Mardi 20 octobre 2026 - La Terre au carré / Par Mathieu Vidard
Gaspard Koenig, philosophe, propose de repenser la liberté, la propriété ou encore la démocratie à l’aune de l’habitabilité de la Terre et de nos interdépendances avec les écosystèmes.
Avec Gaspard Koenig Philosophe, écrivain
Pour Gaspard Koenig, bureaucratie et crise écologique relèvent d’une même logique : la volonté de tout contrôler et de normaliser. Notre conception de la liberté, réduite à l’autonomie individuelle, ignore notre dépendance aux milieux naturels. Face à l’effondrement de la biodiversité et au changement climatique, la philosophie politique doit intégrer les interdépendances entre humains et écosystèmes.
Le sol se transforme en permanence : il décompose la matière organique morte et la rend disponible pour de nouvelles formes de vie. La rencontre avec les lombrics et la découverte de l’humus inspirent à Gaspard Koenig une règle fondamentale : ne produire que ce que l’on sait défaire et réintégrer dans les cycles naturels. Cette règle implique de renoncer aux productions qui ne peuvent être réintégrées dans les cycles naturels, comme les microplastiques, les PFAS, les pesticides ou encore les déchets nucléaires.
Il appelle à la désobéissance pour résister à la bureaucratie qui standardise les pratiques et étouffe la spontanéité. La désobéissance permet, selon lui, de laisser surgir le vivant, de retrouver un rapport sensible et charnel avec la nature.
A lire : La Désobéissance du radis, Gaspard Koenig et Etienne Appert, éditions La Boîte à Bulles (via le label Pictavita), 2026
À écouter
L'hypertourisme ou le démesure mondiale
La Terre au carré
France Inter
38 min
Références Littérature française Idées Mathieu Vidard Gaspard Koenig Environnement Arts et Divertissement Biodiversité Écologie BD – Manga Bandes dessinées – Romans graphiques
L'équipe
Mathieu Vidard, Journaliste français
Éléonore Thévenot, Stagiaire
Anna Massardier, Attaché(e) de production
Lucie Sarfaty, Chargé(e) de programme
Jérôme Boulet, Réalisation
Joelle Levert, Attaché(e) de production
Jean-Philippe Veret, Attaché(e) de production
Tr.: ...
/LFI loue son programme, le plus écologique, le plus réaliste, aux autres mouvements de faire de même ... mais a peur de son autoritarisme ...
/ critique sobriété : jouir différemment, pas dans une tempérence, coucher de soleil, jouir de rien sans honte, pensée de la jouissance ... pensée des passions joyeuses ... jouir de la nature ... décroissance ou non croissance, entropie, insécable, objet là pour toujours, en plus du reste du monde ... état stationnaire, humuser, recycler en permanence, plus besoin d'extraire de la matière première,
...
Chronique de Mamadou Denbele??
achat évité
...
attention aux effets rebonds ... jeter ou donner avant d'acheter ...
facilité à vouloir abolir le capitalisme, décorréler l'économie de marché et l'extractivisme ... être écolo et favorable à une économie de marché régulée de façon à être stationnaire ... agroécologie, point de départ pour que notre milieu de vie reste habitable ... planification ou règle simple, plus de chimie dans les sols, on donne les outils, PAC, traités de libre-échange sans clauses miroir ... intégrer les externalités ... marché pour échanger dans la liberté, favorable à un revenu inconditionnel ... revoir profondément les règles qui régissent notre société mais ne pas abolir les mécanismes qui permettent de passer à l'échelle ... /son périple à cheval, plus de gr en allemagne ... tous les chemins étaient des gr, la propriété porte des obligations à ouvrir sa propriété ... pouvoir se promener partout est essentiel, capacité d'errance ... le droit de propriété ne peut survivre que si on l'amende pour ne pas laisser le droit de détruire ... préserver ce droit émancipateur => le corriger et l'adapter ...libéral s'oppose au régime monarchique ... devenu néolibéral qu'il rejette complètement ... a renoncé à la politique en 2022, belle expérience, a compris que 2 métiers différents ... a retrouvé capa créatrice disparue à représenter un collectif ... débat, combat des idées, séparé du combat politique ... critique de l'élection présidentielle au suffrage universel, infantilisant, peu démocratique ... nos constitutions n'ont à l'apas de clause de fin ... l'institutionnel explique des malheurs de ce pays, autonomie locale, croit à ??
...
q / l'intelligence collective croit à la délibération permet de créer solutions pérennes car acceptées par tous, les communs ça marche ... convention citoyenne super si appliquée ... impressionné / démocratie directe en suisse : on devient responsable ... panneaux solaires autogérés / communauté ... redistribution organisée pour que personne ne soit lésé ... paille, ossature bois, dissoudre, on peut se faire plaisir ... farfelu, architecture régénérative ... village italien envahi / forêt ... dissout par le vivant, digérer ...
contraindre à suivre la règle d'or de vilnus?? ... normes simples plus puissantes ... ex fin véhicules thermiques en 2035 ... pas d'accord avec la politique européenne actuelle ... simple et la même pour tous est acceptable, a voté eelv aux européennes ... les citoyens in fine
écon de marché régulée possible ? quelle est l'alternative ... des coopératives, 1 homme, 1 voie, consensus ... enjeu de cette BD forger des utopies.
Nous réunissons des lieux citoyens, leurs réseaux et leurs partenaires autour d’une ambition : développer et promouvoir la démarche tiers‑lieux.
À l’image des tiers‑lieux, nous sommes un commun : un espace pour débattre, co‑construire et agir collectivement.
Qu’est‑ce qu’un tiers‑lieu ?
DES LIEUX. DES COMMUNAUTÉS.
Ils rassemblent habitants, citoyens et citoyennes, associations, entreprises, institutions. Ils expérimentent, inventent, bousculent. Partout, chaque jour, ils font avancer les transitions écologiques, culturelles, sociales et économiques dans les territoires.
En actions
- PLAIDOYER Porter une voix collective
pour affirmer notre rôle et notre utilité. - Projets
Enrichir nos connaissances pour démultiplier nos pratiques et renforcer notre impact. - Réseau
Connecter les tiers‑lieux pour créer et animer des espaces de travail et d’entraide. - Services
Mutualiser nos ressources pour consolider nos fonctionnements et nos capacités d’action.
Le Conseil d'administration
- Collège Tiers-lieux
La Halle Tropisme Jordi Castellano
Le tiers‑lieu Sud Touraine Mickaël Clément
CitéCoop Cédric Mazière
WifiSilver Steev Palmier
Les Ateliers Jean Moulin Françoise Maine
Le 8 Fablab Caroline Naillet
La Main Laura Aufrère - Collège réseaux régionaux
Bretagne Tiers‑Lieux Akira Lavault
La Coopérative des Tiers‑Lieux Chloé Rivolet
Sud Tiers‑Lieux Pedro Franco
La Rôsée Suzanne Becart
La Compagnie des Tiers‑Lieux Sébastien Plihon
Le réseau des tiers‑lieux franciliens Aurélien Denaes
Le réseau des Tiers‑Lieux en Grand Est Sidonie martinez Svoboda
Tiers‑Lieux BFC Joséphine Damidot - Collège réseaux thématiques nationaux
Les Tiers‑Lieuses Benoît Chaboud‑Mollard
Le RFF labs Antoine Ruiz Scorletti
Les petits débrouillards François Deroo
Le réseau national des recycleries et ressourceries Marie Castagné
Habitat et Humanisme Etienne Guilbeau
L’UFISC Fanette Bonnet & Patricia Coler
Le Bureau
- Mickaël Clément, co-président
- Françoise Maine, co-présidente
- Aurélien Denaes, co-président
- Antoine Ruiz Scorletti, co-président
Équipe organisationnelle
- Ophélie Deyrolle Directrice
ophelie.deyrolle@tiers‑lieux.fr - Théo Lachmann Coordinateur des projets collectifs et partenariats
theo.lachmann@tiers‑lieux.fr - Joséphine Denele Chargée de projet agrément service civique
service.civique@tiers‑lieux.fr - Eugenie Lahterman Chargée de communication
contact@tiers‑lieux.fr
Nos débats et entretiens vidéo — Vidéo
À un an de la présidentielle, cette gauche qui s'active © Mediapart
À un an d’une élection que l’extrême droite pourrait remporter, que peut et que fait la gauche ? Devant le public du Mediapart Festival, le 6 juin 2026, des personnalités politiques et des membres de collectifs donnent des pistes d’organisation.
La rédaction de Mediapart - 21 juillet 2026 à 19h02
Ces derniers temps, à gauche, c’est plutôt le marasme. Difficile de trouver de quoi espérer le meilleur pour l’année qui vient. Mais il y a autre chose à gauche que les partis et les jeux politiciens : il y a des associations, des collectifs, des luttes de terrain, et ce sont toutes celles et tous ceux qui mènent ce combat au quotidien qui peuvent nous aider à imaginer des chemins, des moyens de lutter, mais aussi de résister et de s’organiser. Bref, de répondre à la seule vraie question de gauche, depuis toujours : que faire ?
Le constat, on le connaît tous et toutes, on ne va pas s’étendre dessus : l’extrême droite se sent pousser des ailes. Des commentateurs à la télévision parlent tranquillement de « grands singes » et de « tribus primitives » quand les Françaises et les Français ont l’audace d’élire des maires noir·es. La désaffection des citoyens et des citoyennes se confirme à chaque élection. Et la présidentielle se profile comme un scrutin entre, essentiellement, des hommes blancs plutôt âgés en non-mixité choisie et assumée, semble-t-il.
Malgré tout, il y a sûrement quelque chose qui a changé en mars 2026. Les municipales ont bousculé les pronostics et fait émerger de nouvelles têtes, dans les bureaux de vote comme dans les conseils municipaux.
Un débat animé par Sarah Benhaïda, journaliste au pôle politique de Mediapart, enregistré en public le 6 juin 2026, dans le cadre du Mediapart Festival à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
Nos invité·es :
- Aïna Abdallah, du collectif Ma cité va voter ;
- Sofia Boutrih, directrice de la Fête de l’Humanité et adjointe à la mairie de Saint-Denis, membre du PCF ;
- Édouard Denouel, maire écologiste de Bagnolet ;
- Youlie Yamamoto, porte-parole d’Attac et cofondatrice du collectif Les Rosies.
Tr.: ...
anniversaire du Front Populaire ... la fête est politique ... un espace culturel ... rassemblement, moments de résistance ... 12 000 emplois perdus dans les associations en 2025 ... question de vie ou de mort, maintenant face à l'extrême droite ... on peut résister, pouvoir citoyen, donne à voir pluralité, bataille culturelle ... une réunion des associations et des syndicats, unis, réu le 13/6, terre de lutte ... Les Rosies, la joie ... il n'y a que 12% de pdt de communautés d'agglomération en France ... des espaces progressistes, le sel de demain ... asso La Jeunesse Populaire ... choisir un projet POUR ... embarquer plusieurs générations ... ville à hauteur d'enfant ... ATTAC a cofondé l'Alliance écologique et sociale ... le grenier des soulèvements de la terre ... Des tours et des bourgs ... ya du Commun ... des espaces populaires ex déserts médicaux ... quartiers et villes populaires ... communauté sourde et signante, personnes sourdes, certaines votent pour l'XD ... travaille dans Média Pi indépendant ... accessibilité, question de budget ... /gauche qui se déchire ... il faut un espace ... être vigie, contre-pouvoir ... pour une société désirable et soutenable, gauche seule capable d'apporter des réponses, idées progressistes ... imposer un rapport de forces aux partis politiques ... dt à la Fête de L'Huma ! ... campagne antifa très forte ... être positifs, prendre le pouvoir ... s'en saisir avec responsabilité.
Grand entretien
Série 7/7
Clés : Société Territoires Idées
L’économiste Eloi Laurent nous a conseillés dans l’élaboration de l’indice du bien-être en ville (IBV). Pour lui, les villes, plutôt que de nous isoler, doivent nous relier, être des lieux de coopérations sociales.
Catherine André, le 4 juillet 2026
9 min
© Charles Monnier
Entretien avec Eloi Laurent, Chercheur et enseignant à Sciences Po et à l’université Stanford
Ni marché ni marchandise, mais lieu de coopérations, la ville peut redevenir le creuset d’un bien-être humain réconcilié avec les limites planétaires, propose Eloi Laurent. L’élaboration de l’IBV, l’Indice du bien-être en ville d’Alternatives Economiques, a bénéficié de ses conseils. L’économiste accompagne actuellement la Direction de la Transition écologique et du climat de la Ville de Paris pour mettre en œuvre et faire vivre une transition juste dans la capitale.
A quoi sert de mesurer le bien-être au niveau local ?
Eloi Laurent. Mesurer le bien-être dans les villes, comme le fait Alternatives Economiques, en utilisant une large palette de dimensions et d’indicateurs permet de valoriser la diversité des expériences humaines vécues. On récuse alors l’idée qu’il n’existerait qu’une voie possible pour atteindre une seule performance à répliquer partout. Cette valorisation plurielle du bien-être s’oppose en outre à deux logiques : celle de l’attractivité, qui revient à fonder les politiques des territoires sur les préférences des gens qui n’y habitent pas, et celle du classement – et du déclassement –, qui revient à trier les bons des mauvais.
A mes yeux, l’originalité de ce travail dans le champ désormais étendu des indicateurs de bien-être est de saisir – en partie bien entendu – la manière dont les villes donnent à leurs habitants la capacité de mener la vie qui leur convient en partageant des services communs. C’est donc pour moi un indicateur de capacité à bien vivre la ville ensemble, dans l’esprit d’Amartya Sen. Ce qui le distingue par exemple de classements des villes « où il fait bon vivre » (entre soi) qui mettent l’accent sur la sécurité et l’endogamie sociale.
Qu’est-ce que la ville du bien-être que vous prônez ?
Cette idée part du constat de villes prisonnières des logiques de croissance. Et, en face, d’un monde de la postcroissance encore trop abstrait et insuffisamment incarné. Un article de référence des années 19701 parlait des villes comme des « machines de croissance » (« growth machines ») et c’est en effet le prisme des politiques territoriales déployées depuis au moins dix ans en France, qui embrigadent les villes dans la « croissance métropolitaine ». Mais les villes n’ont pas été inventées pour nourrir les comptes nationaux et les territoires n’ont pas vocation à alimenter le PIB, ce sont avant tout des lieux de vie et de coopération.
Où la ville du bien-être puise-t-elle ses racines ?
Aristote écrit que la ville a été inventée pour vivre, mais qu’elle perdure pour permettre à ses membres de bien vivre. Il parle déjà explicitement de « qualité de vie » dans la cité. Quand l’urbanisme est inventé comme discipline avec Ildefons Cerdà, qui va refonder Barcelone au milieu du XIXe siècle, c’est le bien-être qui est aussi, explicitement, au cœur de la vision. Et Barcelone devient de fait la première ville du bien-être, c’est-à-dire construite autour de principes de justice sociale, de santé, de coopération, de symbiose avec l’environnement naturel.
Définir la ville comme un lieu de coopérations sociales et naturelles permet de mieux appréhender les chocs écologiques
Existe-t-il pour autant une définition de la ville ?
Non, justement, il n’y a pas de définition universelle de la ville alors que celle-ci devient une réalité planétaire. Ce n’est qu’il y a environ cinq ans que des institutions internationales ont combiné leurs approches pour définir la ville à partir du « degré d’urbanisation », c’est-à-dire de la densité de la présence humaine repérée par images satellitaires. On montre alors que 80 % des habitants de la planète vivent aujourd’hui dans des grandes agglomérations ou des centres urbains et 20 % dans des villages (ou zones rurales). Mais la ville est-elle seulement faite de concentration humaine ou offre-t-elle de la densité sociale ? Doit-on mesurer le degré d’urbanisation ou d’urbanité ?
Il faut revenir à la contribution fondatrice de l’urbaniste américaine Jane Jacobs qui voit coexister dans les villes les plus vivantes « toutes les formes de diversité possibles, étroitement entremêlées de façon à se compléter les unes les autres ». La densité urbaine, pour Jacobs, c’est d’abord un tissu de relations sociales innervé de « sentiments » et de « sympathies ».
Ma contribution dans cette lignée consiste à définir la ville comme un lieu de densité de coopérations. Les humains qui y vivent entretiennent des liens puissants entre eux, avec leur milieu naturel et les autres espèces non humaines. C’est à la fois une définition fidèle à l’émergence des villes dans l’histoire telle que nous la racontent les recherches contemporaines notamment en Amazonie et une redéfinition du projet urbain à l’heure de l’épidémie de solitude et des chocs écologiques.
Faut-il réinventer la ville ?
Sans aucun doute possible et au moins à chaque génération ! Telle qu’elle est aujourd’hui, c’est un lieu de dévitalisation des coopérations sociales et de destruction des coopérations naturelles. Dans sa pire expression, une ville contemporaine isole et pétrifie au lieu de relier et de faire circuler. Sans parler des chocs écologiques qui sont déjà là et vont s’intensifier. Définir la ville comme un lieu de coopérations sociales et naturelles permet de mieux appréhender ces chocs qui ne sont en rien une fatalité mais un défi. Prenons le cas de Paris face aux canicules. C’est une urgence concrète qui nous a été rappelée brutalement fin mai quand la capitale a été la dernière ville de France à sortir de températures avoisinant les 35 degrés, et de nouveau mi-juin.
On peut penser qu’il faudra essentiellement rénover les bâtiments existants, opération complexe, lourde et coûteuse. On peut penser, à la lumière d’études récentes, qu’il vaudrait mieux construire des infrastructures écologiques pour protéger la ville de sa propre minéralité, ce qui suppose de nouer ou renouer des coopérations naturelles. On peut penser, enfin, que cette politique écologique doit mettre en son cœur le lien social pour devenir effective (transformer la densité humaine parisienne en densité des relations sociales), ce qui suppose de réinventer des coopérations sociales.
La ville du bien-être n’a de sens et d’avenir que combinée à une politique urbaine de transition juste, qui a notamment pour objet de veiller à la juste répartition des bienfaits de la transition partout dans la ville
Existe-t-il déjà des villes du bien-être en France ?
Il me semble que Grenoble et Lyon s’engagent résolument sur cette voie en mettant l’accent sur l’importance de la coopération dans le projet municipal et en valorisant le bien-être vécu par leurs habitants. Mais il y a des milliers de politiques du bien-être qui sont mises en œuvre en France, comme en rend compte le Réseau Villes-santé qui contribue à les inspirer.
Quels sont les écueils à éviter ?
Le danger, c’est de négliger la question de la justice sociale, en réservant la ville du bien-être aux habitants de l’hypercentre ou des écoquartiers, ou, bien pire encore, aux seuls touristes. La ville du bien-être n’a de sens et d’avenir que combinée à une politique urbaine de transition juste, qui a notamment pour objet de veiller à la juste répartition des bienfaits de la transition partout dans la ville. C’est le sens du projet que nous menons avec la direction de la transition écologique et du climat de la ville de Paris.
Comment construire ou reconstruire des lieux de coopération ?
C’est une question existentielle pour les villes, celle des infrastructures du bien-être. On est ici face à un paradoxe : les villes doivent nous relier ; or, ce que j’appelle les industries de l’isolement social (les entreprises du numérique) contribuent à faire des villes des incubateurs d’isolement. Il faut donc reconstruire des lieux de coopération. Cela peut être tout simplement des bibliothèques, des médiathèques, lieux de connaissances et de liens sociaux par excellence. C’est ce que font par exemple certaines villes nordiques comme Oslo en Norvège ou Aarhus au Danemark. C’est plus généralement ce que le sociologue américain Eric Klinenberg nomme des « infrastructures sociales », soit des lieux qui façonnent notre capacité à interagir avec les autres, qui favorisent les relations directes et qui entretiennent les liens sociaux.
J’ai toujours été frappé de constater que les universités américaines sont conçues pour favoriser les échanges au moyen de dispositifs étonnamment simples, des fauteuils en vis-à-vis, des grandes tables pour déjeuner, des jardins aménagés, des terrasses ombragées, etc. Or, les villes actuelles sont dévorées par les logiques marchandes qui phagocytent les espaces de coopération, comme dans les gares parisiennes. La question du temps disponible pour la coopération est aussi une question passionnante dont les villes pourraient se saisir.
Au fond, il y a trois politiques de coopération à inventer : recréer des lieux de coopération dans la ville, gouverner la ville de manière coopérative, tisser des coopérations avec les autres territoires et les écosystèmes. Prenons le cas concret de l’eau : les villes, qui se sont historiquement construites autour des fleuves, s’enfoncent dans le sol parce qu’elles l’assèchent. Il y a toute une politique de coopération à reconstruire autour de l’eau : le point d’eau comme lieu de rencontre entre les humains, les fleuves et les réseaux d’eau comme alliés contre la chaleur extrême, les cours d’eau comme matrices des coopérations entre territoires, etc.
Les zones rurales peuvent être des lieux où la présence humaine est plus faible mais où la densité des liens sociaux et des liens naturels est plus forte que dans les grandes villes
Vous décrivez la ville du bien-être comme une tapisserie…
Il me semble en effet que la ville est une tapisserie de liens sociaux et de liens naturels. Cette image m’a été inspirée par Henri Lefebvre, le grand penseur de la justice sociale dans la ville, qui définit cette dernière comme une œuvre. Ce n’est donc ni un marché, ni une marchandise. Mais de moins en moins de gens ont le « droit à la ville », c’est-à-dire le droit d’œuvrer à la ville. Zohran Mamdani à New York comme Emmanuel Grégoire à Paris ont mené leur campagne et remporté la victoire autour de l’idée que ces deux villes extraordinaires sont devenues inaccessibles. Pour revenir à l’image de la tapisserie, elle m’a aussi été inspirée par le grand sociologue Georg Simmel qui évoque des « fils tressés », « délicats, invisibles qui se tissent entre les hommes », qui forment la trame de la société urbaine.
Quid des zones rurales ?
C’est le grand mérite de la nouvelle typologie des Nations unies2 que de ne pas définir les zones rurales comme un résidu, comme des « non-villes » (ce qu’avait fait l’Insee dans sa définition des villes en 1954). La présence humaine est commune aux villes et aux villages. Avec l’idée des coopérations sociales et naturelles, je crois que l’on va encore plus loin dans la reconnaissance des zones rurales, qui peuvent être des lieux où la présence humaine est plus faible mais où la densité des liens sociaux et des liens naturels est plus forte que dans les grandes villes.
Une étude récente de la Fondation de France, « Solitudes »3, montre que dans l’agglomération parisienne et dans les communes de plus de 100 000 habitants, 28 % des personnes interrogées déclaraient se sentir seules, contre 21 % dans les communes rurales. La ville du bien-être, c’est aussi le village du bien-être !
Propos recueillis par Catherine André, Rédactrice en chef adjointe d'Alternatives Economiques