Global warming around the world is about to be burned by human hands
Alors que la planète ne peut plus supporter ce rythme de consommation et de production propre au capitalisme, imaginer une sortie de la croissance n’est pas chose facile tant l’idée fait peur et déchaîne les passions… Comment faire de la sortie de la croissance un projet de société ?
Avec Timothée Parrique, chercheur en économie écologique à l’Université de Lausanne, auteur du livre « Ralentir ou périr : L’économie de la décroissance", paru en 2022 aux Editions du Seuil
Depuis des décennies, la croissance du PIB est la boussole principale des politiques économiques dans le monde. Mais ce qui fonde notre système capitaliste nous mène aujourd'hui à une impasse écologique et sociale... Déforestation, pollution des sols et de l’eau, réchauffement climatique anthropique sont autant de signes d’un modèle insoutenable.
Malheureusement changer d’indicateur ou chercher le découplage entre économie et écologie ne suffira pas.
Pour éviter une catastrophe écologique majeure, il est urgent de ralentir le rythme de production et de consommation — autrement dit de changer radicalement nos modes de vie et notre économie.
Pourtant, parce qu’elle implique une remise en question drastique du système capitaliste, l’idée est largement rejetée, que ce soit par les politiques ou les économistes.
Comment en finir avec cette peur de la décroissance et imaginer enfin une société de la post-croissance ?
On en parle avec Timothée Parrique, économiste, auteur de Ralentir ou Périr, Seuil.
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La Terre au carré
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Décroissance : un concept mal compris ?
Timothée Parrique, chercheur en économie écologique, nuance l'appellation de "décroissant", préférant se définir comme un scientifique des transitions économiques. Il souligne une erreur fréquente : l'idée que la croissance du PIB résoudrait la pauvreté. Or, le PIB est "un chiffre sur un tableau Excel, alors que la pauvreté, c'est une déprivation matérielle et sociale". Il compare la décroissance à de l'économie de prévention : "prendre le temps de changer un petit peu la qualité de ce qu'on mange pour éviter l'apparition d'un problème de santé. Faire un régime, ce n'est pas drôle. Mais les coûts à courts termes, sont inférieurs aux bénéfices à long terme. C'est la même chose pour la décroissance."
Les limites de la croissance verte
Selon Timothée Parrique, la "croissance verte", visant à concilier prospérité économique et respect de l'environnement, ne repose sur aucune preuve empirique. Il rappelle que si des problèmes environnementaux locaux ont pu être résolus par des solutions technologiques, l'empreinte matérielle globale, elle, continue d'augmenter. Il insiste sur le fait qu'une "économie circulaire ne peut pas être en croissance".
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Tr.: ...
taux de satiété, plus de richesse ne rend pas plus heureux au-delà de ce seuil ... le capitalisme nécessite des contre-pouvoirs puissants qui sont très difficiles à maintenir ou obtenir ... jeu de Monopoly et pas démocratie ...
le capitalisme, mode d'organisation économique basée sur plusieurs caractéristiques :
- la propriété privée des moyens de production qui permet de concentrer les prises de décision ;
- l'appropriation individuelle du profit ;
- la coordination marchande à travers les marchés ;
- l'organisation du travail selon un mode salarié.
L'ESS a développé des alternatives concrètes. par exemple les SCIC, ... qui peut être sociale du profit ... fondation, un réinvestissement. On voit aussi à travers l'expérimentation des territoires zéro chômeurs de longue durée une forme de garantie d'emploi qui échappe un petit peu à l'organisation salariale du travail pour créer en fait un commun d'activités qui ne dépend pas d'un marché du travail. Donc c'est une 2ème molécule. Autre avec les monnaies locales, qui permet d'échapper au marché de la monnaie capitaliste. Et ce que j'observe, c'est qu'aujourd'hui en France dans l'ESS, on a à peu près toutes les pièces disponibles pour construire un système qui pourrait faire face au système capitaliste.
...
un investissement collectif, coopératif ... adapté à toutes les entreprises ?
A du mal à imaginer une entreprise qui ne pourrait pas fonctionner ainsi. Si on divise les entreprises en 2 catégories - publiques / privées. Ya des entreprises difficilement privatisables. Mais quand on regarde la sphère privées, toutes les entreprises privées pourraient devenir sociales. Ya un changement fondamental. Ma collègue Genifer Helton?? parle de la relation au profit. La seule différence, c'est que le profit n'est pas individualisable ... moins d'incitations à faire une lucrativité de court terme qui pourrait dégrader les conditions de travail et des écosystèmes.
Dans un TEDX récent, vous lanciez un appel au sabotage pour proposer une société différente ?
On a besoin de mots "douche-froide" pour se réveiller comme la décroissance dans les années 2000. /discours de l'innovation, résoudre le pb par l'addition. Le résoudre par la SOUSTRACTION, donc ex-innovation??. Arrêter de faire ces choses qui dégradent les écosystèmes. Donc sabotage coordonné. Ex. si je fais du marketing, je vais cesser de donner mes heures à une entreprise et un système qui détruit le monde. C'est pas mettre une bombe sur un pipeline. Conceptualiser les notions d'arrêter de faire le capitalisme.
Q.:
/réchauffement climatique on n'y arrivera pas sans réduire la consommation, condition nécessaire.
/Vendre moins sans faire faillite ? illusion statistique de la lucrativité mais déjà en faillite ex pétroliers => changer modèle de comptabilité.
/agroécologie sans chimie : garder le meilleur de la modernité et faire revenir tech et pratiques anciennes qui vont être plus adaptées par ex à un monde sans pétrole.
/Créer parti politique qui montre le chemin : économie du bien-être, convivialisme, termes qui rassemblent plus que décroissance, la paresse pour tous.
/indice de croissance ne veut plus rien dire : le PIB inventé en 1930 a du mal à refléter l'égalité? notamment les nouvelles technologies en plus de l'état de santé des écosystèmes.
Entretien
Floriane Zaslavsky, Journaliste
Travailler trois heures par jour pour enfin pouvoir se reposer, voici le programme d’Emilien Long pour les élections présidentielles. Dans son roman, Hadrien Klent imagine l’aventure de ce candidat de la paresse.
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un candidat à la présidence de la République, Nobel d’économie, place au cœur de son programme une idée originale : « le droit à la paresse » pour tous, rendu possible par l’abaissement du temps de travail à 3h/jour. Cette proposition est réduite par ses opposants politiques à de la « flemme ».
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reprise en main de la vie : ne plus subir (tant les injonctions productives que les assauts de la consommation passive), décider de ce qu’on fait de son temps. La « paresse » pour Émilien Long, c’est prendre enfin le temps de vivre : ne plus être rivé à son travail, à ses écrans, à la consommation. Une forme de temps libre où l’on est obligés de s’interroger sur ce qu’on a envie de faire, ce qu’on aime, ceux qu’on peut aider, et ainsi de suite — tout simplement parce que tous les jours, après trois heures du travail, on est libre ! Cette liberté oblige à se reposer : se reposer la question de ce qui est bon pour nous.
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cette histoire de « monde d’après », c’est de l’esbroufe. Et ça sera toujours de l’esbroufe tant qu’on ne s’interrogera pas sur la toute-puissance de la société de consommation dans nos vies quotidiennes, depuis maintenant quelques décennies. Car il faut être clair : alors que la productivité a énormément augmenté depuis un siècle et demi, le temps de travail ne diminue plus, ou presque plus, depuis près d’un siècle. Pourquoi ? Tout simplement parce que le capitalisme a su inventer des nouveaux « besoins » que le consommateur va ensuite chercher à combler (et donc a besoin de travailler plus pour gagner de quoi s’acheter ce « plus »). Et la spirale ne s’arrête jamais
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tout un programme ... agglomérer, l’air de rien, pas mal de petites luttes qui peuvent se mener de manière quotidienne, ... connues par beaucoup de gens qui ne veulent pas subir le capitalisme triomphant ... :
— utiliser son vélo plutôt que n’importe quel véhicule motorisé dès qu’on fait des trajets de moins de 8 kilomètres, et ce quel que soit le climat ou la saison : c’est bon pour le corps, c’est bon pour l’esprit, et c’est bon pour la planète ! Et ça donne le juste rapport au temps : certes c’est un peu plus long, mais on perçoit mieux le trajet qu’on fait. Pareil à pied évidemment !
— refuser d’utiliser au maximum les outils numériques des GAFAM, soit en s’en passant purement et simplement (posologie idéale) soit en les remplaçant par des équivalents ouverts (ordinateurs sous Linux, logiciels libres, téléphones Android « dé-googlisés », applications de communications ouvertes, adresses email surtout pas chez gmail, etc.).
— faire, dès que l’on peut, ses propres productions vivrières : soit sur balcon, soit si l’on a chance d’avoir un jardin en pleine terre. Soit si c’est possible (et c’est souvent possible au moins de s’inscrire sur une liste d’attente) dans un jardin partagé pas loin de chez soi.
— évidemment acheter des produits bio, locaux, etc. Moins de viande (ou pas du tout !).
— refuser de parvenir : ne pas s’obliger à devenir ce que les autres ou la « société » voudraient qu’on soit (réussite sociale, matérielle). Considérer, comme Albert Thierry en son temps, qu’on est plus utile à une place qui nous semble juste qu’à une place qui « leur » semble bonne.
— ne pas accepter un boulot « qu’on n’aime pas mais qui est bien payé », ni « participer un système qu’on déteste », ni encore « bien savoir qu’on n’est pas cohérent là-dessus mais que veux-tu ? », et ainsi de suite. En gros, cesser au maximum d’être complice ; se rappeler que le monde aura du mal à aller mieux si soi-même on l’aide à aller mal.
— et enfin, cerise sur le gâteau, défendre un modèle de société qui diminuerait fortement le temps de travail : et pour cela, voter pour Émilien Long à la prochaine élection présidentielle !
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À l’occasion de la réforme des retraites, nous voyons progressivement émerger, en filigrane, un autre débat : celui qui oppose "valeur travail" et "droit à la paresse". Une alternative pour le moins mortifère !
Dans "Entre les lignes", chaque dimanche sur franceinfo, Clément Viktorovitch décrypte les discours, analyse les paroles des politiques qui font l'actualité.