Vendredi 26 juin 2026 Par Mathieu Vidard - La Terre au carré
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Alors que les températures battent tous les records, le cadrage du sujet pointe rarement les responsables de la situation. Pourquoi et comment « politiser la canicule »?
Avec
- Christophe Cassou Climatologue
- Yamina Saheb Experte des politiques énergétiques, rattachée à l’OpenExp
- Claire Nouvian fondatrice et directrice générale de Bloom, ONG contre la destruction de l'océan et du climat.
- Eva Morel Secrétaire générale de l'association Quota Climat
- Mickaël Correia Journaliste à Mediapart
La canicule qui laisse la France K.O. en ce mois de juin - hors norme par son intensité comme par sa précocité - n'est pas un aléa qu'on doit subir en serrant les dents. C'est le résultat de choix.
Et à la Terre au carré, je vous le dis franchement, c'est la colère et le ras-le-bol qui nous animent. Ras-le-bol parce que chaque jour, ici, les voix des scientifiques se succèdent pour nous alerter, nous expliquer et documenter la catastrophe en cours. Des millions d’oreilles les entendent mais rien ne se passe vraiment.
Les débats sur la climatisation nous désespèrent, tout comme une très grande partie de la classe politique, qui préfère chercher des boucs émissaires plutôt que de nous préparer collectivement à un monde en surchauffe.
Pendant que le pays suffoque, on nous explique même doctement que la canicule, au fond, ce serait la faute des écologistes eux-mêmes et de leur prétendue décroissance. On marche sur la tête. Ceux qui alertent depuis cinquante ans deviennent les coupables, et l'oligarchie qui sabote la transition se présente en garante de la raison. Les crédits écologiques sont taillés à la hache et les normes détricotées une à une.
Les pétroliers, connaissaient leurs responsabilités dès 1971. Mais en France, le président de la République préfère décorer le patron de TotalEnergies pour services rendus à la nation et nous gratifier au passage de ses conseils paternalistes pour prendre soin de nos proches.
Ces derniers jours nos corps nous racontent déjà ce qui se met en place sous les rayons brulants du soleil. Ils nous disent à quel point nous sommes en train de franchir toutes les limites de la vie. Ce n'est plus une alerte, c'est une sommation.
L'histoire retiendra sans doute que notre humanité savait absolument tout et qu’elle a préféré ne rien faire.
Références Environnement Biodiversité Écologie
Yamina Saheb dans le studio de la Terre au carré le 13 févier 2026 ©Radio France - JPVéret
Vendredi 13 février 2026 / La terre au carré
Instigatrice du terme de "sobriété" dans le rapport du GIEC en 2022, elle s'intéresse à cette notion d'abord de manière scientifique dans le cadre de ses études d'ingénieure, puis croise les disciplines et s'y intéresse de manière sociétale.
Yamina Saheb est née à Alger en 1971, issue d'une famille kabyle. Elle parle le kabyle, le français, l'arabe algérois et l'arabe classique et baigne dans un milieu multiculturel qui tient à son identité kabyle. Elle sort major de sa promotion de l'école militaire d'Alger.
Ce n'est qu'au début des années 2000 qu'elle arrive en France en menant de front deux diplômes, celui de l’EHESS en économie de développement et celui de l’École d’architecture de Paris la Villette en politiques paysagères.
Dès les années 2010, elle commence à mener une bataille pour faire apparaitre le terme de "sufficiency", soit "sobriété" en français, dans les rapports de l’Agence internationale de l’énergie et dans les rapports du centre de recherche de la Commission européenne.
Ce n'est donc pas anodin de proposer ce terme qui repose essentiellement sur l'idée de respecter les limites planétaires et de garantir des conditions de bien-être pour tous. Le cadre dans lequel s'applique cette sobriété doit passer par des politiques publiques pour permettre à chacun.e de respecter les limites planétaires.
Yamina Saheb organise en 2023 le premier sommet mondial sur la sobriété avec l’Australie et David Ness, professeur à l’Université de South Australia, dans lequel sont présents plus de 700 participants. Elle crée en 2024 le laboratoire mondial des sobriétés –World Sufficiency Lab pour répondre aux enjeux de sobriété qui passent par une nécessaire métamorphose de la société. Yamina Saheb rêve de voir advenir des agoras citoyennes de la sobriété partout en France.
Une victoire sémantique historique au GIEC
Lors des travaux préparatoires du sixième rapport du GIEC en 2022, Yamina Saheb a mené un combat pour faire reconnaître officiellement la notion de sobriété. "Le mot réapparaît à la dernière étape des négociations. Une victoire donc discrète mais décisive", explique-t-elle. Pour la première fois dans son histoire, le GIEC reconnaissait que la réponse climatique ne serait pas seulement technologique, mais impliquerait "une réorganisation volontaire de nos priorités collectives dans le domaine de l'énergie, du logement, de la mobilité ou du travail."
Cette bataille n'était pas sans opposition. Le mot est même devenu "l'un des plus contestés du texte" lors de la relecture par les gouvernements, et disparait même temporairement du résumé destiné aux décideurs. Yamina Saheb insiste : "La sobriété c'est une remise en question du système politico-économique tel qu'il est organisé." Elle critique d'ailleurs le fait que, malgré l'omniprésence du terme dans les documents officiels français comme la Stratégie nationale bas carbone (72 occurrences), il existe "une distance entre le fait de citer le mot et de prendre et faire des actes."
Repenser la consommation depuis ses racines
Pour Yamina Saheb, focaliser uniquement sur la consommation revient à traiter un symptôme plutôt que les causes profondes. "La consommation, c'est le résultat de l'organisation politico-économique du monde et de nos sociétés", explique-t-elle. Elle trace une généalogie du problème remontant à la crise de 1929 : "Au lieu de s'attaquer à la racine du problème de la crise, ils ont inventé le crédit à la consommation, ils ont encouragé la consommation."
Selon elle, ce modèle s'est ensuite étendu de l'Europe via le plan Marshall jusqu'au reste du monde par l'aide au développement. "Ce qu'on a mondialisé, c'est la consommation, c'est le modèle occidental-américain plutôt de la consommation", analyse-t-elle. Le résultat : "On se retrouve dans ce monde (...) ça ne va pas du tout avec les limites planétaires." La chercheuse en appelle donc à remettre en question le capitalisme lui-même, qui est "le problème "" et que cette remise en cause est aujourd'hui incontournable pour l'Europe face aux crises écologique, sociale et géopolitique.
Un parcours forgé par la résistance
Native d'Alger, Yamina Saheb a grandi dans "une Algérie plutôt progressiste" des années 1970, première génération de sa famille à être vaccinée et à avoir accès à l'éducation obligatoire. Son identité kabyle, langue que ses parents lui ont transmise malgré son interdiction constitutionnelle jusqu'en 2005, a façonné sa personnalité : "Apprendre à ses enfants à parler kabyle à Alger, c'était un acte de résistance."
Même son prénom porte cette histoire. Yamina, berbérisation du prénom arabe Amina, rend hommage à sa tante paternelle tuée pendant la guerre d'Algérie. "J'ai grandi dans un environnement où je savais qu'il fallait résister, et qu'en résistant, on gagne, on finit toujours, les causes justes finissent toujours par gagner", témoigne-t-elle. Cette conviction l'a accompagnée tout au long de son parcours, de l'école militaire d'ingénieur à Alger où elle était l'une des cinq filles sur 110 étudiants, jusqu'à ses travaux au GIEC.
"Politics is cool" : une approche résolument politique
Pour Yamina Saheb, la sobriété ne peut être qu'une démarche collective et politique. "La sobriété, c'est pas individuel, c'est du collectif", martèle-t-elle, portant lors de l'interview un sweatshirt où est inscrit "Politics is cool". Elle distingue d'ailleurs le terme anglais "politics" (le débat dans la cité) de "policy" (les instruments politiques) : "C'est d'abord politics et ensuite ça devient policy."
La chercheuse refuse l'idée de neutralité scientifique : "Si la science avait été neutre, on a eu des zoos humains (...) c'est des gens qui fuient leurs responsabilités." Elle dénonce également les scénarios du GIEC qu'elle qualifie de "colonialistes", car ils "font l'extension des inégalités, dont on a hérité, des inégalités coloniales" en projetant jusqu'à la fin du siècle une consommation énergétique africaine inférieure à celle des pays développés.
Son message est clair : "Avec les politiques actuelles, on s'achemine vers minimum autour de 3 degrés de réchauffement planétaire." Face à ce constat, elle appelle à un engagement citoyen quotidien à travers le Laboratoire mondial des sobriétés qu'elle dirige, qui lance notamment des outils éducatifs et des consortiums nationaux. "La démocratie, ce n'est pas juste mettre un bulletin de vote, c'est tous les jours qu'il faut qu'on se réapproprie notre citoyenneté."
Yamina Saheb est enseignante à Sciences Po, à PSIA (Paris School of International Affairs) et chercheure affiliée au LIEPP (Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques). Docteure en énergétique et diplômée de l’EHESS en économie de développement et de l’Ecole d’Architecture de Paris la Villette en politiques paysagères.
Clés : Environnement Biodiversité Écologie
tr.: ...
le consommateur souverain ... les pb de la crise de 1929 n'ont jamais été résolus ... l'ennemi, le modèle capitaliste ... les concepts néolibéraux reviennent le plus ... résumer, c'est un pouvoir ... rendre la sobriété mainstream ... / climat mini 3°C de réchauffement climatique soit 4°C pour la France ... habitabilité de la planète ... l'accord de Paris n'est pas ambitieux car pas du tout contraignant ... ça ne peut pas se faire sans la sobriété ... ne croit pas à l'auto-réforme des institutions comme le GIEC ... N'y est plus car ne plus partager d'informations avec les chercheurs français ... racisme institutionnel en bande organisée / 3 ministères de tutelle ... si la science était neutre on n'aurait pas eu des idées colonialistes ... la science est objective, réplicable mais pas neutre ... ça ne peut pas ... Efficacité, amélioration continue des techniques ... ya toujours des pertes, l'entropie ... >>conso énerg / sérieux ... /précarité énergétique ... augm de la part de la population qui fait face à des difficultés financières ... le prix de l'unité d'énergie est plus élevée quand on consomme peu ! ... scénario : /mobilité politiques d'efficacité ... le réseau élec ne pourrait pas si flotte 100% élec ... rapprocher les services essentiels des lieux de vie / l'urbanisme ... mobilité et logement pour la fr avec l'impact économique ... ramener toute la littérature à la surface ... de 250 millions de publications à 550 000 citant la sobriété ... consortium mondial de la sobriété ... on lance labo suisse ... c'est du collectif. Dans quelle société voulons-nous vivre ? Consortium des laboratoires de sobriété, on peut faire beaucoup ... la démocratie, c'est tous les jours, se réapproprier.
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En 2022, le contexte géopolitique (hausse des prix des matières premières, agression russe en Ukraine) comme scientifique (rapport du GIEC) a mis en exergue la sobriété comme outil stratégique. Au-delà de la sobriété énergétique évoquée à l’automne 2022 par le gouvernement français et pourvoyeuse d’indépendance, le champ de réflexion ouvert par ce concept est bien plus vaste. Quels sont les nouveaux modèles sociaux et les nouveaux modes de consommation ? Comment comprendre le rapport à la démocratie et au contrat social, jusqu’à la conception de puissance ?
Avec Gilles Gressani, Emmanuel Hache, Yamina Saheb et Aurore Stéphant. Présentée par Julia Tasse.
Conférence filmée vendredi 29 septembre 2023 dans le cadre du festival Les Géopolitiques de Nantes. En partenariat avec l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et Nantes Métropole.
Le face cam
Leurs histoires, touchantes, révoltantes, édifiantes ou inspirantes, nous disent quelque chose de notre actualité. Ils ont accepté de venir face à la caméra du Média pour les partager, et si possible nous bousculer et modifier nos perceptions.
Au Média, la scientifique Yamina Saheb, analyste à l'OpenExp, prévient : si la France fait le choix de rester dans le traité sur la Charte de l'énergie (TCE), les conséquences seront dramatiques pour le climat. L'enjeu est immense et concerne l'ensemble de l'humanité.
Le GIEC cite ce traité comme une barrière pour la décarbonation du monde et l'atteinte des objectifs de l'accord de Paris. Ce dernier, signé en 2015 lors de la COP21, fixe comme objectif la neutralité carbone en 2050.
Le traité sur la Charte de l'énergie (TCE) qui fait actuellement l'objet de négociations et dont la dernière version risque d'être entérinée définitivement le 22 novembre 2022, pourrait empêcher les états d'agir contre la crise climatique.
Or, selon des spécialistes, les représentants des états membres qui comptent se réunir encore une fois, ne perçoivent pas les enjeux fondamentaux liés au changement climatique, et les risques que font peser sur la planète ce traité. «La question climat n'est pas intégrée par ces gens là, ils ne sont pas formés, ils ne comprennent pas» s'alarme l'experte du GIEC, Yamina Saheb, auprès du Média.
Ce sont ensuite «des investisseurs étrangers qui décident de nos politiques» précise la spécialiste des politiques énergétiques. Elle craint notamment que le TCE complique la lutte contre les énergies fossiles. Le traité risque ainsi d'enfermer l'Afrique et le reste de l'humanité dans le carbone. Il sera ensuite trop tard. Yamina Saheb préconise une sortie groupée du traité.
En attendant des actions en justice, à la cour européenne des droits de l'homme, sont tentées en dernier recours. Au Média, cette autrice du dernier rapport du GIEC interpelle les politiques: « il faut mettre fin à la participation de la France et coordonner une sortie de tous les pays de l'Union Européenne de ce traité » !
#GIEC #CyrilDion #Climat - 18 191 vues - 463 - 555 k abonnés - 70 commentaires
Au sommaire :
Face à l’urgence climatique et ses effets visibles dans le monde et en France, le sujet a peiné à s’inscrire au sein de la campagne présidentielle. Malgré le récent rapport du Giec qui se veut « optimiste », sur le fait que l’on puisse encore agir pour changer les choses, les agendas politiques n’ont pas l’air de beaucoup bouger. Ce soir, pour en parler, on reçoit sur le plateau d’« À l’air libre », Cyril Dion, écrivain, réalisateur et militant écologiste, ainsi que Yamina Saheb, ingénieure, économiste, et autrice principale au Giec.
Tr.: ... sobriété ... n'existe que en france ! éviter la demande en énergie, eau, matières, etc tout en ayant un niveau de vie décent ... cause surconsommation ... on a besoin d'une crise pour que les politiques agissent ... changement systémique par combinaison de nouveaux récits, gens qui innovent, de rapports de forces / classes, et des circonstances historiques ex les sufragettes ... plan trajectoire de changement ... la COVID montre que nous ne sommes pas un peuple civilisé ex brevets, justice, on a maintenu le sous-développement ... avec le climat, pas de frontières ! ... les pays riches doivent payer leur dette climatique ... aller vers plus de démocratie ... il faut une cohabitation pour retirer du pouvoir au pdt ...
Connu / TG 5/5/22 à 13:25