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gilles geirnaert about 6 hours ago
▶ Pierre Razoux est historien, expert des conflits du Moyen-Orient, et spécialiste d’Israël et de l’Iran. Il est le directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques, et l’ancien directeur de recherche à l’IRSEM. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages de référence dont La guerre Iran-Irak, première guerre du Golfe (Tempus Perrin, 2017).
Dans cette interview par Olivier Berruyer pour Élucid, Pierre Razoux analyse un mois après son déclenchement une guerre dont personne ne maîtrise la sortie. Entre des États-Unis aux objectifs pour le moins ambigus, un Israël déterminé à détruire la menace iranienne et un régime de Téhéran conçu pour survivre aux pires frappes, le conflit s’installe dans une logique d’usure aux conséquences mondiales potentiellement dévastatrice. Pétrole, Chine, monarchies du Golfe, droit international : tout l’ordre du monde est en train de se recomposer sous nos yeux.
Une guerre qui ne surgit pas de nulle part
Il n’y a pas eu un événement unique qui a fait basculer la situation. Les États-Unis envisageaient déjà une intervention militaire contre l’Iran, mais ce sont les services de renseignement israéliens qui ont précipité le calendrier, en faisant savoir à Washington qu’une fenêtre d’opportunité existait pour « décapiter le régime », c’est-à-dire éliminer l’ayatollah Khamenei et toute une strate de commandement militaire. Donald Trump a arbitré en pensant pouvoir reproduire le scénario vénézuélien : éliminer le dirigeant suprême, puis imposer une nouvelle ligne politique à ce qui reste. Ce n’est évidemment pas ce qui s’est passé.
Pour bien saisir l’enchaînement, il faut comprendre que cette guerre se situe à l’intersection de deux niveaux de rivalité. Au niveau global, elle oppose indirectement les États-Unis à la Chine et à la Russie. Au niveau régional, elle constitue le énième round de la confrontation directe entre Israël et l’Iran, une confrontation ouverte depuis avril 2024, quand Téhéran avait commis ce que Razoux qualifie de faute stratégique en attaquant directement Israël, ouvrant ainsi la boîte de Pandore.
Ce qui change par rapport à juin 2025
La différence avec l’opération Marteau de minuit de juin 2025 est une question d’échelle. À l’époque, c’étaient les Israéliens qui menaient les opérations, avec une intervention américaine ponctuelle. Trump avait déclaré le programme nucléaire iranien neutralisé, et décrété la fin des hostilités. Cette fois, ce sont les États-Unis qui mènent la danse : environ deux tiers des frappes sont américaines, et un tiers israéliennes. L’ensemble de l’arsenal militaire américain est déployé pour tenter de détruire les capacités balistiques et nucléaires iraniennes, ainsi que tout ce qui menace la navigation dans le golfe Persique.
Pour Washington, neutraliser l’Iran revient aussi à affaiblir la Chine. L’Iran fournit environ 15 % des importations pétrolières chinoises, et 40 % du pétrole importé par Pékin transite par le détroit d’Ormuz, désormais fermé. Combiné à la chute de Maduro au Venezuela, qui représentait 5 à 7 % des importations chinoises, c’est un étranglement énergétique considérable. D’ailleurs, la rencontre prévue entre Trump et Xi Jinping à Pékin fin mars a été reportée, probablement parce que le président chinois a compris qu’il se retrouvait dans une position délicate.
Des objectifs fondamentalement divergents
Pierre Razoux souligne un paradoxe fondamental : les objectifs iraniens et israéliens sont parfaitement clairs et cohérents vus de Téhéran ou de Jérusalem. Ce sont les objectifs américains qui restent flous.
Pour Israël, il s’agit de détruire la menace militaire iranienne, point final. Le programme nucléaire, le programme balistique, la chaîne de commandement. L’arsenal conventionnel iranien, chars, avions, bateaux, est totalement obsolète et ne compte guère. Seuls les missiles balistiques, les drones et le cyber représentent un vrai danger. Quand les Israéliens ont compris que faire tomber le régime serait très compliqué, ils ont reporté leurs efforts sur l’appareil répressif, en espérant créer les conditions d’un soulèvement populaire qui a bien peu de chance d’advenir dans ces conditions.
Pour l’Iran, les objectifs sont tout aussi limpides. D’abord, survivre. Dans le narratif iranien, si le régime tient debout après tout ce qu’il a encaissé, c’est déjà une victoire. Ensuite, punir Trump et Netanyahu en maximisant le coût militaire, humain et financier de la guerre. Enfin, récupérer le tempo, c’est-à-dire montrer que ce ne sont pas les États-Unis qui choisiront le moment de l’arrêt des hostilités, mais l’Iran.
Côté américain, l’entourage de Trump n’est pas aligné. Steve Witkoff négocie, Jared Kushner est très impliqué auprès d’Israël et des pays du Golfe, Marco Rubio pousse à l’affaiblissement maximal de l’Iran, tandis que J.D. Vance se montre notoirement hostile à l’opération, conscient de son impopularité à l’approche des élections de mi-mandat. Trump, lui, fonctionne à la confiance personnelle, pas à l’expertise. Pour lui, négocier un accord international ou un accord immobilier répond à peu près à la même logique.
Les quatre scénarios
Auditionné au Sénat un mois avant cet entretien, Pierre Razoux avait proposé quatre scénarios de sortie de crise.
Le premier, une victoire rapide par effondrement du régime iranien, était d’emblée jugé improbable et ne s’est pas réalisé. La population iranienne ne descendra pas dans la rue sous les bombes face à un appareil répressif de 850 000 hommes, Bassidjis et forces de sécurité intérieure confondues. Les Iraniens ont déjà donné : ils sont descendus plusieurs fois dans la rue depuis dix ans, et à chaque fois cela s’est mal terminé.
Le deuxième scénario, un désengagement américain laissant Israël poursuivre seul, devient envisageable mais se heurte à un obstacle majeur : même si Trump déclare unilatéralement la fin des hostilités, l’Iran continuera de frapper les intérêts américains.
Le troisième, une reprise des négociations, reste bloqué par une défiance totale. Lors d’une première prise de contact à Islamabad, les Américains ont présenté une liste de 15 exigences, à laquelle les Iraniens ont répondu par 5 points tout aussi inacceptables, manière de dire : si vous voulez vraiment négocier, revenez avec quelque chose de sérieux.
C’est le quatrième scénario, celui de la guerre d’usure, qui prévaut. Pierre Razoux y voit un parallèle direct avec la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988. À l’époque, les Iraniens auraient pu arrêter les frais en 1982 ou en 1986, mais ont choisi de continuer pour punir Saddam Hussein. En 1988, l’Iran était militairement à genoux, mais en survivant, il avait politiquement gagné. Le régime actuel raisonne exactement de la même façon. Les gardiens de la révolution, qui ont pris l’ascendant sur le clergé comme le montre la nomination du fils de Khamenei comme nouveau guide suprême, acceptent de perdre l’essentiel de leurs moyens offensifs pourvu qu’ils préservent l’outil répressif et l’armée régulière, suffisants pour tenir le pays.
Les monarchies du Golfe, grandes perdantes
L’analyse de Razoux sur les monarchies du Golfe est sans appel : elles seront les grandes perdantes de cette guerre, avec la population iranienne. Leur soft power, bâti sur une image de sécurité et de prospérité, vole en éclats. Les compagnies aériennes sont clouées au sol, le hub de Dubaï est paralysé, le tourisme s’effondre. Quant à leur hard power, ces armées suréquipées de matériel ultramoderne dont rêveraient bien des états-majors européens ne sont tout simplement pas entraînées pour un vrai conflit. Ces achats d’armement étaient avant tout une manière d’acheter des protections auprès des pays occidentaux.
L’Iran menace par ailleurs d’appliquer une logique de riposte symétrique : si les Américains frappent des centrales électriques, l’Iran frappera celles des pays du Golfe. Pour des pays comme le Qatar ou le Koweït, dont la survie dépend des usines de dessalement, c’est une menace existentielle.
L’Arabie saoudite se distingue toutefois par une situation plus confortable. Sa profondeur stratégique lui permet d’évacuer son pétrole par la mer Rouge, le tourisme religieux à La Mecque ne s’arrêtera pas, et la flambée des prix du pétrole remplit ses caisses. Elle pourrait tirer profit des recompositions d’après-guerre.
La France, elle, se distingue par une position cohérente : pas d’engagement offensif, mais respect strict de ses accords de défense avec les Émirats, le Qatar et la Jordanie.
Un basculement mondial, sans véritable vainqueur
Le conflit illustre selon Razoux une recomposition stratégique fondamentale. L’ordre international d’après-guerre s’effondre, l’ONU est inaudible, le droit international est bafoué par peut-être 70 % de la planète. Mais personne ne vient combler le vide. La Chine, souvent présentée comme la grande gagnante, se découvre vulnérable sur ses lignes d’approvisionnement maritimes. La Russie profite de la diversion mais reste engluée en Ukraine. Les États-Unis démontrent leur puissance de feu, mais s’enlisent dans un conflit sans issue claire.
Pour la France et pour l’Europe, l’enjeu est de changer de logiciel. Comprendre que « le monde des Bisounours, c’est fini », et qu’il va falloir réapprendre à être crédible, à se défendre, à faire respecter ses intérêts. Ce n’est pas qu’une question de budgets militaires. C’est un changement de mentalité
https://elucid.media/politique/l-iran-a-ete-concu-pour-la-survie-le-coup-de-poker-desastreux-de-trump?mc_ts=crises
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Ndlr : il considère la Chine comme perdante. N'a-t-elle pas engrangé des données stratégiques pour un futur éventuel conflit ?
4 301 signatures (11 575 au 31/1/26)
Le 29 janvier prochain, le Sénat s’apprête à examiner une proposition de loi qui pourrait abroger la loi « Hulot » dans les territoires ultramarins. Adoptée en 2017, cette loi interdit l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en France et constitue un pilier de la protection des océans et de la transition écologique. Aujourd’hui, sous couvert de tensions énergétiques et géopolitiques, ce texte fondateur est remis en cause, faisant peser de lourdes menaces sur les écosystèmes marins et l’avenir des territoires ultramarins. Nous refusons ce recul environnemental et appelons à défendre une transition juste et cohérente.
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Cette pétition est soutenue par Greenpeace France et le collectif Stop forage offshore.
Malgré une production américaine record de 13,9 millions de barils par jour, le bassin permien texan subit un ralentissement économique brutal, avec des ventes de services pétroliers en chute de 25 % sur les derniers mois. Le baril autour de 60 dollars et l’impact des tarifs douaniers font exploser les coûts, rendant la rentabilité des investissements de plus en plus difficile pour les producteurs de schiste.
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Connu / TG le 25/11/25 à 7:25
Publié il y a 10 min • 0 vues
Le Sénégal se lance dans un bras de fer avec le plus important exploitant pétrolier du pays, l’australien Woodside Energy. “L’administration fiscale réclame 62,5 millions d’euros au groupe australien, qui exploite le champ de Sangomar. Contestant tout arriéré d’impôt, celui-ci a lancé une procédure d’arbitrage international.” explique Le Monde. Le journal ajoute que “Le cœur du litige serait dû à des évolutions dans le régime fiscal sénégalais. Le groupe pétrolier considère que les exigences sénégalaises contreviennent à des clauses contractuelles censées protéger les investisseurs en cas de changements fiscaux ou légaux. Or entre la signature du contrat de Sangomar, en 2004, qui s’appuyait sur le code pétrolier de 1998, et les revendications des contrôleurs d’impôts, le texte régissant le secteur des hydrocarbures a changé, en 2019.” Souvent, nous avons parlé dans l’Instant Porcher de ces grands groupes qui exploitent les ressources dans les pays africains. De cette relation d’interdépendance mais aussi de la mainmise de l’Occident sur le continent africain.
La procédure lancée par le groupe pétrolier peut durer des années. Et Le Monde rappelle : “l’Etat (sénégalais) est engagé dans une course contre la montre. Surendettement, note souveraine dégradée, gel du financement du Fonds monétaire international (FMI) à hauteur de 1,8 milliard de dollars ayant pour effet de suspendre d’autres financements comme ceux de l’Union européenne (UE)… Les marges de manœuvre du Sénégal, extrêmement limitées, contraignent les autorités à multiplier audits et redressements. Du français Eiffage au turc Summa, beaucoup de grands groupes passent sous les fourches caudines des inspecteurs des impôts.” Cela démontre dans quel étau l’Occident a placé les pays africains avec des ressources.
Le fameux “conclave” sur la réforme des retraites par François Bayrou a fini sur un échec… assez prévisible me direz vous. On l’avait dit ici. Le Premier Ministre voulaient laisser syndicats et patronat discuter, mais a mis des contours : ne pas revenir sur les 62 ans par exemple. La CGT comme d’autres avaient alors quitté la table des négociations. En dernière ligne, les “partenaires sociaux” restants ne se sont pas mis d’accord sur la pénibilité. François Bayrou a tenté de sauver les restes, et avance que le “travail s’est déroulé dans un climat de coopération”.
Lisa Lap et Thomas Porcher décryptent tout cela, c’est l’Instant Porcher !
Visibilité Publique
Publié originellement 30/06/2025
Catégorie Inconnu
Langue Français Étiquettes
Durée 19min 52sec
Aucun commentaire
Tr.: ...
la CFDT a lâché sur l'âge ... c'est une mascarade ...
Le géant pétrolier français Total et la China National Offshore Oil Corporation sont sur le point de construire un gigantesque oléoduc de pétrole brut en plein cœur de l'Afrique, déplaçant des communautés, mettant en danger la faune et la flore et rapprochant le monde d'une véritable catastrophe climatique.
L'oléoduc de pétrole brut d'Afrique de l'Est doit être arrêté et nous avons un plan pour y parvenir. Vous en êtes?
COMPTEZ SUR MOI
Plus d'un million de personnes ont déjà fait entendre leur voix - ensemble, nous pouvons #StopEACOP dans ses voies et soutenir des alternatives durables et justes menées pour et par les populations d'Afrique de l'Est.
Voici comment nous allons procéder...
AGIR LOCALEMENT
SOUTENIR LES COMMUNAUTÉS EN PREMIÈRE LIGNE
Les communautés locales, les défenseurs des droits de l'homme et les militants de l'environnement font tout ce qu'ils peuvent pour résister à l'oléoduc, mais ils sont confrontés à une pression et à des menaces croissantes pour s'être élevés contre les intérêts commerciaux et politiques qui soutiennent l'EACOP. Nous devons soutenir leur travail et veiller à ce que leurs voix soient entendues haut et fort.
VERS LE MONDE
ARRÊTER LA CIRCULATION DE L'ARGENT
Construire le plus grand oléoduc chauffé du monde est un travail coûteux. Heureusement, Total et CNOOC ne peuvent pas le faire seuls - ils ont besoin du soutien des investisseurs, des banques et des compagnies d'assurance du monde entier. Il nous incombe de mettre en évidence les risques, de faire monter la pression dans les conseils d'administration et de veiller à ce que l'EACOP soit privé du soutien des entreprises et des politiques dont il a besoin.
Connu / https://twitter.com/Pauline_Boyer_/status/1504540509238398979