Décryptage
Publié le 3 mars 2026
Sciences humaines les cahiers de doléances
Les cahiers de doléances ou l'urgence de prolonger un exercice démocratique inédit
Par Christophe Fourel, administrateur d’Alternatives Economiques, membre des Convivialistes.
Alors que les Français·e·s se sont massivement investi·e·s dans l’écriture de « cahiers de doléances », sollicité·e·s par le Président de la République Emmanuel Macron, ces derniers sont restés lettre morte. Une forte mobilisation citoyenne ayant permis d’ouvrir l’accès à ces cahiers, des premiers travaux de recherche nous permettent désormais d’en analyser le contenu. S’appuyant sur un numéro de la revue Sciences Humaines dédié au sujet, l’économiste Christophe Fourel nous livre son analyse personnelle de ce manque de reconnaissance des citoyens, appelant à restaurer le sens du possible démocratique par une voie convivialiste, et ce dans le contexte de l’approche des élections municipales les 15 et 22 mars 2026.
Le Labo de l’ESS tient à remercier Christophe Fourel pour cet article venant nourrir son axe de travail « Régénérer la vie démocratique »
Ce décryptage peut aussi être téléchargé au format PDF.
Entre décembre 2018 et mars 2019, en plein mouvement des Gilets jaunes, des centaines de milliers de Français ont saisi la plume pour remplir les « cahiers de doléances » mis à disposition dans les mairies. Six ans plus tard, la revue Sciences Humaines consacre le 78e numéro de sa série « Les Grands Dossiers »1 à ces documents historiques qui, après avoir été longtemps ignorés, deviennent enfin accessibles au grand public. Cette publication révèle un paradoxe frappant : l'engouement massif des citoyens pour cet exercice démocratique contraste violemment avec le manque de considération dont ces contributions ont fait l'objet.
L'ampleur de la participation témoigne pourtant d'une soif de démocratie rarement observée. Au total, 240 000 contributions manuscrites ont été recueillies dans plus de 20 000 cahiers, auxquelles s'ajoutent près de deux millions de contributions numériques dans le cadre du Grand Débat national.
Les témoignages recueillis révèlent l'application avec laquelle les Français se sont prêtés à l'exercice. Beaucoup ont laissé leurs coordonnées complètes – numéro de téléphone, adresse postale et mail – espérant manifestement être entendus. Certaines contributions s'étalent sur plusieurs pages, structurées et argumentées avec soin. Cette minutie contraste cruellement avec le sort réservé à ces écrits.
L'enterrement d'une parole citoyenne
Car si l'élan fut massif, la suite relève du scandale démocratique. Le soir même où Emmanuel Macron devait restituer les conclusions du Grand débat, l'incendie de Notre-Dame a détourné l'attention médiatique. L'exercice a été purement et simplement abandonné. Les cahiers ont été numérisés par les Archives nationales où ils sont restés inaccessibles pendant de longs mois.
Gilles Proriol, expert en analyse de la participation citoyenne dont l'entreprise avait été missionnée pour analyser ces contributions, déplore dans le documentaire « Les Doléances »2 d'Hélène Desplanques n'avoir « jamais été reçu à l'Élysée » pour présenter son travail. Il résume la situation avec amertume : « À la fin, ça a donné des éléments de langage ». La mission du Grand Débat National a été « purement et simplement supprimée », privant les citoyens de toute réponse.
Ce n'est qu'en mars 2025 que l'Assemblée nationale – à l’initiative de la députée écologiste de la Drôme Marie Pochon – a voté à l'unanimité une résolution pour rendre publics ces cahiers. En avril 2025, un arrêté ministériel a enfin permis leur consultation dans les archives départementales.
Ce que disent vraiment les Français
La consultation de ces cahiers permet de reconstituer le portrait d'une France qui ne correspond guère à celui véhiculé par les débats médiatiques. L'analyse des contributions révèle quatre thèmes : la démocratie (avec notamment la demande de référendum d'initiative citoyenne), la fiscalité (le rétablissement de l'impôt sur la fortune étant la proposition numéro un), la transition écologique, et le pouvoir de vivre.
Ce dernier concept, forgé pour mieux rendre compte des doléances, va au-delà du simple « pouvoir d'achat » qui pointe la focale sur la consommation. Il englobe les besoins essentiels : se loger, se soigner, se chauffer, éduquer ses enfants, etc. Une mère écrit ainsi à Emmanuel Macron pour lui demander d'expliquer à sa fille pourquoi, bien qu'elle travaille, elle ne peut chauffer la maison à sa guise, ni lui offrir des menus équilibrés.
L'accès aux services publics revient constamment : l'hôpital, l'école, les transports collectifs. Les zones rurales font état d'un sentiment d'abandon. La transition écologique apparaît non comme un luxe mais comme une urgence, pourvu qu'elle soit socialement juste. Nombreux sont ceux qui réclament que les efforts demandés ne pèsent pas uniquement sur les plus modestes.
L'immigration : un non-sujet
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Une crise de confiance envers le politique
Au-delà de ces revendications plus spécifiques, les cahiers de doléances témoignent d'une grande insatisfaction à l'égard du fonctionnement de la politique. Cette défiance traverse l'ensemble des contributions et prend plusieurs formes qui révèlent une crise plus profonde du sens du possible démocratique.
Les citoyens expriment massivement leur conviction que les élus ne les représentent plus, qu'ils forment une classe coupée des réalités du terrain. L'insistance sur le référendum d'initiative citoyenne (RIC) traduit cette volonté de reprendre directement en main les décisions collectives, sans passer par des intermédiaires jugés sourds aux préoccupations populaires. Cette demande ne relève pas d'un simple caprice : elle exprime une aspiration fondamentale à la reconnaissance. Comme l'observe le philosophe Axel Honneth et le sociologue Alain Caillé dans leur réflexion sur la reconnaissance3, les individus ne luttent pas seulement pour leur survie matérielle, mais pour être reconnus comme sujets capables de jugement et d'action. À la conception utilitariste d'individus atomisés en lutte pour leur survie, ils opposent la lutte pour la reconnaissance qui permet de progresser vers la considération mutuelle. Au contact d'autrui, chacun devient conscient de lui-même et apprend à s'auto-limiter.
Les contributeurs aux cahiers de doléances ne réclament donc pas seulement des réformes institutionnelles : ils revendiquent d'être considérés comme des citoyens dignes, capables de réflexion et de propositions. L'application minutieuse avec laquelle ils ont rempli ces cahiers, laissant leurs coordonnées dans l'espoir d'être entendus, témoigne de cette aspiration à la reconnaissance.
L'érosion du sens du possible
La dénonciation récurrente d'une parole politique déconnectée révèle un problème plus profond, elle pointe l'écart croissant entre les promesses de changement et la paralysie effective du système. Les contributeurs expriment une difficulté collective à agir, un sentiment d'empêchement face à l'accumulation de projets qui s'épuisent en vaine agitation sans que rien ne change vraiment.
Les civilisations ne sont pas le produit d'un milieu favorable, mais elles se forgent dans l'adversité, par la réplique des humains aux défis qu'ils affrontent. Cette réplique suppose une vitalité du sens du possible qui permet, face à un obstacle inédit, de discerner une issue et de s'orienter collectivement vers elle. Ce sens du possible requiert une capacité de discernement en situation, une aptitude à débattre en vue de passer compromis, la capacité de coopérer en conciliant unité et pluralité, une acceptation suffisamment partagée de l'incertitude de l'avenir.
Or, ce sens du possible recule aujourd'hui. Les capabilités (théorisées par l’économiste Amatya Sen4) sont ce qui permet de convertir les ressources disponibles en libertés réelles. Elles procèdent des différentes libertés positives qui s'exercent dans un régime démocratique et résultent d'une responsabilité collective.
Il existe donc un lien entre sens du possible, état des libertés et démocratie. Favoriser le sens du possible conforte la démocratie dans la durée, mais aide aussi la société à faire face aux événements. Condition et finalité de la démocratie, une société habitée par le sens du possible se traduit en pratique par une certaine disposition à la confiance. Or la confiance ne cesse de reculer sous nos yeux, sans que nul pouvoir ne semble soucieux d'y remédier.
La gouvernance par les nombres, contre les citoyens
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Or, il existe un lien très étroit entre l'organisation du travail et les conditions de participation démocratique. L'activité professionnelle devient ainsi un contre-monde de la démocratie politique, un lieu où l'on désapprend systématiquement les compétences et les facultés qui sont normalement requises par celle-ci5.
Les cahiers de doléances témoignent précisément de cette souffrance : les citoyens constatent que leur capacité d'initiative est sévèrement encadrée, que l'entraide est dissuadée au profit de l'individualisation, que les valeurs du service public entrent en tension avec la pression de la performance. Cette souffrance éthique, ce malaise de ne pouvoir exercer pleinement sa citoyenneté, imprègne de nombreuses contributions.
De la société politique à la société de marché
L'insatisfaction exprimée dans les cahiers révèle aussi le basculement d'une société politique vers une société de marché.
À cette conception utilitariste, les contributions des cahiers de doléances opposent la lutte pour la reconnaissance. Le désir d'être reconnu est une motivation morale originaire qui donne sa dimension proprement humaine à l'entreprise politique. Raviver le sens du possible demande donc de remettre à l’honneur, sous la transaction marchande, cette couche première : le désir d'être reconnu. Cela implique de renouer avec la relation intersubjective, au lieu de la fuir dans la logique du tout-marché atomisé.
Le fait même que ces cahiers aient été ensuite ignorés pendant six ans constitue un déni de reconnaissance aux conséquences profondes. Comment ne pas voir dans cet abandon la confirmation que la parole citoyenne ne pèse rien face aux logiques du pouvoir ? Cette trahison illustre ce que dénonce les thèses du Manifeste convivialiste6 : nos élites politiques semblent naviguer dans un monde replié sur lui-même, de plus en plus étranger aux préoccupations de tous.
Ce déni alimente un ressentiment qui ne peut que s'intensifier. Les citoyens qui ont consciencieusement rempli les cahiers ont joué le jeu démocratique, mais on ne les a pas reconnus pour ce qu'ils étaient : des sujets politiques légitimes.
Restaurer le sens du possible démocratique: vers une éthique convivialiste de la discussion
Les cahiers de doléances nous rappellent pourtant qu'une autre voie est possible. Avec leurs plus de 700 propositions différentes, ils témoignent de cette capacité citoyenne à penser collectivement l'avenir, à formuler des solutions concrètes face à l'adversité.
Restaurer le sens du possible démocratique implique de prendre soin du lien social, d'entretenir un milieu fait d'attentes mutuelles non réductibles au jeu de purs mécanismes concurrentiels. Cela suppose d'accompagner l'épanouissement effectif des citoyens dans les sphères de l'éducation, du travail, de l'habitat, de la culture, où se façonnent les mœurs. Cela appelle une responsabilité partagée entre sphère politique et société civile, gouvernants et gouvernés, pour qu'adviennent des citoyens participants et éclairés.
L'expérience des cahiers de doléances résonne donc particulièrement avec les principes du convivialisme qui prône la construction d'une société où prime la coopération sur la compétition destructrice comme le souligne souvent Patrick Viveret. Celle-ci repose sur un principe essentiel : « s'opposer sans se massacrer ». Elle postule qu'il est possible de former une communauté à la fois politique et discursive dans laquelle les adversaires ne sont pas vus comme des ennemis mais comme une condition nécessaire du débat démocratique. Face à « l'hystérisation des débats mis en scène par la machinerie médiatique », qui aboutit à ce que tout le monde soit « catalogué, étiqueté »7en fonction de ce qu'il est supposé être plutôt que de ce qu'il propose, le convivialisme en appelle à une autre façon de faire de la politique.
La lente émergence de ces cahiers de l'ombre constitue peut-être une opportunité de renouer avec une démocratie plus substantielle.
[1] Sciences Humaines. (2025). On a ouvert les cahiers de doléances. Ce qu'ont dit les Français. Les Grands Dossiers n°78, mars-avril-mai 2025. URL : https://www.scienceshumaines.com/publications/ouvert-les-cahiers-de-doleances-ce-quont-dit-les-francais
[2] Pour en savoir plus sur ce documentaire paru en 2023 : https://www.13prods.fr/les-doleances/
[3] Honneth, A. (2013). La lutte pour la reconnaissance. Gallimard. Paris. Caillé A. (2025), Avez-vous de la valeur ? Le Bord de l’Eau, Bordeaux.
[4] Sen, A. (2001). Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté. Editions O. Jacob. Paris
[5] Voir une illustration de ce lien entre organisation du travail et pratiques démocratiques dans Coutrot, T. (2024). Le bras long du travail : Conditions de travail et comportements électoraux. IRES. URL : https://ires.fr/publications/documents-de-travail-de-lires/n01-2024-le-bras-long-du-travail-conditions-de-travail-et-comportements-electoraux/
[6] Internationale convivialiste. (2020). Second manifeste convivialiste : pour un monde post-néolibéral Internationale convivialiste. Actes Sud. Arles
[7] Nouvel Obs. (2015). Et si on arrêtait de se média-bastonner ? Pour une pensée convivialiste https://www.nouvelobs.com/idees/20151022.OBS8166/et-si-on-arretait-de-se-media-bastonner-pour-une-pensee-convivialiste.html
Global warming around the world is about to be burned by human hands
Alors que la planète ne peut plus supporter ce rythme de consommation et de production propre au capitalisme, imaginer une sortie de la croissance n’est pas chose facile tant l’idée fait peur et déchaîne les passions… Comment faire de la sortie de la croissance un projet de société ?
Avec Timothée Parrique, chercheur en économie écologique à l’Université de Lausanne, auteur du livre « Ralentir ou périr : L’économie de la décroissance", paru en 2022 aux Editions du Seuil
Depuis des décennies, la croissance du PIB est la boussole principale des politiques économiques dans le monde. Mais ce qui fonde notre système capitaliste nous mène aujourd'hui à une impasse écologique et sociale... Déforestation, pollution des sols et de l’eau, réchauffement climatique anthropique sont autant de signes d’un modèle insoutenable.
Malheureusement changer d’indicateur ou chercher le découplage entre économie et écologie ne suffira pas.
Pour éviter une catastrophe écologique majeure, il est urgent de ralentir le rythme de production et de consommation — autrement dit de changer radicalement nos modes de vie et notre économie.
Pourtant, parce qu’elle implique une remise en question drastique du système capitaliste, l’idée est largement rejetée, que ce soit par les politiques ou les économistes.
Comment en finir avec cette peur de la décroissance et imaginer enfin une société de la post-croissance ?
On en parle avec Timothée Parrique, économiste, auteur de Ralentir ou Périr, Seuil.
À écouter
Monique Pinçon-Charlot : "Je veux que les riches payent leurs impôts et contribuent à la hauteur de leur fortune"
La Terre au carré
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Décroissance : un concept mal compris ?
Timothée Parrique, chercheur en économie écologique, nuance l'appellation de "décroissant", préférant se définir comme un scientifique des transitions économiques. Il souligne une erreur fréquente : l'idée que la croissance du PIB résoudrait la pauvreté. Or, le PIB est "un chiffre sur un tableau Excel, alors que la pauvreté, c'est une déprivation matérielle et sociale". Il compare la décroissance à de l'économie de prévention : "prendre le temps de changer un petit peu la qualité de ce qu'on mange pour éviter l'apparition d'un problème de santé. Faire un régime, ce n'est pas drôle. Mais les coûts à courts termes, sont inférieurs aux bénéfices à long terme. C'est la même chose pour la décroissance."
Les limites de la croissance verte
Selon Timothée Parrique, la "croissance verte", visant à concilier prospérité économique et respect de l'environnement, ne repose sur aucune preuve empirique. Il rappelle que si des problèmes environnementaux locaux ont pu être résolus par des solutions technologiques, l'empreinte matérielle globale, elle, continue d'augmenter. Il insiste sur le fait qu'une "économie circulaire ne peut pas être en croissance".
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Tr.: ...
taux de satiété, plus de richesse ne rend pas plus heureux au-delà de ce seuil ... le capitalisme nécessite des contre-pouvoirs puissants qui sont très difficiles à maintenir ou obtenir ... jeu de Monopoly et pas démocratie ...
le capitalisme, mode d'organisation économique basée sur plusieurs caractéristiques :
- la propriété privée des moyens de production qui permet de concentrer les prises de décision ;
- l'appropriation individuelle du profit ;
- la coordination marchande à travers les marchés ;
- l'organisation du travail selon un mode salarié.
L'ESS a développé des alternatives concrètes. par exemple les SCIC, ... qui peut être sociale du profit ... fondation, un réinvestissement. On voit aussi à travers l'expérimentation des territoires zéro chômeurs de longue durée une forme de garantie d'emploi qui échappe un petit peu à l'organisation salariale du travail pour créer en fait un commun d'activités qui ne dépend pas d'un marché du travail. Donc c'est une 2ème molécule. Autre avec les monnaies locales, qui permet d'échapper au marché de la monnaie capitaliste. Et ce que j'observe, c'est qu'aujourd'hui en France dans l'ESS, on a à peu près toutes les pièces disponibles pour construire un système qui pourrait faire face au système capitaliste.
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un investissement collectif, coopératif ... adapté à toutes les entreprises ?
A du mal à imaginer une entreprise qui ne pourrait pas fonctionner ainsi. Si on divise les entreprises en 2 catégories - publiques / privées. Ya des entreprises difficilement privatisables. Mais quand on regarde la sphère privées, toutes les entreprises privées pourraient devenir sociales. Ya un changement fondamental. Ma collègue Genifer Helton?? parle de la relation au profit. La seule différence, c'est que le profit n'est pas individualisable ... moins d'incitations à faire une lucrativité de court terme qui pourrait dégrader les conditions de travail et des écosystèmes.
Dans un TEDX récent, vous lanciez un appel au sabotage pour proposer une société différente ?
On a besoin de mots "douche-froide" pour se réveiller comme la décroissance dans les années 2000. /discours de l'innovation, résoudre le pb par l'addition. Le résoudre par la SOUSTRACTION, donc ex-innovation??. Arrêter de faire ces choses qui dégradent les écosystèmes. Donc sabotage coordonné. Ex. si je fais du marketing, je vais cesser de donner mes heures à une entreprise et un système qui détruit le monde. C'est pas mettre une bombe sur un pipeline. Conceptualiser les notions d'arrêter de faire le capitalisme.
Q.:
/réchauffement climatique on n'y arrivera pas sans réduire la consommation, condition nécessaire.
/Vendre moins sans faire faillite ? illusion statistique de la lucrativité mais déjà en faillite ex pétroliers => changer modèle de comptabilité.
/agroécologie sans chimie : garder le meilleur de la modernité et faire revenir tech et pratiques anciennes qui vont être plus adaptées par ex à un monde sans pétrole.
/Créer parti politique qui montre le chemin : économie du bien-être, convivialisme, termes qui rassemblent plus que décroissance, la paresse pour tous.
/indice de croissance ne veut plus rien dire : le PIB inventé en 1930 a du mal à refléter l'égalité? notamment les nouvelles technologies en plus de l'état de santé des écosystèmes.
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À la veille de l’acte XIV des gilets jaunes, où va le mouvement ? Le militant écologiste et altermondialiste, Patrick Farbiaz, qui vient de publier « Les Gilets Jaunes » aux éditions du Crocquant, est l’invité de #LaMidinale.
VERBATIM
Sur les gilets jaunes et la social-écologie
« C’est un mouvement social-écologique de masse. »
« Y’a une écologie libérale et une écologie des pauvres et cette écologie des pauvres a été théorisée en Amérique latine où les gens se battent pour leur survie. »
« On est en train de voir surgir des profondeurs du peuple, un mouvement de masse qui pose la question du droit à l’existence qui est une question profondément écolo. »
« Au-delà des revendications, il y a un aspect de désobéissance civile. »
« La fraternité des ronds-points, les écologistes l’appellent le convivialisme. »
Sur l’éco-socialisme
« Je ne suis pas éco-socialiste. Je suis de l’écologie sociale. »
« Faire un copier/coller entre l’écologie et le socialisme n’a pas beaucoup de sens. »
« Les crises sont à la fois sociales et écologiques. Ce sont des crises qui sont totalement liées. »
Sur les suites du mouvement des gilets jaunes
« Je pense que ce mouvement prend ses racines dans la révolution française. »
« Pour les européennes, il y aura peut-être une liste - surtout si elle est soutenue par le mouvement cinq étoiles en Italie -, mais elle ne sera pas représentative des gilets jaunes. »
« L’intérêt des gilets jaunes c’est aussi que le spectre est extrêmement large : il y a effectivement des fascistes et il y a effectivement des militants d’extrême gauche mais 80/90% de ce mouvement s’est fait par des primo manifestants, par des gens qui simplement se battent pour leur survie. »
Sur la thèse de Christophe Guilluy (France périphérique)
« Christophe Guilluy a repéré un point extrêmement important dans ce mouvement c’est que ceux qui ont débuté ce mouvement, c’est des gens qui ont été piégés socialement dans les zones périurbaines. » ça veut dire que 70 à 80% de leur budget est contraint par le remboursement des traites - souvent les petits pavillons -, par le transport - ça a été la question de l’éco taxe -, et puis la question de la précarité énergétique - parce qu’il faut payer le fuel. »
« C’est une population qui a cru au slogan ‘vous pouvez choisir votre vie’ qui a été celui de Macron mais aussi de beaucoup d’autres libéraux depuis les années 80. »
« C’est une population qui n’était jamais apparu dans les radars qui est une population prolétaire à tous les niveaux et elle émerge comme une force nouvelle. »
« Les gens se sentent d’abord solidaires en tant que bloc populaire et ceux qu’ils identifient comme l’ennemi, c’est le bloc bourgeois. »
Sur la mobilisation des quartiers populaires
« Il y a une multiplication des collectifs sur Paris et la région parisienne donc ça commence à évoluer. »
« Quand vous écoutez les jeunes des quartiers, ils n’ont pas la mémoire courte : il disent qu’il n’y avait personne pour nous aider en 2005 lorsqu’il y avait les émeutes. Ils l’avaient dit déjà au moment de Nuit Debout. »
« Ce que je trouve formidable dans ce mouvement, malgré la pression des médias, malgré la présence de groupe fascistes avérée, il n’y a pas de stigmatisation ni des banlieues, ni des immigrées à l’intérieur, ça n’est pas une question qui est posée par le mouvement - ou alors de façon extrêmement minoritaire. »
« La question de l’unité du bloc populaire est posée par les gilets jaunes parce qu’ils posent massivement la question sociale mais elle n’est pas posée encore politiquement et c’est ça qui fait la force de Macron. »
« Ce qui fait la force de Macron c’est qu’il a unifié le bloc bourgeois. »
Sur la contradiction entre revendications des gilets jaunes (plutôt de gauche) et la percée dans les sondages du RN
« Il faut constater qu’il y a une antériorité du RN et de Marine Le Pen sur la question de l’antisystème et les gilets jaunes se sont construits dans cette idée de l’antisystème. »
« Il faut aussi reconnaitre qu’il y a une crise de la gauche qui est à la fois assimilée au quinquennat de François Hollande et en même temps dans sa fraction des Insoumis, le populisme de gauche, théorisé par Chantal Mouffe, à travers l’incarnation d’une personne, ne fonctionne pas. »
« Ce qui est préoccupant c’est que, à gauche, il n’y a pas d’alternative. »
« Ce qui est notable dans les sondages, c’est que Macron est en train de se renforcer. Il consolide le bloc bourgeois. Il bouffe la droite libérale classique. »
« Notre rôle, c’est d’arriver à construire un bloc populaire. »
« On est dans une période absolument historique, et le mouvement des gilets jaunes est en train de recomposer le paysage politique, beaucoup plus fortement que ne l’a fait Nuit Debout. »
« On vit avec les gilets jaunes, un nouveau mouvement de cette résistance contre la mondialisation capitaliste. »
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Actualités et politique
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