochaines années au Moyen-Orient", un moment "historique", pour Hugo Micheron.
D'autant plus qu'actuellement, l'Iran se retrouve sans dirigeant, avec la mort du guide suprême Ali Khamenei. Depuis, "on voit bien que les réseaux que coordonnait l'Iran sont aujourd'hui très décoordonnés". "Ils envoient des bombes sur à peu près tout ce qu'ils peuvent" puisqu'ils "n'ont plus de chaîne de commandement". Pour autant, les "constructions étatiques", de la région et de l'Iran "sont tout à fait solides", pour Justin Vaïsse, historien, fondateur et directeur général du Forum de Paris sur la Paix.
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En Iran, les stocks de missiles et de drones sont loin d'être épuisés, mais la marine et les avions sont vieillissants
L'info de France Inter
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"Le paradoxe et toute la difficulté de cette crise, c'est que l'Iran, ce n'est pas juste une dictature comme la Libye, avec quelques hommes de main, c'est un régime qui est là depuis plus de 40 ans et qui repose sur une structure milicienne de rue", rappelle-t-il. "Donc faire s'écrouler ce régime-là, c'est difficile." Raison pour laquelle "la grande question qui se pose", selon Justin Vaïsse, est de savoir "si effectivement Donald Trump est parti pour un changement de régime et s'il peut le faire depuis le ciel, c'est-à-dire par des bombardements".
Concernant l'attaque organisée par les États-Unis et Israël sur l'Iran le 28 février, Hugo Micheron assure que "le monde dans lequel on est aujourd'hui, c'est un monde extrêmement chaotique où les règles sont redéfinies quasiment jour après jour". "On est dans un monde de brute, de force, il y a vraiment cette brutalité des relations internationales, des guerres très ouvertes et donc on ne peut pas simplement toujours demander à jouer avec des règles que plus personne ne respecte."
L'équipe
- Alexandra Bensaid, Journaliste
- Simon Le Baron, Journaliste
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Tr.: ... la démocratie est bafouée par le fait de détruire la confiance dans la diplomatie (déclencher une guerre alors que des négociations étaient sur le point d'aboutir)
...
*Ndlr : D.Trump met à mal la démocratie aux USA. En attaquant l'Iran avec Israel en pleines négociations, c'est l'ordre international qui continue à se dégrader après avoir porté atteinte à l'ONU. Comment sortir de ce rapport toxique à la puissance ?
Quel rôle peut jouer la médiation ? ACT
Le djihadisme n’est pas la seule menace terroriste à peser sur la France. Ces dernières années, plusieurs projets d'attentats fomentés par l’ultradroite ont été déjoués sur le territoire. Parmi les personnes arrêtées – citoyens d’apparence ordinaire ou jeunes militants identitaires –, certaines s’étaient radicalisées en réaction aux attentats djihadistes de 2015. Pourtant, la justice française hésite encore à qualifier ces actes de "terroristes" et le phénomène reste peu renseigné. Alors que ces groupuscules aux techniques de milices multiplient les agressions contre des ennemis désignés – juifs, musulmans, immigrés, homosexuels…–, la France commence tout juste à prendre la mesure du défi. L’Allemagne, elle, y fait face depuis le début des années 2000 et les scandales liés à l’infiltration par des néonazis de la Bundeswehr et de la police. Outre-Rhin, les violences racistes ont augmenté après l’accueil des réfugiés syriens décidé par Angela Merkel en 2015. Alors qu’autour de figures comme Björn Höcke, vice-président de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) ou de l’activiste néonazi Christian Klar, orateurs, idéologues et formations politiques propagent des discours de haine dans le pays, les élus aussi deviennent des cibles. À la rhétorique du "grand remplacement", théorisée en France par Renaud Camus, répond la "remigration" (la déportation forcée des migrants) martelée notamment en Autriche par le prosélyte Martin Sellner ou Herbert Kickl, président du FPÖ (Parti de la liberté). Ce racisme revendiqué nourrit la radicalisation.
La démocratie attaquée
Sous-estimé par rapport à la menace djihadiste, le terrorisme d’ultradroite, alimenté par la propagande délétère d’idéologues et de politiciens décomplexés, connaît un inquiétant renouveau en Europe et dans les démocraties occidentales, laissant planer le risque d'attentats de grande ampleur. De l’Allemagne, qui voit resurgir ses vieux démons, à l’Amérique brutale de Donald Trump en passant par la France ou la Suède, tous ces groupes cherchent à renverser les institutions démocratiques, comme l’a montré, le 6 janvier 2021 aux États-Unis, l’assaut du Capitole, auquel prirent part plusieurs membres d’organisations classées comme terroristes. Convoquant des experts, des figures de l’ultradroite, des repentis et des proches de victimes, cette enquête glaçante met en évidence un phénomène méconnu, explorant la nébuleuse de réseaux transnationaux de plus en plus structurés.
Réalisation - Auteur.e
- Jean-Pierre Canet
- Raphaël Tresanini
Production
ROCHE PRODUCTIONS
Producteur/-trice Dominique Tibi
Pays France
Année 2026
Connu / https://bsky.app/profile/ricardoparreira.com/post/3mflqt6k5zs2i
"
Ricardo Parreira @ricardoparreira.com
« Ultradroite » est un terme de police qui vise à éloigner l'extrême droite radicale de l'extrême droite parlementaire. Alors que leur projet politique est exactement le même.
Le terrorisme est juste un moyen d’accélérer leurs objectifs.
www.arte.tv/fr/videos/RC...
Terrorisme d’ultra droite - Info et société | ARTE
En Europe et aux États-Unis, les attentats contre les minorités et les institutions démocratiques se multiplient. Longtemps ignorée, cette menace représente aujourd'hui un danger imminent. Comment le ...
www.arte.tv
Mathilde Larrère @mathildelarrere.bsky.social · 20 h
Honteux!!!!!
Arte a déprogrammé, en urgence et sans explication, un documentaire sur « Le terrorisme d’ultradroite » qui devait être diffusé mardi soir 24 février à 21 heures.
enfin! c'était pourtant le moment de le passer!
@artefr.bsky.social
09:30 · 24 févr. 2026
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3 citations
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"
Tr.: ...
l'AFD en Allemagne, point de bascule vers la violence extrême se rapproche de jour en jour ... le nbre d'événements violents a augmenté avec le développement de ce parti d'extrême droite ... remigration de Renaud Camus ... Martin Sellner lois raciales ... Autriche, Vienne fin stratège, propension radicale à la violence ...
PARTIE 2
petit, tabassé, conditionné à la violence, à 16 ans, ultraviolence skin, zouaves Paris, plaisir de la bagarre ... vols avec violence, découvre le national socialisme d'Hitler ... Nicolas Lebourg, historien, vision romantique d'Hitler ... le djiadisme a nourri l'extrême droite ... islam dehors ... 3ème reich ... guerre civile potentielle, actions concrètes, armes lourdes, armes de guerre, préparation d'attentats ... le groupuscule arrêté, inspiré / auteurs d'attentat d'extrême droite, évangélisent les autres blancs ... Brenton Tarrant ... Martin Sellner ... aurait été prévenu avant perquisition ... Herbert Kickl, ministre de l'intérieur autrichien ... toile mondiale ... USA, Californie, A.C. Thompson, journaliste, spécialiste de l'extrême droite ... réseau Terrogram ... consacré à la haine et à la violence, communauté d'extrêmistes développé sur Telegram ... partage d'infos sur la fabrication de bombes, conseil pour actes de terrorisme ... tueurs de masse filment leurs actes ... imitations d'attaques antérieures, essayer de faire mieux dans l'horreur ... Heil Hitler ... veulent la destruction de ce monde pour faire advenir un monde blanc ... accélérationnisme, accélérer l'effondrement de la société moderne par tous les moyens nécessaires, hérault Timoty Mc?? à Oklaoma City ... suprémacistes blancs, sophistiqués dans leur façon de s'organiser, les 1ers sur internet ... une femme, la plus radicale ... raciste, antisémite, homophobe ... Suède, un des pays les plus impactés ... forme physique, fort dissimuler idéologie ... suprématie blanche ... activ club (salles de sport), centres de formation pour l'XD, glorifie la violence, passage à l'acte ... augm massive des signalements ... nationaliste Pär Oberg, membre du mouvement de résistance nordique ... entraînés nous savons utiliser la force
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Lawrence Rosenthal, politologue et professeur à l'université de Berkeley ... tous ces groupes fédérés par la théorie du grand remplacement, théorie complotiste et criminogène ... et ont donné à l'europe le suprématisme blanc ... Charlottesville, légitime la violence, le terrorisme ... le tout avec la complaisance des forces de l'ordre ... Michael German, ex-agent du FBI ... aveuglement de la part du gouvernement fédéral ... 1300 morts ... marche sur le capitole le 6/01/2021 ... fantasme de violence généralisée ... l'étincelle venue du pdt lui-même, Donald Trump ... moment comparable à la marche sur Rome, insurection armée ou l'ultime étape du terrorisme d'extrême droite ... idéologie prête à TOUT pour s'imposer ... beaucoup étaient suprémacistes blancs ... absence de préparation des forces de l'ordre choquante ... opération d'envergure pour arrêter ces individus mais tous graciés par Trump ... dt certains condamnés pour conspiration séditieuses cad tentative de coup d'état ... Résultat: sentiment d'impunité pour ceux qui s'engagent dans la violence d'XD ... graciés et même célébrés ... obj renverser la démocratie ... en 2020, Allemagne tentative / envahir le reichstag, parlement allemand. Ce type d'actions se généralise, situation très préoccupante, ne connaît rien de similaire dans notre histoire contemporaine.
Sociétés - histoire - Mis à jour le 18.02.2026
Temps de lecture : 15 minutes
Les membres du gouvernement de Vichy devant le pavillon Sévigné en juillet 1940. Au premier rang, de gauche à droite : Pierre Caziot, ministre de l’Agriculture, Paul Baudoin, ministre des Affaires étrangères, Pierre Laval, vice-président du Conseil des ministres, le maréchal Pétain, chef de l'État et du gouvernement, et le général Weygand, ministre de la Guerre.
Les membres du gouvernement de Vichy, en juillet 1940. Au centre, le maréchal Pétain avec, à sa droite, Pierre Laval.
Keystone France / Gamma-Rapho
« Même quand la République parait solidement enracinée, la démocratie peut s’effondrer », constate l’historien Laurent Joly, qui a dirigé l’ouvrage « Vichy – Histoire d’une dictature, 1940-1944 ». Il y réexamine les pages sombres d’un régime criminel né d’un coup d’État et démonte quelques idées reçues.
28.01.2026, par Sylvie Dauvillier
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en France, certains comptes d’extrême droite décrètent, pour se délester de l’héritage de Vichy, que c’est le Front populaire qui a offert les pleins pouvoirs à Pétain, alors que c’est l’union des droites – dont il est actuellement beaucoup question – qui a porté ces idées d’extrême droite au pouvoir et permis à ce régime criminel d’exister. Dans cette confusion, l’histoire doit servir à redonner des repères.
En quoi le régime de Vichy procède-t-il, comme l’analyse le livre, d’une conjuration ?
L. J. Après la défaite de juin 1940, des millions de personnes sont jetées sur les routes. Alors que le pays, occupé aux trois cinquièmes, plonge dans le chaos, la détresse s’empare de la population, qui s’en remet à un homme providentiel, le maréchal Pétain. Nous défendons la thèse d’une conjuration, parce qu’autour de lui, deux acteurs en profitent pour fomenter un coup politique basé sur le mensonge. Opportuniste, Pierre Laval, homme politique et affairiste, a une revanche à prendre sur le Front populaire, qui l’a écarté du pouvoir. Radicalisé et persuadé que l’avenir appartient aux dictatures, il va s’allier à Raphaël Alibert, conseiller juridique de Pétain, un royaliste fanatique qui ne rêve que de Restauration.
Convoqués à Vichy, les parlementaires votent le 10 juillet, entre lâcheté et naïveté, non pas les pleins pouvoirs, comme on l’entend souvent, mais les pleins pouvoirs constituants à Pétain – une nouvelle Constitution qui ne verra jamais le jour. Léon Blum, qui s’y refuse avec ses amis socialistes, écrira : « J'ai vu là, pendant deux jours, des hommes s'altérer, se corrompre comme à vue d'œil, comme si on les avait plongés dans un bain toxique ». J’ai retrouvé des brouillons du grand juriste René Cassin, qui évoque un coup d’État juridique. Lui estime que les parlementaires ont préféré se laisser abuser.
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Dès le 11 juillet, Philippe Pétain, président du Conseil, s’autoproclame chef de l’État français et s’octroie illégalement les pouvoirs législatif et exécutif : Vichy est, dès son avènement, une dictature. La République est liquidée, le président Albert Lebrun, renvoyé, et on supprime les libertés publiques et de la presse. Le 12 juillet, Pétain, dans une dérive monarchique, désigne Laval comme son successeur.
La première loi d’exclusion est aussitôt promulguée : ceux qui ne sont pas nés de parents français sont renvoyés des cabinets ministériels. Mais en France, étrangement, au-delà des cercles scientifiques, le terme de « dictature » a été peu employé – peut-être parce qu’on peine à réaliser qu’une figure aussi populaire que le maréchal Pétain, le héros de Verdun, ait pu se muer en dictateur à 84 ans. Sa mort, en 1951, suscitera d’ailleurs encore une forte émotion.
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nul besoin d’imposer un parti unique, à la différence des autres régimes fascistes de la période. Tous les anciens poilus, en revanche, sont réunis dans la Légion française des combattants, le seul mouvement de masse de Vichy. Pétain, qui a été ambassadeur en Espagne, a plutôt pour modèle le régime franquiste ou celui de Salazar, au Portugal – une dictature nationale cléricale.
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convaincu d’une victoire de l’Allemagne ... rempart de la civilisation face au bolchevisme.
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La révolution nationale et la Collaboration vont constituer les deux piliers du régime
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Le postulat selon lequel la démocratie et le parlementarisme, nocif, favorisent la gauche s’est largement répandu. Les francs-maçons, les naturalisés, qualifiés de « Français de papiers », et les Juifs sont déjà désignés ennemis de la Nation par certains, dont les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque.
Créé en mars 1941, le Commissariat général aux questions juives veut clairement se débarrasser des juifs étrangers et naturalisés, et faire des juifs français des sous-citoyens. Les francs-maçons et les opposants sont aussi visés par le régime. Les purges privent alors l’État de compétences, et cette politique discriminatoire produit une nouvelle bureaucratie, qui a pour effet de gonfler les effectifs de la fonction publique, à l’inverse de l’intention déclarée.
Quant à la Collaboration, son objectif est de négocier une marge de manœuvre pour redresser le pays, à l’heure où l’occupant le pressure. Mais, si la société approuve plutôt la révolution nationale au départ, elle n’adhère pas à la Collaboration. En octobre 1940, la poignée de main entre Pétain et Hitler à Montoire choque l’opinion.
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3700 juifs seront pris dans cette « rafle du billet vert » (la couleur de la convocation) et déportés depuis la gare d’Austerlitz (photo) vers les camps du Loiret, puis vers le camp de concentration d’Auschwitz.
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Comme nulle part ailleurs en Europe de l’Ouest, ces dirigeants font le choix de livrer des familles en séparant de leurs parents des enfants qui sont français. Avec un cynisme inouï, Bousquet et Laval désignent les Juifs comme des boucs émissaires pour, en réalité, justifier le crime qu’ils accomplissent.
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à toutes les étapes du régime et à tous niveaux, d’autres choix auraient été possibles. Contraint par l’Occupation, Vichy n’en a pas moins mené une politique tragiquement cohérente, inspirée par ses principes antisémites et xénophobes.
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André Lavagne, scandalisé, note dans son journal intime : « On arrive à l’extrême limite de ce qu’on peut céder aux Allemands avant de s’abîmer dans le plus abject déshonneur ». Parmi nos témoins, le pasteur Marc Boegner, pétainiste et ami de Darlan, d’une grande hauteur morale, s’insurge lui aussi et alerte
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la désobéissance s’amplifie, et le taux de réquisition du STO chute de 100 % début 1943 à 5 % en 1944. Se radicalisant, Vichy devient dès lors cet État milicien fantoche, inféodé aux Allemands, lesquels imposent à Laval le chef de la Milice, Joseph Darnand, comme secrétaire général au Maintien de l’ordre, un officier français qui a prêté allégeance à Hitler !
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Anne-Sophie Anglaret, sur la Légion française des combattants et sur la continuité entre les forces politiques conservatrices et d’extrême droite des années 1930 et celles qui soutiennent le régime ; Raphaël Spina, sur la mise en œuvre du STO ; et Virginie Sansico, sur la politisation de la justice. Les éléments biographiques réunis par Renaud Meltz sur Pierre Laval ou encore par Bernard Costagliola sur l’amiral Darlan et l’historien Jacques Benoist-Méchin permettent en outre d’introduire une approche psychologique jusqu’alors négligée. Or la mentalité et la personnalité des dirigeants constituent une dimension fondamentale, comme le montre de nos jours l’influence de celles d’un Donald Trump ou d’un Vladimir Poutine sur des millions de gens.
À lire
Vichy – Histoire d’une dictature, 1940-19445, sous la direction de Laurent Joly, éditions Tallandier, 560 pages, 2025.
Les Cahiers Pour décider et agir
Doléances -> Assemblées -> Co-décision
Les propositions des rédacteur·ices de Cahiers de doléances ont été piétinées par Macron et son gouvernement, comme celles des participant·es à la Convention citoyenne pour le climat
Aujourd’hui de nombreuses initiatives et groupes locaux s’organisent pour rendre publiques les propositions qui sont contenues dans les Cahiers.
↪ Le Mouvement des Cahiers est en route !
En partant de ces cahiers citoyens, nous avons conçu une autre manière de faire de la politique, vraiment démocratique : les Assemblées de co-décision. Elles se basent sur les doléances et propositions des cahiers et permettent des décisions collectives pour plus de justice sociale, de justice fiscale et pour une vraie démocratie vivante.
Notre objectif
Populariser la pratique des Assemblées pour décider et agir et montrer au grand public que cette nouvelle manière de faire de la politique pourrait tout changer :
- C'est une solution robuste à la crise d'efficacité et de légitimité qui gangrène notre système politique depuis trop longtemps,
- C'est la mise en pratique du principe démocratique : une participation directe de toutes et tous à l'élaboration des décisions et à l'intérêt général.
Notre équipe
- Sylvie Alphandéry, Membre de la Cinémathèque française.
Initiatrice en 1988 du projet des Cahiers du bicentenaire "Des doléances aux espérances". À travers l’association qu’elle a créée en 2005 ; Autour du 1er mai, Sylvie Alphandéry développe de nombreux projets culturels qui s’attachent à mettre en œuvre une citoyenneté active en favorisant, grâce au cinéma, les échanges et débats apaisés, rencontres entre des mondes qui s’ignorent et qui permettent de sortir de l’entre soi.
. À l’initiative des Rencontres "Cinéma et société" de Tulle, en Nouvelle Aquitaine. Co-réalisatrice du film "Travailler ensemble en territoire zéro chômeur de longue durée", en partenariat avec ATD Quart–Monde, Sylvie Alphandéry est l’initiatrice du projet "Les Cahiers".
. Au sein du projet, Sylvie Alphandéry est co-présidente. Elle anime le réseau de partenaires et fait le lien avec l'écosystème des initiatives liées aux cahiers de doléances et de propositions. - Armel Le Coz, Fondateur de l’ONG Démocratie Ouverte, qu’il a coordonnée pendant plus de 10 ans, Armel Le Coz est un des initiateurs et concepteurs de la Convention Citoyenne pour le Climat.
. Auteur, conférencier, animateur et concepteur d’outils démocratiques depuis 15 ans, il a pu imaginer et tester des dizaines de dispositifs innovants, permettant de réinventer les manières de faire de la politique tant localement (dans des mairies, départements et régions) que nationalement ou même au sein d’entreprises et d’associations.
. Au sein du projet « Les Cahiers pour décider et agir », il contribue à la conception et l’animation des Assemblées et coordonne la rédaction du documentaire ainsi que du scénario de la série.
. Voir le portrait d'Armel Le Coz dans Les Échos https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/municipales-2020-ar%20mel-le-coz-une-journee-avec-le-chantre-de-la-democratie-participative-1180445
https://fr.linkedin.com/in/lecoza/fr - Tristan Rechid, Engagé dans différents mouvements d’éducation populaire depuis 30 ans, directeur de centre social, formateur en intervention sociale, formé au développement du pouvoir d’agir des habitants, co-initiateur et animateur de la liste collégiale et participative de Saillans. Dès 2015, Tristan Rechid témoigne de cette aventure municipale hors du commun et forme plus de 200 collectifs aux outils d’intelligence collective et à la gouvernance partagée. Il a effectué un tour de France pour promouvoir l’émergence de listes participatives en vue des élections municipales de 2020.
. Co-fondateur de la coopérative Fréquence Commune, il accompagne et forme des centaines d’élus et d’agents, partout en France, qui s’engagent au quotidien dans des expérimentations démocratiques majeures.
. Au sein du projet, il contribue à la conception et l’animation des Assemblées pour décider et agir et fait le lien avec les territoires où se déroulent ces assemblées.
. Voir le portrait de Tristan Rechid dans Le Monde
http://www.lemonde.fr/festival/visuel/2016/09/12/ceuxquifont-tristan-re%20chid-propage-la-pandemie-de-la-democratie-participative_4996473_4415198.html - Julien Noé, Fondateur et président de la Coopérative d'énergie renouvelable Enercoop, co-fondateur du Collectif pour une Transition Citoyenne (CTC) et de Coop-médias, Julien Noé est engagé depuis 20 ans dans l'expérimentation d'une troisième voie pour aller vers une société apaisée : démocratique, sociale, solidaire et écologique.
. Au sein du projet, Julien Noé est co-président. Il conseille l'équipe, ouvre son réseau et apporte ses retours d'expériences.
. Profil Linked-in
https://www.linkedin.com/in/julien-no%C3%A9-%E2%8F%9A/?originalSubdomain=fr - Chloé Cayrasso, Présidente de Politiker, une organisation de l'Économie Sociale et Solidaire, Chloé accompagne depuis 10 ans les territoires et organisations dans leurs dynamiques de participation et de transitions, en s’appuyant sur l’ingénierie de la démocratie participative, l’agilité, l’intelligence collective et la régénération.
. Elle développe une palette d’outils et méthodes pour accélérer les transitions vers des modèles coopératifs et régénératifs, afin de répondre aux enjeux économiques, écologiques, sociaux et démocratiques. Elle s’inscrit dans une dynamique de recherche-action, en mêlant entrepreneuriat, enseignement (CNAM, IAE et Dauphine), formation (INET, collectivités et administrations) et accompagnement de projets sur le terrain.
. Au sein du projet, Chloé fait partie de l'équipe permanente (salariée à mi-temps). Elle coordonne l'association et pilote son développement (partenariats, recherche de fonds, représentation...)
. Vidéos pour faire connaissance :
Comprendre les logiques de régénération https://www.youtube.com/watch?v=OfPnRCpZtY0&t=5s
Se projeter vers un système alimentaire qui nous régale tous https://www.youtube.com/watch?v=BN6EVWCQyYg - Martin Rieussec-Fournier, Engagé depuis 15 ans pour la santé planétaire et le renouveau démocratique au niveau local et national, Martin Rieussec-Fournier a notamment fondé le projet #LesJoursHeureux en 2016-2017 et a été directeur de la Primaire populaire en 2021-2022.
. Au sein du projet, Martin Rieussec-Fournier est co-président. Il s’occupe des finances et de la recherche de fonds.
. Pour découvrir ses ouvrages : https://www.bonheurdagir.fr/
Notre mantra « Agissez comme si vous ne pouviez pas échouer », Claude Alphandéry (sans qui rien n'aurait été possible)
Nos partenaires et complices
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Les cahiers pour décider et agir
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Responsable de la publication : Sylvie Alphandéry
Des victimes du délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein / Amélie de Montchalin ©AFP
Le 30 janvier, plus de 3 millions de documents concernant l'affaire Epstein ont été rendus publics. Qu'est-ce que cette affaire dit de nos démocraties ? La nomination d'Amélie de Montchalin à la cour des comptes suscite un tollé. Est-ce une nomination de trop ? A-t-on une république des copains ?
Avec
- Magali Lafourcade, magistrate, secrétaire générale de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme
- Étienne Peyrat, historien, directeur de Sciences Po Lille et maître de conférences en histoire
- Jean-Marc Daniel, économiste, professeur émérite à l'ESCP Business School
- Gérard Le Gall, analyste politique, ancien conseiller auprès de Lionel Jospin de 1997 à 2002, ancien responsable des études d’opinion au PS.
Archives diffusées
- Chuck Schumer, chef de la minorité au sénat le 19 novembre 2025 quand le Congrès américain a approuvé une proposition de loi visant à contraindre le gouvernement à rendre public son dossier sur le criminel sexuel Jeffrey Epstein https://www.youtube.PublicitéPublicitécom/watch?v=o-d3MsvoHGU
- Maud Bregeon le mardi 10 février lors des questions au gouvernement https://videos.assemblee-nationale.fr/video.18258229_698b7f02aab14.questions-au-gouvernement---mardi-10-fevrier-2026-10-fevrier-2026
À lire, à voir, à écouter : les recommandations de nos invités
- Jean-Marc Daniel nous recommande la lecture de " Gerard Mulliez. L'épopée du fondateur d'Auchan" de Margaux Mulliez aux éditions Grasset
- Gérard Le Gall souhaite avoir une pensée pour Ilan Halimi à l'occasion des 20 ans de sa mort
- Magali Lafourcade recommande le documentaire d'Arte "Tax Wars"
- Etienne Peyrat nous invite à aller au musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq avec une expostion Kandisky
Clés : Info Politique
L'équipe Astrid de Villaines, Journaliste et productrice de "L'Esprit public"
Anne-Claire Bazin, Collaboration Souad Boukhorssa, Réalisation et mise en onde
Tr.:* ... la compétence de nomination ...