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les corporations du moyen âge ont disparu à la révolution de 1789 (libérale) laissant les ouvriers sans règles ...
Avec Dominique Méda, professeure de sociologie à Paris-Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen
Publié le samedi 25 avril 2026 à 09:13
France Inter
26 min restantes
On n'arrête pas l'éco
Par Claire Chaudière
Au menu ce samedi : un débat sur les nouveaux concepts économiques de la campagne présidentielle, un détour par la Grèce dans la tourmente d'un scandale de fraude aux aides européennes et un focus sur le travail, avec un reportage sur le unbossing et un entretien avec la sociologue Dominique Méda.
"Les politiques n'ont jamais aussi peu parlé de logement", nous disait donc avant-hier Sébastien Lecornu depuis Marseille, annonçant un nouveau projet de loi avant l'été, devant un parterre d'acteurs et d'anciens et d'anciennes ministres du logement, qui ont dû apprécier. En voilà un drôle d'aveu. Celui de l'échec des gouvernements successifs. Dans les couloirs de la Macronie, depuis quelques temps déjà certains n'hésitent plus d'ailleurs à le verbaliser : c'est effarant sur le logement, le président a eu tout faux...
Le logement considéré, souvenez-vous, comme une richesse "improductive" par Emmanuel Macron. ça a commencé par un coup sur la tête du secteur HLM et la baisse de 5 euros sur les APL, suivi de la promesse d'un choc de l'offre qui n'a jamais eu lieu... Changements incessants de formule pour le prêt à taux zéro, le Pinel, Ma Prime Rénov'. Et puis, pas de chance, hausse des taux d'intérêt avec la guerre en Ukraine : la machine immobilière se grippe, se bloque. Catastrophe. La construction atteint un plus bas historique. Elle repart aujourd'hui mais reste bien fragile.
Alors 2 millions de logements à construire d'ici à 2030, l'objectif rappelé cette semaine est très ambitieux. L'exécutif s'est presque réconcilié avec les bailleurs sociaux et avec les investisseurs locatifs, les deux locomotives du secteur. Mais il n'a pas changé de paradigme. Il veut toujours simplifier, accélérer.
Il reste des incompréhensions, des irritants pour les associations, comme lorsque Sébastien Lecornu associe le troisième grand chantier de rénovation urbaine à la lutte contre le narcotrafic ou comme cette marche arrière sur l'interdiction de location des passoires thermiques. Il reste des angles morts : la régulation des loyers et des prix du foncier.
La crise du logement ou plutôt les crises du logement se sont pour certaines amplifiées en dix ans. Mais le reconnaître, même à demi-mot, c'est peut-être le début d'un sursaut.
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2 min
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30:00 Le rapport au travail a changé ... La fonction de manager s'est aussi dégradée. C'est ce que pense Mathieu DETCHESSAHAR, professeur d'économie et de management à l'université de Nantes. Il estime qu'aujourd'hui le contrat de confiance entre les managers et sa hiérarchie n'est plus rempli.
Idée que les managers ont toujours beaucoup travaillé. Mais en contrepartie, on leur donnait des marges de manoeuvre, la possibilité d'initiatives. On leur faisait confiance pour gérer en partie à leur guise les pb auxquels ils s'affrontaient avec leurs équipes. Les 20 dernières années, ce contrat de confiance qui faisait le sens du manager a beaucoup évolué. Il n'est pas rare d'entendre des managers nous dire qu'ils sont des ouvriers en costard qui ne peuvent à peu près rien décider à leur niveau. Ils nous disent qu'ils sont devenus de simples passeurs de plats. Ils descendent de l'information et ils en remontent. Mais rien ne peut se jouer à leur initiative et à leur niveau. Et son regarde de l'autre côté du contrat de confiance, du côté de la charge de travail, ce qui semble surtout faire pb c'est la nature des taches qu'on leur confie. Donc ils disent tous que ce travail est un travail moins managérial, moins d'animation, moins en contact avec leurs équipes. Et de plus en plus un travail qui les conduit à être enfermés dans leur bureau, vissés devant leur ordinateur manipulant de multiples applications informatiques à des fins effectivement de reporting multipoints sur les différents sites de performance comptable, financière, rh, mais aussi RSE.
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Cette figure de la réunion qui est devenue aujourd'hui honnie, détestée dans beaucoup d'entreprises tellment elles sont effectivement descendantes, monologiques, peu participatives. Si on veut réenchanter le travail des managers, ils ont besoin d'être de plus en plus avec leur direction dans une relation d'écoute et de participation, que l'on puisse reconstituter leur pouvoir d'agir. Et ça passe effectivement par des réunions pour essayer de repartir du travail, dans un rapport d'écoute et de construction collective. ...
32:36
Dominique Méda
... J'ai beaucoup aimé ce reportage ... D'abord, il nous montre bien que c'est pas vrai que les jeunes ne veulent plus travailler. Ils veulent le faire autrement avec une grande importance donnée à la possibilité de concilier sa vie professionnelle et sa vie privée. Et ça rejoint des tas d'études où on nous dit que les attentes des jeunes sont immenses. Ils veulent une bonne ambiance de travail, un contenu intéressant, être utile, etc ... J'aime beaucoup le reportage sur le père qui s'occupe de ses enfants. Quelque chose qu'on voit beaucoup, des difficultés de conciliation qui sont ressenties à la fois par les hommes et par les femmes.
2ème point sur le management très intéressant aussi. Il ne faut pas oublier - il y avait une très belle enquête de la DARES publiée en 2023 - qui montrait que 37% des salariés ne se sentait pas capable de travailler jusqu'à l'âge de la retraite. Et là, les cadres étaient 32%, presqu'autant que les ouvriers et les employés. Donc en effet, la charge de manager est devenue de plus en plus difficile, de plus en plus lourde avec beaucoup de charge mentale. L'APEC raconte ça très bien. Il n'y a pas de désaffection au travail. Au contraire, il y a des attentes de réalisation de soi de plus en plus importantes qui viennent se fracasser sur la réalité des conditions d'exercice du travail aujourd'hui.
DÉMOCRATISER L'ENTREPRISE
34:56 On porte cette idée depuis plusieurs années notamment avec Isabelle Ferrera qui vient de rendre à la Ministre espagnole un rapport sur comment on pourrait démocratiser l'entreprise en Espagne. Ça veut dire qu'aujourd'hui, notamment en France, les salariés sont parmi les moins consultés sur leur travail, y compris sur des décisions qui concernent vraiment leur travail au quotidien. J'ai fait des tas d'enquêtes où on voyait un mépris pour ceux qui font le travail, qui était invraissemblable. Donc l'idée de démocratiser l'entreprise, c'est d'abord de redonner la parole aux gens, de les faire participer à la décision. Et nous, on va un peu plus loin. On dit faire comme en Allemagne ou dans les pays du nord de l'Europe, la codétermination, c'est-à-dire à la fois des conseils d'entreprise dans lesquels les salariés ont beaucoup de pouvoir d'organisation, de décision. Et puis aussi des sièges réservés dans les conseils d'administration ou les conseils de surveillance, aux représentants des salariés. Et on pense - on avait écrit il y a longtemps un livre qui s'appelait Manifeste au travail : démocratiser, démarchandiser, dépolluer - et on se disait que plus on donne la parole aux salariés qui font le travail donc qui savent comment on doit faire, mieux c'est, et pour l'entreprise et pour toute la société.
Deux mondes du travail... celui qui a le choix et celui qui ne l'a pas, comme ces livreurs à vélo et à ces associations qui ont attaqué en justice les plateformes de livraison Deliveroo et Uber eats pour traite d'êtres humains. L'Ubérisation, le retour de l'esclavage ?
36:14 Totalement. J'ai travaillé sur ce sujet notamment avec les inspecteurs du travail et des URSSAF qui nous disaient "on ramasse la mer à la petit cuiller". Ils n'ont aucun moyen pour contrer ces énormes plateformes qui, en transformant, en ne reconnaissant pas les personnes non salariées, ça veut dire que 1- elles n'ont pas à faire respecter le soin dont on doit entourer les salariés (prendre en charge leur santé et leur sécurité, faire en sorte que rien de grave ne leur arrive). 2èmement, elles ne payent pas de cotisations sociales, ce qui fait un énorme manque à gagner puisqu'on cherche de l'argent pour la sécurité sociale. Donc OUI, ce sont des conditions souvent proches de l'esclavage. Il faut transposer la directive européenne qui nous donne les critères pour montrer que ces personnes sont des salariés.
37:31 Dans votre livre vous remontez dans l'histoire et vous parlez de cette lettre de Keynes qui nous imagine enfin libérés du travail en 2030.
Tout petit texte magnifique ! On sera dans l'abondance. et on n'aura plus besoin de travailler. Il dit qu'il y a deux types de besoins à caractère absolu et les besoins à caractère relatif. À cararctère absolu, ils peuvent être satisfaits. À caractère relatif, c'est notre désir de supériorité, d'avoir toujours des choses différentes des autres. Et ça, il pensait que ça serait résolu mais il n'en est rien. Donc ya toujours cette envie chez nous.
On n'est pas dans une religion du travail, mais dans le capitalisme. C'est-à-dire de faire toujours plus de profit, y compris en produisant des choses qui n'ont aucun intérêt. C'est cette volonté du toujours plus. Et du capitalisme. On a un souci d'améliorer nos conditions de vie qui est tout à fait louable mais ya pas que ça aujourd'hui dans notre frénésie de production et de consommation.
39:07
Débats autour du travail le 1er mai avec l'envie de rouvrir des magasins comme les fleuristes et les boulangers.
Il faut sortir de cette idée que les français ne veulent plus travailer. On a un pauvre petit jour qui est chômé et payée dans l'année. Si des patrons veulent bosser, ya aucun pb. Mais conservons ce jour un peu sacré pendant lequel la pression très forte du travail est suspendue, c'est ce qui s'est passé pendant la COVID. On pensait d'ailleurs que cette suspension allait nous permettre de travailler autrement, d'ouvrir le chantier des classifications, de la valeur sociale du travail, des métiers essentiels. On ne l'a pas fait. Profitons-en le prochain 1er mai pour penser comment revaloriser les métiers essentiels.
40:11
/pragmatisme le code du travail dit très bien les choses : il faut que ça soit indispensable. Aller à l'hôpital, Sa baguette, on peut l'acheter la veille.
L'intelligence artificielle.
L'horizon s'obscurcit. En 2023, l'OIT disait ça va. C'est les femmes qui seront les 1ères affectées puisqu'elles occupent massivement les emplois de bureau. Mais en 2025, c'est en train de s'aggraver.
Oui, ya un énorme sujet. Je reboucle avec ce dont on a parlé tout à l'heure, la codétermination.
Sam Altmann a produit une lettre il y a quelques jours invraissemblable dans laquelle il dit "discutons-en. Oui, redonne à tes techniciens et salariés la possibilité de t'exprimer. C'est la seule manière pour éviter que des choses épouvantables soient encapsulées dans ces dispositifs.
Il manque un débat sur la propriété des moyens de production. ...
42:13 /Revenu universel tout petit et retirer toutes les règles sur le marché du travail. Qui nous le donnera ?
Ouvrage "POURQUOI TRAVAILLONS-NOUS ?".
Jürgen Habermas en 2004 ©Getty - aslu/ullstein bild
Le philosophe Jürgen Habermas, dernière grande figure de l’École de Francfort
Dimanche 15 mars 2026 (première diffusion le vendredi 23 janvier 2026) / L'Heure philo
Jürgen Habermas était considéré comme « l’un des plus grands philosophes allemands contemporains ». (Ré)écoutez le avec Michaël Fœssel, philosophe, spécialiste de la philosophie allemande, et Dominique Méda, professeure de sociologie et présidente de l’institut Veblen.
Avec
- Michaël Fœssel, philosophe français
- Dominique Méda, sociologue, haute-fonctionnaire et philosophe française
Jürgen Habermas, philosophe et sociologue allemand, européen convaincu, dernière grande figure de l’École de Francfort, est considéré comme « l’un des plus grands philosophes allemands contemporains ». Né en 1929, avec le handicap d'une fente palatine (plus connu sous le nom de bec-de-lièvre), le jeune enfant dut subir plusieurs opérations chirurgicales délicates et fut moqué par ses camarades. Habermas traverse les traumatismes de son enfance et les turbulences de l’Histoire et s’intéresse sensiblement à la nature sociale de l’homme, aux relations avec autrui, puis à la philosophie du langage ainsi qu'à la théorie de l’action.
Assistant d’Adorno de 1956 à 1959, il accède à la chaire de Max Horkheimer en 1964. Habermas développe le concept de "raison communicationnelle" puis celui de "l’agir communicationnel", suivis de "l’éthique de la discussion et de la politique délibérative". Il est "le philosophe de la reconstruction d'un idéal philosophique démocratique contre le nazisme, l'égarement et la barbarie pour une Europe fédérale".
Parmi son œuvre traduite dans le monde entier, quelques livres :
- L’Espace public (1962) chez Payot ,
- La Théorie de l’agir communicationnel "(1983) chez Fayard
- "Ecrits politiques. Culture, droit, histoire" Ed Flammarion ou "Profils philosophiques et politiques" Ed Gallimard
Avec :
Michaël Fœssel philosophe, spécialiste de la philosophie allemande et de la philosophie contemporaine et professeur à l'école Polytechnique est l'auteur de deux articles-entretien avec Jürgen Habermas Critique et communication : les tâches de la philosophie » et « Une ambition philosophique par gros temps « parus dans la Revue Esprit. Son dernier livre Une étrange victoire. L'extrême droite contre la politique, co-écrit avec Etienne Ollion est édité au Seuil.
Dominique Méda est philosophe et sociologue, professeure de sociologie (université Paris-Dauphine-PSL) et présidente de l’Institut Veblen". Son dernier ouvrage ,Une société désirable. Comment prendre soin du monde est publié chez Flammarion/France Culture, 2025
Programmation musicale : Barbara Göttingen et Jalen Ngonda All about me
Clés : Sciences et Savoirs Philosophie Philosophie contemporaine Jürgen Habermas Dominique Méda Michaël Fœssel
Ndlr : dans quelle mesure utile à la médiation ? ACT
Changement climatique
5,29 k abonnés - 116+ - 3 241 vues
1 heure pour mieux comprendre les causes des échecs répétés de l’écologie, envisager les pistes pour inverser la tendance et enfin conduire à des victoires écologiques.
En présence de Marine Calmet, avocate activiste de l’environnement, co-auteure de « Justice pour l’étoile de mer » (éditions Actes Sud), Dominique Méda, professeure de sociologie à Paris Dauphine-PSL, directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (IRISSO), auteure de « Une société désirable » (éd. Flammarion), Clément Sénéchal, diplômé de sociologie et de philosophie politique, expert des enjeux climatiques, auteur « Pourquoi l’écologie perd toujours » (éd. Le Seuil)
🌈 Cette conférence a eu lieu lors de notre week-end "Comment résister au backlash écologique et démocratique ?" le 25 et 26 mai 2025
💪 Ce week-end a eu pour ambition de dresser un état des lieux lucide de la situation, tout en ouvrant des chemins de résistance, d’espoir et d’action avec des expert·es, scientifiques, artistes, chercheurs, journalistes… et vous !
🪴Organisée en collaboration avec le Nouvel Obs, la Fondation Jean Jaurès, le collectif média Le Moment, la Fondation Edgar Morin, la Chaire d’excellence τ-co.re, le Cent-Quatre Paris, le Greenwashing Comedy Club, les Effilochés, Nos vies bas carbone et la Fresque de la rénovation.
49 commentaires
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@jeromegarnier1298 il y a 2 semaines (modifié)
Notes :
Trajectoire intermédiaire 2,5 à 2,9 °C, +76 cm de montée des eaux. Contraction du PIB d environ 10%
3:03 cadre juridique actuel (droit, loi, règle), le droit est écrit sur mesure pour protéger les intérêts industriels
3:56 EPR de Flamanville
6:45 rapport IPBES, 3 blocages, rupture nature culture, concentration des richesses, court terme et profit.
7:42 autre mouvement, droit dr la nature, sujet à part entière
9:39 ecologie du spectacle, greenpeace, détaché de la question sociale, vedette bourgeois, ONG verticale avec relation de pouvoir et division du travail et aliénation. Recrutement de personnel encadrant.
14:26 detaché de la lutte des classes, non violence. Dépolilitisation.
15:59 Meda, marchands de doutes. Nordhauss.
17:06 chantage à l emploi. Trump croisade anti science.
24:42 reconversion écologique, co bénéfices, reconversion et conversion de nos cadres cognitifs, moins sévère que Clément car cest difficile.
29:55 règle juridique, droit de la nature. Cest un bullshit job député européen.
Sumplifier les normes environnementales ca veut dire enlever, CNDP
35:50 Il faut complexifier le droit, faire de la permaculture du droit. Ndla : risque de totalitarisme bureaucratique ?
38:35 ceux qui décident pas le savoir ceux qui ont le savoir ne décident pas heureusement c'est ça la démocratie montre il faut savoir écouter
39:52 le politique n'a qu'une délégation de pouvoir
40:00 Pierre Rosanvallon, né à Blois le 1er janvier 1948, est un historien et sociologue français. Pierre Rosanvallon en 2024. Ses travaux portent principalement sur l'histoire de la démocratie et du modèle politique français, et sur le rôle de l'État et la question de la justice sociale dans les sociétés contemporaines.
41:30 les imaginaires ne suffisent pas il faut l incarner dans les territoires. Il faut un signifiant après ce mot sinon il est vide. Peur de l anticapitaliste. Sinon l ecologie appartient a tous et meme au RN. Racisme, Bolloré. Libertaire.
45:59 arrêter les primaires populaires. Arrêter les petits candidats et intérêts boutiquiers. Arrêter d appeler au vote du cœur. LFI.
50:05 il faut un assentiment général donc ca ca se prépare !!!
52:20 un programme ca se prépare a l avance
53:48 gilet jaune : mouvement preinsurectionnel
54:38 l avenir de l ecologie cest la lutte des classes !!!!
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Connue / https://x.com/ClemSenechal/status/1948766954438729904
"
Clément Sénéchal @ClemSenechal · 1h
Mon intervention à l'Académie du climat sur le « backlash écologique
"
Comment aller vers la sobriété dans un monde de surconsommation ? ©Getty - RapidEye
Série « « Je rêvais d’un autre monde » »
Depuis la rentrée, le mot sobriété est sur toutes les lèvres… Mais dans quelle mesure est-on vraiment prêt à la sobriété dans un monde où le fonctionnement même de la société et de l’économie est basé sur la consommation ?
Il y a 50 ans paraissait un rapport rédigé par Dennis et Donella Meadows : Les limites à la croissance. Ce livre, qui reste une référence encore aujourd'hui, mettait en évidence les risques d'effondrement de nos sociétés si ces dernières continuaient à afficher la poursuite de la croissance comme objectif.
À réécouter : 1972, le rapport Meadows : premier cri d’alarme pour la planète Affaires sensibles 54 min
Sauf que, 50 ans plus tard, force est de constater que ce rapport n'a pas entraîné de changements majeurs, changements qui auraient pu faire gagner un temps précieux dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais aujourd'hui, la crise écologique et économique que nous traversons pourrait être une opportunité finalement pour entrer dans une nouvelle ère.
À l'occasion de la journée spéciale Vous avez dit sobriété ?, "La Terre au Carré" reçoit Dominique Méda, professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine, directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (université Paris-Dauphine-PSL) et Présidente de l’Institut Veblen.
Alors que les injonctions à la sobriété se multiplient, l'invitée rappelle qu’en matière d’écologie, le pouvoir des seuls individus demeure limité : comment diminuer nos consommations si nous continuons à vivre dans un contexte où tout nous pousse à la surconsommation ? Face aux crises écologiques en cours, nos indicateurs de richesse sont-ils encore pertinents ? Comment en finir avec le mythe de la croissance ?
Sobriété, est-ce le bon terme ?
Selon Dominique Méda, nos sociétés sont fondées sur la croissance – du PIB –, et sont quelque peu schizophrènes, dans le sens où les citoyens sont sans cesse sollicités, et excités par le fait de consommer, par le biais de publicités très peu régulées par exemple, mais il leur est aussi demandé de passer à la sobriété. La chercheuse travaille sur ces questions depuis plusieurs dizaines d'années et affirme que le constat des limites de la planète avait été fait il y a 50 ans sans que des actes ne suivent. C’est "un chantier monstrueux" qui s’annonce.
Alors que le gouvernement n’a de cesse en cette rentrée de parler de sobriété – qui signifie au départ une certaine tempérance dans le fait de boire et de manger – l’invitée s’interroge sur l’emploi de ce mot, dont la connotation "punitive et liberticide" selon elle, peut être questionnable. Elle préfère le mot de post-croissance et parle de l'ère d'une nouvelle abondance. Elle souhaite une société qui n'aurait plus de rapports d'exploitation et de conquête avec la nature, une sorte de ré-encastrement des humains dans la nature. On aurait alors des tas de bénéfices.
Sur le répondeur de "La terre au carré", une grande réflexion sur la terminologie a été menée et les auditeurs et auditrices ont proposé des mots pour décrire le grand défi à venir : "croissance adaptative", "prospérité", "partage équitable des ressources", "consommation éclairée", "pérennité", "harmonie"... Tous ces termes sont alors analysés par l'invitée.
Comment pourrait-on, concrètement, changer les choses ?
Dominique Méda l’annonce d'emblée, il faut des politiques radicales, avec un investissement massif. Les chercheurs disent qu'il faudra consacrer à ces transformations entre 30 à 60 milliards d'euros par an. Elle donne des exemples concrets de chantiers à mener :
- Rénover les bâtiments. "Après, on consommera moins de chauffage. Mais ça coûte hyper cher. Si on veut en faire suffisamment, il faut au moins 15 milliards par an."
- S’occuper des transports. "Ce sont 30% des gaz à effet de serre. Tous les gens qui sont dans la périphérie urbaine, qui ont besoin de leur voiture, il faut remplacer leurs véhicules. Et puis il faut leur donner des moyens alternatifs pour se déplacer. Alors pas nécessairement le vélo, parce que tout le monde ne peut pas se déplacer à vélo mais il faut certainement construire des tramways, des trains, des lignes secondaires, etc. Donc ça, c'est des investissements massifs qui nous permettront en effet de moins consommer d'énergie et de vivre autrement."
- Réformer le monde professionnel. "Créer de nouveaux types d'emplois. On pourrait rompre avec la division internationale du travail. Un produit fait quatre fois le tour du monde avant d'arriver chez nous. On pourrait par exemple avoir des entreprises de taille plus petite, mieux installées, mieux ancrées dans leur territoire, avec des circuits courts. Mais aussi démocratiser le travail, c'est-à-dire avoir des gens qui font d'abord un métier beaucoup plus utile. Et ça, on sait que les gens demandent beaucoup ça aujourd'hui. Un sens dans leur travail. [...]" La chercheuse parle notamment d'augmenter de façon conséquente le nombre d'agriculteurs.
- Selon Dominique Méda, il faut faire comprendre aux plus riches qu’ils doivent faire des efforts et arrêter la consommation ostentatoire. Pour elle, l'on ne peut prôner la sobriété que si on arrive à une sorte de justice dans les efforts. Ceux qui doivent faire les efforts les plus importants, ce sont les plus aisés, parce que les classes les plus modestes, elles, sont déjà à peu près au niveau.
La suite est à écouter...
Dominique Méda publie Faut-il attendre la croissance ? avec Florence Jany-Catrice, qui est paru le 20 septembre à la Documentation française dans une version actualisée.
2030 c’est demain, collectif de l’Institut Veblen, éditions Les petits matins, mai 2022.
À réécouter : Décroissance : solution ou contrainte ? La Terre au carré 53 min
Chroniques Camille passe au vert Que se cache-t-il derrière le mot "sobriété" répété par nos dirigeants ? Face à la menace de pénurie d'énergie, nos dirigeants n'ont plus qu'un mot à la bouche : sobriété. Il faut réduire notre consommation, faire des petits gestes, mais pas question pour autant de produire moins. Pas facile de tout comprendre en se plongeant dans leurs discours. 5 min
Clés : Environnement Économie Consommation Écologie Dominique Méda
La transition écologique des entreprises ©Getty - the_burtons
De nombreuses entreprises prennent conscience des limites planétaires et de la nécessité d'évoluer. Mais est-ce possible au sein d’un modèle de développement économique actuel reposant largement sur l’injonction de « vendre plus pour gagner plus » ?
Avec
- Eric Duverger Initiateur de la Convention des Entreprises pour le Climat
- Dominique Méda Professeure de sociologie à Paris-Dauphine, Productrice chez France Culture
Aujourd’hui, près de 90% des entrepreneurs français déclarent vouloir s’engager dans une transformation à la fois sociétale et environnementale.
Des critères dits « ESG » (environnementaux, sociaux et de gouvernance) ont été conçus pour estimer la manière dont une entreprise prend en considération les questions environnementales et sociales et organise sa gouvernance. De plus en plus utilisés pour aider les investisseurs à prendre leurs décisions, ils sont néanmoins critiqués pour leur trop grand nombre et pour l’absence de transparence dans leur fabrication et leur usage.
Où en sont les entreprises ? Comment accélérer leur transition dans un contexte de limites planétaires dépassées et de fin d’abondance ?
On en parle avec nos invités :
Eric Duverger, fondateur et délégué général de la Convention des entreprises pour le Climat
Caroline Neyron, directrice générale du Mouvement Impact France. Ce mouvement a développé l’Impact Score, un outil permettant d’évaluer l’impact social et écologique de son entreprise.
Dominique Méda, professeur de sociologie à l’université Paris Dauphine, directrice de l’Institut Interdisciplinaire en Sciences Sociales
Réussir à concilier profit et écologie
Si l'on en croit les enquêtes, la très grande majorité des entrepreneurs français déclarent vouloir s'engager dans une transformation à la fois sociétale et environnementale. Cette tendance témoigne d'une prise de conscience croissante de la responsabilité des entreprises face aux enjeux planétaires auxquels nous sommes confrontés.
Cependant, les entreprises restent peu nombreuses à mettre en place des transformations profondes et le modèle économique repose encore sur l'injonction de vendre plus pour gagner plus. Alors, est-il possible de concilier profit et écologie dans le secteur entrepreneurial, en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et où en sont les entreprises dans cette démarche ?
Le mouvement Impact France
Caroline Néron est directrice générale du mouvement Impact France depuis 2016, un mouvement patronal et d'entrepreneurs qui met l'impact social et écologique au cœur de leur modèle : « Quand j’ai rejoint ce mouvement, il réunissait à peu près 400 entrepreneurs et portait sur des enjeux sociaux et écologiques comme la mobilité verte, le gaspillage alimentaire, l'intégration des réfugiés. Le mouvement a grandi, s'est développé en accueillant de plus en plus d'entrepreneurs dans des parcours de transformation qui se rejoignent sur le fait qu'il faut changer les règles du jeu ».
Réduire 55 % des gaz à effets de serre d’ici 2030 pour les entreprises
La convention des entreprises pour le climat dont Eric Duverger est le fondateur regroupe 700 entreprises. Selon lui : « Les gaz à effets de serre et l’enjeu de décarbonisation sont des sujets importants, mais au sein de la convention, on traite toutes les limites planétaires comme la question de l’eau, des pollutions et plus globalement des ressources ». Pour lui, l'objectif principal est que les entreprises réduisent de 55 % leurs gaz à effets de serre d'ici 2030.
Penser la réussite des entreprises différemment
Dans cette émission, Caroline Neyrou évoque le terme de "licorne à impact" : « Aujourd’hui, on peut penser le développement des entreprises avec d'autres critères. Par exemple, on peut travailler sur l'impact positif et prendre ce curseur comme une nouvelle boussole. Si on garde la seule boussole économique, on ne peut pas évaluer la réussite des entreprises. Il faut à minima en avoir une deuxième. Le terme de licorne à impact sert à caractériser les entreprises qui ont choisi d'avoir en premier la boussole écologique et sociale et qui peuvent devenir des leaders qui changent nos comportements ». La directrice générale du Mouvement Impact France prend l’exemple de Yuka, une application mobile qui permet de scanner les produits alimentaires et d'obtenir une information claire sur l'impact du produit sur la santé, une démarche à la fois écolo et vertueuse : « 40 millions de personnes l’utilisent, et pourtant, l’entreprise ne compte toujours que dix salariés. Ça montre qu’on peut penser la réussite des entreprises différemment ».
À écouter : Nathan Méténier : "Ce qui nous a amenés à cette crise climatique, c'est bien souvent une crise sociale" L'invité de 6h20 6 min
La CSRD, une nouvelle directive obligatoire pour les entreprises
Jusqu’ici la RSE, la responsabilité sociétale des entreprises était le principal baromètre des entreprises, mais pour Dominique Méda, professeur de sociologie, beaucoup d’entreprises disent qu’elles en font, mais il y a un manque de transparence et il est difficile de comparer les entreprises, même s'il y a des labels comme la ESG, pour environnement social gouvernance, sur lesquels les investisseurs jugent des réussites ou des échecs des entreprises : « Tout ça reste un peu flou. Ce qui est intéressant, c’est qu’en 2001, a été votée une nouvelle directive, la CSRD, pour Corporate Sustainability Reporting Directives par l'Union européenne qui va devenir obligatoire. Elle exige qu'un certain nombre d'entreprises, les plus grandes pour l'instant, sortent des chiffres sur ce qu'on appelle la double matérialité, c'est-à-dire à la fois ce que leur environnement fait à leur compte, et ce que les entreprises font à l’environnement. Elles auront donc à rendre des comptes sur une base comparable entre les différentes entreprises. Cela va permettre de guider les investisseurs pour voir celles qui ont un comportement vertueux ou non ».
Des outils plus simples pour ne pas pénaliser les entreprises bio
Pour Caroline Neyrou, l’économie est au centre de cette transition écologique des entreprises : « Aujourd’hui, la compétitivité d'une entreprise est attaquée quand elle engage des transitions écologiques. Il faut bien payer ses salariés, travailler en circuit court, utiliser des produits de bonne qualité et ça coûte. Dans les périodes d'inflation, les entreprises les plus engagées ont des produits qui coûtent potentiellement plus cher, et elles sont donc pénalisées. Actuellement, nous avons des acteurs qui perdent 30 % de leur chiffre d'affaires à cause des enjeux d'inflation, et ces évaluations nous donnent une meilleure compréhension pour aider les entreprises les plus vertueuses ».
Un puissant lobbying pour changer cette directive
Un des principaux freins à cette directive qu’évoque Dominique Méda, c’est un lobbying intense qui fait tout son possible pour que cette directive soit la moins contraignante : « Il y a une lutte silencieuse entre les normes comptables aux États-Unis, qui n'ont pas envie qu'on regarde ce que les entreprises font à l’environnement et les normes européennes vertueuses pour l’environnement qui pourraient s’imposer ».
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À écouter : La conversion écologique des Français : qui sont les Français sensibles à l'environnement ? La Terre au carré 55 min
Chroniques Camille passe au vert Mégafeux au Canada : quid des animaux ? 4 min
Clés : Environnement Écologie Biodiversité
CHRONIQUE. La décision d’Emmanuel Macron de relancer le nucléaire a été prise en dépit de tout ce qu’enseignent les recherches ...
Connu / tg 20/2/22 à 11:32