Se faire tunneliser, ou quand l'interlocuteur n'arrête plus de parler
3 min
Le terme tunnel désigne une pratique de communication où l'interlocuteur monopolise la parole sans laisser de place à l'échange. Retour sur l'origine théâtrale de cette expression et sur son usage actuel.
Tout l'été, nous mettons à jour les mots nouveaux et ce matin, c'est tunnel. Je vais vous raconter l'histoire d'un fléau. C'est une expérience sociale commune de la condition humaine, le tunnel. Pas celui qu'on creuse, ni même au figuré, celui qu'on va traverser lors d'une période de difficulté et dont on ne voit pas la fin, non, le tunnel verbal. Vous savez, l'emprisonnement par un flot de paroles interminables, votre interlocuteur ignore tous les signaux d'alerte que vous lui lancez pour marquer une pause, changer de sujet ou tout simplement vous laisser en placer une.
L'art de la tunnelisation
Cette expérience-là, elle a un nom, se faire prendre un tunnel, se faire tunneliser et les mises en scène de ces situations de tunnel, elles pullulent sur les réseaux quand dans ce petit résumé Instagram. Se prendre un tunnel, parfois je me dis comment les gens, ils peuvent ne pas être attentifs aux signes, tête tournée vers l'extérieur, transpiration, sudation excessive. Alors il y a des profils type de tunnelisateur, le ou la collègue de bureau, les parents de l'école, et évidemment le mec ou la fille en soirée, souvent qui a bu un coup de trop. Se prendre un tunnel, ça se passe dans des situations spéciales, là où la bienveillance, la convivialité minimum fait qu'on attend de vous une écoute, c'est là que les risques de tunnelisation explosent.
Une origine théâtrale et littéraire
C'est une vieille expression qui a fait son retour et qui a évolué, à l'origine le tunnel vient de l'argot du théâtre, comme le rappelle le blog littéraire Réalité. C'est un long monologue où l'acteur peut être sujet à trop de mémoire, on va retrouver l'expression dans "Zulma l'infidèle" d'Alexandre Arnoux en 1960, "j'attaque le grand monologue de Don Carlos, le plus sacré tunnel de tous les tunnels". C'est aussi devenu progressivement un passage long et ennuyeux dans un spectacle, un ouvrage ou un discours, à sa manière, on peut dire que Fidel Castro, l'ancien dirigeant de la République de Cuba, mettait de gros tunnels aux Nations Unies en 1960, il inscrit son nom au Guinness des records avec un discours de 4 h 29 minutes.
Le tunnel, un rapport de force
Le principe du tunnel pourrait d'ailleurs être plus souvent considéré comme un travers des positions hiérarchiques dominantes ou des groupes dominants. Les travaux du sociologue Pierre Bourdieu vont dans ce sens. Finalement, lorsque l'on parle de mansplaining, cette tendance masculine à expliquer à une femme ce qu'elle a à faire, ce ne serait finalement qu'une forme de tunnel, expérimenté par la chanteuse Marguerite, qui raconte ici dans une interview pour Spotify le tunnel de conseil non sollicité qu'elle a pris dans une soirée : "J'ai quand même le souvenir d'un homme à une soirée, comme par hasard, qui je pense était un petit peu sous l'emprise de l'alcool et qui m'avait dit un truc mais lunaire de genre "il faut que tu mettes en avant ta sensualité", un truc comme ça, enfin j'étais vraiment en mode genre "non, s'il te plaît, fin du tunnel"."
Comment mettre fin au tunnel verbal ?
...
Et dans une société assez solitaire et narcissique, il faut bien le dire, les tunnels peuvent venir de partout maintenant, pas simplement des positions dominantes, jusque dans les vocaux interminables envoyés par message, qui sont une forme de tunnel à distance. Pour finir, je vous laisse méditer sur cette mise en garde, attention à ne pas voir des tunnels partout, au risque de passer à côté des vertus sociales de la conversation banale.
27,1 k abonnés - 1 210 vues - Commentaires désactivés
Vous êtes convaincu·e que nous avons besoin de plus d’écologie ? Vous êtes désemparé·e face aux discours anti-écolos et à la montée de l’extrême droite, ouvertement opposée à la transition écologique et aux valeurs de solidarité ?
A un mois du premier tour des élections municipales, Lumir Lapray et Selyne Ferrero ont partagé des moyens simples et concrets pour parler d’écologie et des dangers de l’extrême droite avec vos proches, particulièrement lorsque ceux-ci portent des visions différentes des vôtres, dans la vie quotidienne comme en ligne. Dialoguer est l’un des leviers les plus puissants pour retisser des liens, identifier des besoins ou valeurs communes, et faire évoluer les idées.
Liens mentionnés :
- Guide de conversation : https://www.greenpeace.fr/elections-et-ecologie-comment-en-parler-avec-ses-proches
- "Ces gens-là - Plongée dans cette France qui pourrait tout faire basculer”, de Lumir Lapray, Editions Payot 2025 https://www.payot-rivages.fr/payot/livre/ces-gens-l%C3%A0-9782228939737
- Hors-série de Socialter “Résister aux nouveaux fascismes” https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes
- Newsletter et espace Substack de Lumir Lapray : https://lumirlapray.substack.com/
- Pour s’informer, partager, agir avec Greenpeace : https://resistons.org
- Retrouvez tous nos webinaires sur https://www.greenpeace.fr/nos-webinaires
Un nouveau logiciel de conversation basé sur l’intelligence artificielle bluffe les experts par ses performances, un signe des avancées de cette technologie qui va bouleverser nos vies, et même la géopolitique. Un sujet encore insuffisamment présent dans le débat public.
...
répond au doux nom de « ChatGPT3 ». Plus d’un million de personnes à travers le monde l’ont déjà testé, et sont bluffées.
Ce logiciel développé par une entreprise californienne, OpenAI, est capable de rédiger en quelques secondes des textes dans plusieurs langues, sur tous les sujets, des plus sérieux aux plus farfelus, les premiers testeurs ne s’en sont pas privés. Ce logiciel de conversation s’adapte au contexte, est capable de répondre à toutes les demandes, y compris à la question : « quel est le sens de la vie ».
Un ami a soumis à ChatGPT3 le sujet d’une de mes chroniques de la semaine dernière, et le résultat est déconcertant : il y a de l’information, ce qui ressemble à du raisonnement, et même une prudence d’analyse plus grande que la mienne. Il n’y manque qu’un point de vue, ce qui me laisse heureusement un léger avantage qualitatif s’agissant d’un éditorial.
...
enjeu politique, et même géopolitique Elon Musk, le patron de Tesla et de Twitter, qui fut l’un des premiers à soutenir financièrement la société OpenAI qui produit le ChatGPT3. Il n’est plus impliqué aujourd’hui, et OpenAI a un statut particulier d’entreprise « à but lucratif plafonné », dont le but est de développer une intelligence artificielle bénéfique à l’humanité.
...
il est temps que l’intelligence artificielle devienne un sujet de débat public, un sujet politique, avant qu’il ne s’impose à nous d’une manière ou d’une autre.
Thierry Gourvénec a fait sa thèse de psychiatrie sur les bouffées délirantes. Il a étudié à ce titre la propagation de rumeurs délirantes, en particulier celle d’Orléans qui voulait que des femmes disparaissent et soient livrées à des réseaux de prostitution, après avoir visiter des commerçants de la ville. Il a noté que la propagation de cette rumeur est intervenue au moment où De Gaulle allait quitter le pouvoir et laisser la France orpheline de son ange tutélaire. « La rumeur d’Orléans éclot en 1969 après que De Gaulle ait perdu son référendum et quitté le pouvoir. C’est une angoisse majeure, œdipienne… La mort politique du Grand Charles est un peu comme la mort du père…" Il s’appuie sur ce type de phénomène de croyance collective pour inscrire l’histoire du coronavirus dans la longue litanie des épidémies, dont très peu au final se révèlent réellement meurtrières à grande échelle.
On a nettement exagéré la portée et la violence de l’épidémie de Covid et nous nous sommes collectivement enfoncé dans une sorte de bouffée délirante collective (et médiatique) dès l’origine de l’épidémie sans pouvoir faire machine arrière: telle pourrait être résumée son hypothèse. « Les gens individuellement ne sont pas fous, c’est la communication collective qui est délirante, explique-t-il avant de faire un lien entre le contexte politique angoissant, la peur archaïque de toute épidémie, instrumentalisée ou pas, et la naissance d’un délire collectif. Denis Robert remonte avec lui le cours des histoires des délires collectifs: des sorcières brûlées au Moyen Age à la grippe aviaire (qui n’aurait fait qu’une seule victime humaine) en passant par épidémie allemande d'Escherichia Coli de 2011 dont la souche d'origine aurait été liée à l’ingestion de concombres bio originaires d’Espagne. Il note que la rumeur qui s’avèrera fausse est lancée quelques jours après Fukushima et que l’épidémie, dont tout le monde parle, fera une cinquantaine de victimes, pour qui la suspicion de recto-colites dues à du césium japonais ne peut être écartée: La très questionnante saga de l'Escherichia Coli Entéro-Hémorragique - AgoraVox le média citoyen ). « Chaque épidémie gérée de manière inconséquente est le fruit d’une peur panique et politique » conclut-il. La conversation roule et fait réfléchir. De la confrontation entre le raisonnement du psychiatre et le scepticisme affiché par son intervieweur nait une mise en abime qui brise certaines idées reçues et nous donnent à penser. C’est un des mérites de cette conversation pas si savante que ça, toujours sur un fil; « Et si l’épidémie que nous venons de vivre fonctionnait d’abord sur la transmission d’une peur ? » Bonne question…
Aussi à https://my.framasoft.org/u/ind1ju/?udqi3A
« Chat » comme discussion en ligne et « bot » comme robot. Le chatbot, connu aussi sous le nom d'« agent conversationnel » ou de dialogueur, est un logiciel programmé pour simuler une conversation en ... ou assistant virtuel ... ou expérience client ...
Mumble est un logiciel libre de voix sur IP (VoIP), accompagné d'un tchat - en gros, c'est comme skype, mais beaucoup plus puissant puisque léger, offrant la possibilité d'échange à grand nombre dans divers salons = plusieurs conversations, disponibles en simultané.
Le Mumble OSE (Open Source Ecologie) :
Le co-working et le partage des connaissances sont à l'honneur sur cette plateforme. Réunions de travail, écoute empathique, échanges, suivis de projets et réflexion réseau.
les revues scientifiques sont aujourd’hui une véritable aberration. Elles produisent des effets opposés à ceux qu’elles seraient supposées produire. C’est pourquoi je cautionne complètement le point de vue d’Olivier Ertzscheid, qui affirmait en mai 2016 qu’il ne publierait plus dans des revues scientifiques.
C’est donc là la mission des revues et c’est à ce problème qu’elles doivent répondre : comment peut-on produire des espaces où puissent se former des communautés capables de converser et d’échanger sur des sujets scientifiques ?
Les revues ne doivent pas se concentrer sur la diffusion, car la diffusion n’est qu’un moyen de répondre à un besoin : celui de former des communautés.