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l'adaptation inventive ... / assujettissement ... plus vivant et non pas moins !
La rivière Whanganui en Nouvelle Zélande a obtenu le statut de "personne" en 2017.
39 min
L'émergence des droits de la nature marque un tournant historique dans notre relation au vivant. Mais imaginer défendre en justice un fleuve ou une rivière, comme une personnalité juridique, relève-t-il de la fiction ou d’un futur à envisager pour pallier les limites du droit de l'environnement ?
Avec Camille de Toledo Écrivain
Camille de Toledo publie chez Verdier un petit texte intitulé L'international des rivières, un récit de l'avenir. Il s'agit d'une **fiction spéculative, juridique et politique qui se projette dans les décennies à venir en imaginant une rivière d'abord exploitée, asséchée, entravée par des barrages et qui obtient un jour le statut de personne juridique grâce à une loi. L'auteur fixe l'action le 25 juin 2035. Camille de Toledo explique qu'il a connu un enjeu fort d'écriture adossé à un travail de recherche : "Il y a une sorte de pari de toute façon de la fiction, qui s'adosse en vérité à autre chose qu'un strict regard sur la politique et les équilibres politiques en France – la difficulté qu'on a depuis maintenant 30-40 ans à penser l'avenir autrement que sous la lumière de l'apocalypse."
Les débuts de la personnification juridique
L'idée que des entités naturelles puissent se défendre en justice trouve sa source moderne en 1972 avec le professeur américain Christopher Stone. Dans un article dont le titre "Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ?" est déjà en soi une révolution ontologique pour l’époque, il propose d'accorder le statut de personnalité morale aux entités naturelles pour contrer des projets industriels dévastateurs.
Camille de Toledo explique le problème qui se pose alors : "Les entités naturelles sont considérées comme des objets, donc elles n'ont pas intérêt à agir, donc elles ne peuvent pas aller en justice. Comment est-ce que j'organise le monde pour que des arbres puissent aller en justice ? Il faut sans doute que je leur donne la qualité de sujet de droit. Et à partir de là, cette idée fait sa traversée du désert, jusqu'à ce qu'elle retrouve des communautés habitantes au début du XXIe siècle qui se demandent comment défendre leur sol, leur sous-sol, leur montagne, leur vallée, leurs arbres, leurs rivières. Et c'est par le biais d'une grande organisation environnementale américaine qui s'appelle le CELDF, que la parole et l'idée de Stone va trouver des cas pratiques."
Cette idée a ressurgi ensuite au début des années 2000, portée par le constat de l'échec des politiques de développement et des grandes conférences internationales. Le mouvement s'est alors concrétisé par des étapes juridiques majeures comme l’intégration des droits de la Terre-Mère dans la Constitution de l'Équateur en 2008, puis la personnification juridique du fleuve Atrato en Colombie et de la rivière Whanganui en Nouvelle-Zélande en 2016 et 2017.
Par ce que Camille de Toledo qualifie de "pollinisation du droit", le phénomène finit par atteindre l'Europe vers la fin des années 2010 avec d’une part l’obtention des droits d'une personne par la lagune de la Mar Menor en Espagne suite à une mobilisation citoyenne massive, et le lancement du projet du Parlement de la Loire, en France, qui vise à imaginer un cadre législatif où le fleuve pourrait être représenté et ses intérêts défendus face aux pressions anthropiques.
À écouter
Le collectif "Vers un parlement de Loire" publie une lettre ouverte pour les futurs élus
Plus de temps à perdre, ICI Touraine
8 min
Les enjeux du statut de "personne écologique"
L'attribution d'une personnalité juridique aux entités non-humaines vise à dépasser les limites intrinsèques du droit de l'environnement classique. Camille de Toledo soulève que ce dernier, né dans les années 70, est critiquable pour sa vision "écopaternaliste" où l'humain reste le seul décideur et la nature un simple objet de compensation ou de réparation. À l'inverse, le droit de la nature reconnaît que les écosystèmes ont des intérêts propres qui doivent exister dans le débat sociétal.
Devenir une personne écologique permet à une rivière ou une forêt de participer à des arbitrages juridiques et économiques. Une révolution juridique entraîne une redéfinition radicale de notre vision économique dans laquelle la nature n'est plus un simple actif à maximiser, mais un "corps travailleur" qui déploie une énergie produisant de l'habitabilité (par exemple, l'énergie hydroélectrique ou la régulation climatique). Sur ce postulat, tout devient imaginable ! Si la nature travaille et produit de la valeur, elle devrait pouvoir prétendre à une forme de rémunération, ces revenus permettant aux entités naturelles d'acquérir une autonomie financière pour payer leurs propres actions en justice et financer leur propre régénération.
À écouter
L’Initiative pour l’Avenir des Grands Fleuves
Chroniques littorales
France Inter
4 min
La fiction comme outil de transformation des institutions
L'utilisation de la fiction dans le domaine du droit n'est pas inédite : le capitalisme lui-même repose sur la fiction juridique de la personnalité des entreprises. Dans son approche, Camille de Toledo utilise la fiction non pas comme une évasion, mais comme une "stratégie pragmatique" pour rendre pensables des transformations autrement inaccessibles. Son ouvrage, L’Internationale des rivières paru aux éditions Verdier est un "récit de l'avenir" visant à accompagner la métamorphose de la société. La fiction se met ainsi au service d’une projection dans laquelle un narrateur propose ses doutes, créant pour le lecteur un espace de réflexion. Un soulèvement légal et littéraire dont l'objectif est de bâtir une internationale des rivières capable de garantir la pérennité d'une Terre habitable pour tous les vivants.
-> Pour en savoir plus, écoutez cette émission...
À LIRE : "L'internationale des rivières" aux éditions Verdier
Camille de Toledo : "Ma principale école, ça a été les deuils et les traumas"
La 20e heure
France Inter
50 min
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Comment changer les fictions ? ... les gratitudes, qu'est-ce que l'on doir au monde ? Reversion à une personne naturelle ... épuisement y compris du monde ... Corse ... déclaratif repris et monte dans la hiérarchie des normes ... système comptable, forme de démence ... inconscient terrestre ... que les défenseurs du vivant ne soient plus reconnues comme terroristes ... soulèvements de la terre ... chamanisme ... Loire, 12 réacteurs nucléaires ... rapports de forces ... des droits et des moyens pour se défendre ...
Ndlr : pas de référence à la notion de Commun ? ACT
Marchandiser la nature ne maintient-il pas le capitalisme (Mathieu Vidard lui fait d'ailleurs remarquer) ? ACT
Françoise Dolto, en septembre 1981. ©Getty - Louis MONIER
Françoise Dolto, l'enfant est un sujet - Samedi 17 août 2024 (première diffusion le vendredi 5 juillet 2024)
Femmes d'exception
Provenant du podcast Femmes d'exception
Françoise Dolto se sentait en sécurité avec les enfants qui nourrissaient sa théorie de concepts nouveaux, comme l’image inconsciente du corps, les stades du développement infantile, etc. Elle avait de l’intuition, du savoir-faire et de la clairvoyance. De l’assurance aussi.
Née en 1908, issue d’un milieu bourgeois, Françoise sera la quatrième d’une tribu qui comptera six enfants. Le père donne à ses enfants une éducation catholique et progressiste, la mère, traditionaliste, enseigne très vite à ses filles qu’elles sont destinées à être épouses puis mères et à demeurer au foyer, seul territoire qui leur soit autorisé. Françoise ne s'y laissera pas contraindre.
Françoise, très jeune, veut aider les autres. Ses frères se moquent d’elle. Elle est non seulement imaginative mais aussi créative : elle se souvient de ses rêves et en fait des scénarios, elle fabrique un poste à galène toute seule, et apprend à toute vitesse. Pour faire des études de médecine, sa mère lui met des bâtons dans les roues. Cette dernière ne cessera de la rejeter. Mais Françoise Dolto va tout de même y parvenir. Elle choisit pour son externat de s’occuper d’enfants parce que cela la passionne. Elle veut faire de la médecine pour tous les enfants sans se restreindre aux cas officiellement psychiatriques. Appréciée de ses collègues – qui ne comprennent pas toujours pourquoi elle parle aux enfants comme à des adultes –, elle passe brillamment sa thèse.
Voir l'enfant comme un sujet
La psychanalyse d’enfants est quasiment inexistante en France et elle va pouvoir naître et s’implanter grâce à trois femmes : Sophie Morgenstern, Jenny Aubry Roudinesco et Françoise Dolto. Après Anna Freud et Melanie Klein, elles vont inventer une manière de soigner les enfants malades par de nouvelles techniques mais aussi une façon révolutionnaire de voir l’enfant. Françoise Dolto s’illustrera dans cette révolution fondamentale de nos mœurs : voir l’enfant comme un sujet et ce, dès et même avant sa naissance.
Françoise Dolto est celle qui deviendra l’inventrice d’une nouvelle conception de l’enfant, qui le sortira des limbes de l’infériorité pour en faire un sujet plein et entier, celle qui, quand elle commença à exercer son métier à l’hôpital, aimait recevoir et parler longtemps aux enfants – ce que ses collègues ne comprenaient pas en l’appelant entre eux « la fofolle », celle qui se révèlera être une révolutionnaire de la compréhension entre parents-enfants, restera toujours fidèle et prodigieusement habitée par sa propre enfance.
Dolto veut permettre à un enfant d’être ce qu’il est, qu’il puisse s’accomplir. Et s’il est malade psychologiquement, d’en comprendre les racines en nouant un dialogue – qui peut aussi ne pas passer par des mots – avec lui. Confiance, temps, modestie, cheminement. Elle avance pas à pas et il suffit de lire le compte rendu de séances avec elle pour être admiratif de sa perspicacité, de sa douceur, de son intuition.
Elle est la première, par exemple, à mettre en place le dessin comme mode de communication avec l’enfant. Elle lui dit : "Fais-moi un beau dessin, un dessin qui te fait plaisir, pas un dessin pour l’école." Elle n’explique jamais à l’enfant ce que peut vouloir signifier son dessin mais établit une communication à partir du dessin et l’invite dans une aventure à deux cathartique et donc créative où l’enfant reprend le pouvoir et a accès à son désir. Pour elle, l’enfant est partout dans son dessin qui se révèle être bien souvent un autoportrait inconscient.
Françoise Dolto, mère de trois enfants, ne cessera jamais de travailler et ne séparera pas son rôle de mère de celui de thérapeute pour les enfants. Au contraire, ces deux fonctions se complèteront et nourriront ses réflexions.
-> Pour en savoir plus, écoutez cet épisode de Femmes d'exception...
BIBLIOGRAPHIE
- Les Voix de l’enfance. Œuvres choisies, de Françoise Dolto, édité par Martine Bacherich avec Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée, Gallimard, « Quarto »
- Lorsque l'enfant paraît, de Françoise Dolto, Le Seuil
- La cause des enfants, de Françoise Dolto, Pocket
- La cause des adolescents, de F. Dolto, Pocket
ÉQUIPE Production : Laure Adler Réalisation : Flora Bernard Mixage : Basile Beaucaire et Cédric Diallo Attachée de production : Emmanuelle Fournier Coordination : Fanny Bohuon
Clés : Société Bien-être Éducation Psychologie Enfance Françoise Dolto
Résumés Français English
Après avoir soulevé la présence de deux approches épistémologiques contrastées du vivant en éducation, soit l’approche scientifique positiviste dominante et l’approche holistique, cet article propose une réflexion sur la pertinence de privilégier la seconde approche, plus spécifiquement dans le cadre d’une éducation relative à l’environnement. Une telle approche intègre de façon transversale une composante fondamentale de notre humanité, souvent mal comprise : il s’agit de la dimension spirituelle, dont nous tenterons de cerner les contours. Laisser place à la subjectivité de l’apprenant dans son rapport au vivant est de nature à susciter chez celui-ci le développement d’une éthique du lien et de la reliance. Il importe par cette voie de contribuer à la conscientisation et à l’émancipation du sujet face aux conditionnements culturels qui entretiennent la crise écologique, et de promouvoir ainsi une mobilisation écocitoyenne soucieuse de la communauté du vivant.
Mots-clés : éducation au vivant, éducation relative à l’environnement, éducation holistique, transversalité, spiritualité, subjectivité, reliance, pensée critique, mobilisation écocitoyenne
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Référence électronique
Virginie Boelen, « Réflexion sur une approche holistique d’éducation au vivant intégrant la dimension spirituelle du sujet », Éducation relative à l'environnement [En ligne], Volume 15 - 2 | 2020, mis en ligne le 15 novembre 2020, consulté le 06 septembre 2023
Auteur Virginie Boelen
est candidate au doctorat en éducation et assistante de recherche au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’Université du Québec à Montréal. Elle est fondatrice des ateliers L’Arbre de Vie, ateliers multidisciplinaires depuis 2009, dont elle enseigne la pédagogie aux animateurs du Centre Écologique de Port-au-Saumon (Québec) depuis 2017. Ces ateliers favorisent la reliance à travers le rapport esthétique à la nature selon une approche holistique.
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éléments clés relevés : intelligence collective, éthique, gauche, espaces de débat, ...
Une scène choc est diffusée ce mercredi soir dans la série de France 3 tournée à Marseille : Le viol d'un policier par un voyou. "Plus belle la vie" brise un nouveau tabou.
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5 % des hommes en auraient été victimes en France. "On est presque à 20 % aux Etats-Unis, précise Jérôme Bertin. Ca veut dire qu'en France, on en parle pas. Et pourtant, ces hommes existent. Et ils ont droit de dire qu'ils souffrent". ... avis de la fondatrice de l'association les Résilientes. Ana Tsaï, victime elle aussi d'un viol ... des hommes que je suis dans des groupes de paroles ... des sujets d'actualité et de société ...
Cf. https://www.france.tv/france-3/plus-belle-la-vie/
Accueil > Biologia novae, Curiosa, Théorie
L’homme, dès qu’il aperçoit les objets qui l’entourent, les considère de prime abord dans leurs rapports avec lui-même, et il a raison d’en agir ainsi; car toute sa destinée dépend du plaisir ou du déplaisir qu’ils lui causent, de l’attraction ou de la répulsion qu’ils exercent sur lui, de leur utilité ou de leurs dangers à son égard. Cette manière si naturelle d’envisager et d’apprécier les choses paraît aussi facile que nécessaire, et cependant elle expose l’homme à mille erreurs qui l’humilient, et remplissent sa vie d’amertume.
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Mon intention est de rassembler toutes les observations faites dans cette science, de répéter et de varier autant que possible toutes les expériences, de les rendre assez faciles pour qu’elles soient à la portée du plus grand nombre; puis de formuler des propositions qui résumeront les observations du second degré, et de les rattacher enfin à quelque principe général. Si parfois l’esprit ou l’imagination, toujours prompts et impatients, me font devancer l’observation, alors la méthode elle-même m’indique dans quelle direction se trouve le point auquel je dois les ramener.
Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)
Traduction française par Ch. Fr. Martins, Œuvres d’histoire naturelle de Goethe, 1837.
Titre original : Der Versuch als Vermittler von Objekt und Subjekt, 1792.