Côté Recherche
Clés : Environnement Idées En direct de la recherche
Le phénomène El Niño, qui fait varier le climat localement, est-il plus intense à cause du réchauffement ? A quel point ce dernier est-il amplifié par le comportement des nuages ? Les climatologues font chauffer leurs méninges.
Matthieu Jublin, le 3 juillet 2026
7 min
Un épisode de sécheresse intense à Songkhla, en Thaïlande. Les scientifiques accordent une attention particulière aux nuages bas, qui exercent un fort effet de refroidissement, et dont la diminution aggrave le déséquilibre énergétique de la Terre. © Getty images/Bento Fotography
L’été 2026 sera chaud, et on sait pourquoi. La mécanique du réchauffement climatique est en effet bien connue dans sa globalité : les activités humaines provoquent une hausse de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et ces gaz, comme leur nom l’indique, augmentent l’effet de serre, c’est-à-dire la rétention par l’atmosphère du rayonnement infrarouge issu du soleil et renvoyé par la Terre.
Bien que ce dernier soit nécessaire pour rendre la Terre vivable, le surcroît d’effet de serre lié aux activités humaines aura réchauffé la planète de 1,5 °C par rapport au niveau préindustriel d’ici la fin de la décennie, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Et à ce rythme, les 2 °C de réchauffement seront allègrement dépassés à la fin du siècle.
Ce climat réchauffé provoque déjà des canicules plus intenses, plus longues et à des périodes plus inhabituelles, comme la France en fait régulièrement l’expérience depuis le mois de mai. Sans oublier les perturbations des régimes de précipitations, variables selon les régions, causant inondations ou sécheresses.
D’El Niño à Super El Niño ?
L’été sera donc chaud, mais il pourrait être encore plus chaud et chaotique dans certaines zones du globe. La raison : le phénomène El Niño, qui existe depuis bien plus longtemps que le réchauffement climatique, et fait partie des facteurs de variabilité naturelle du climat.
Son fonctionnement est bien identifié. Tous les deux à sept ans, une oscillation du climat survient dans l’est de l’océan Pacifique, au niveau de l’équateur. Pendant six mois à un an, les vents, qui soufflent habituellement d’est en ouest, et permettent de refroidir cette zone, ralentissent ou changent de sens. La chaleur s’accumule alors dans les eaux du Pacifique Est, et se transmet à l’atmosphère.
Du fait de cet immense déstockage d’énergie, l’Océanie et l’Asie du Sud-Est, voire l’Afrique, peuvent être confrontées à de fortes sécheresses, tandis que l’Amérique du Sud est, elle, exposée à de fortes pluies.
Le dernier épisode El Niño en date a contribué à faire de 2024 l’année la plus chaude de l’histoire depuis le début des relevés. Et l’enfant terrible du Pacifique « est déjà présent et devrait s’intensifier rapidement pour atteindre une forte intensité » entre juillet et septembre 2026, selon l’Organisation météorologique mondiale. Il pourrait même s’agir d’un « Super El Niño », un épisode particulièrement intense.
« Si nous sommes confrontés à un événement très intense dans une année déjà très chaude, ses effets météorologiques seraient particulièrement puissants », indique **Pascale Braconnot**, climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE-IPSL).
Pas de consensus scientifique
Jusque-là, rien d’étonnant : le climat se réchauffe, tout en conservant sa variabilité naturelle – dont El Niño est l’une des composantes – ce qui rend les épisodes exceptionnels plus extrêmes. Mais une nouvelle question agite la sphère des climatologues : le réchauffement climatique modifie-t-il les paramètres mêmes du phénomène El Niño, rendant celui-ci plus intense ?
Les chercheurs ont en effet mesuré que, depuis les années 1960, la récurrence de phénomènes El Niño intenses est particulièrement élevée. Une étude publiée en 2023 dans Nature1 a par exemple simulé plusieurs siècles d’événements El Niño dans un monde fictif où le réchauffement climatique n’existerait pas. Dans un tel monde, la probabilité de voir s’enchaîner autant d’événements intenses sur soixante ans n’est que de 2,5 % à 10 %.
Bref, le réchauffement climatique, en plus d’augmenter les températures, aurait-il aussi un effet sur le principal facteur de variabilité naturelle du climat ?
« C’est une question difficile, admet Pascale Braconnot. Certaines projections prédisent effectivement des événements El Niño particulièrement forts sur les cinquante prochaines années. »
Pour l’heure, il n’y a pas de consensus scientifique établi sur la question. « Le sixième rapport du Giec n’établit pas de lien très clair entre réchauffement et intensification d’El Niño », rappelle Valérie Masson-Delmotte, climatologue au LSCE-IPSL, qui a coprésidé le groupe 1 du Giec ayant rédigé ce rapport.
Pour arbitrer cette controverse, il est nécessaire d’accumuler toujours plus de données et de les confronter aux projections des nombreux modèles climatiques existants, de manière à établir un éventuel lien de causalité entre réchauffement et intensification d’El Niño. Un travail complexe, mais qui est le lot quotidien des climatologues.
« Les différents modèles climatiques que nous utilisons sont proches, mais différents en termes de finesse ou de complexité. Ils postulent donc des liens de causalité sensiblement différents pour expliquer les processus climatiques. Notre travail consiste à scruter les données et à sélectionner la combinaison de modèles qui donne les résultats les plus proches des observations réelles », décrit Pascale Braconnot.
L’enjeu des boucles de rétroaction climatique
Au-delà du cas El Niño, la perspective de voir le thermomètre s’emballer parce que le réchauffement provoquerait une réponse du système climatique qui elle-même amplifierait le réchauffement est un sujet de recherche capital. Ce type de processus porte le doux nom de « boucle de rétroaction climatique ».
La plus importante de ces boucles de rétroaction est liée à la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère. En effet, la vapeur d’eau est un gaz à effet de serre. Or dans un climat plus chaud, l’atmosphère peut contenir plus de vapeur d’eau…
Une deuxième rétroaction est la diminution de « l’effet albédo » de la glace polaire : comme la surface de glace rétrécit à cause du réchauffement son effet « parasol » diminue et elle renvoie moins de rayonnement solaire dans l’espace, ce qui augmente la quantité d’énergie absorbée par la Terre – donc le réchauffement, donc la fonte des glaces.
Une autre de ces rétroactions, liée aux nuages, est beaucoup plus complexe à anticiper, car les nuages ont des effets antagonistes sur le climat. D’un côté, ils renvoient une partie du rayonnement solaire dans l’espace (effet albédo), tendant ainsi à refroidir le climat ; de l’autre, ils piègent dans l’atmosphère une partie de la chaleur émise par la Terre (l’effet de serre naturel), ce qui tend à réchauffer le climat.
Les nuages bas contribuent beaucoup à l’effet albédo et peu à l’effet de serre : ils exercent donc un fort effet de refroidissement. Le problème est qu’il y en a de moins en moins.
En prenant en compte l’ensemble des nuages, l’effet refroidissant domine, mais un changement du type, de l’altitude ou de la localisation des nuages peut renforcer ou atténuer cet effet refroidissant. Les scientifiques accordent une attention particulière aux nuages bas, comme les stratus, les stratocumulus et les petits cumulus, qui contribuent beaucoup à l’effet albédo et peu à l’effet de serre. Ces nuages exercent donc un fort effet de refroidissement sur la Terre.
Le problème est qu’il y en a de moins en moins. Ceci en raison du réchauffement de la surface des océans, mais aussi de l’effet direct du CO2 dans l’atmosphère, et enfin à cause de la diminution des émissions d’aérosols polluants, qui est certes une bonne nouvelle pour la pollution de l’air, mais qui peut réduire l’effet albédo des nuages bas.
Moins de nuages, plus de réchauffement
La diminution de ces nuages bas aggrave le déséquilibre énergétique de la Terre, un indicateur capital qui correspond à la différence entre la quantité d’énergie qui entre sur le globe et celle qui en sort. « Ce déséquilibre énergétique a augmenté de 40 % en sept ans », indique Valérie Masson-Delmotte.
Selon une étude de 20252, il a même plus que doublé en vingt ans, ce qui signifie que la chaleur s’accumule deux fois plus rapidement sur la planète. Une accélération plus importante que celle anticipée par les modèles climatiques.
Quelle est l’influence des nuages dans ce phénomène ? Les réunions de scientifiques se succèdent pour tenter de le mesurer, et des travaux scientifiques récents proposent une évaluation.
« Sur les vingt dernières années, la surface terrestre couverte par les nuages a diminué de 0,05 %. C’est peu, mais des collègues ont mesuré que cela expliquait la moitié du déséquilibre énergétique constaté », raconte ainsi **Sandrine Bony**, directrice de recherche CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique et autrice principale du quatrième rapport du Giec.
Une étude publiée dans Science en 20253 a par ailleurs analysé les causes des températures particulièrement élevées de l’année 2023. Cette année, le thermomètre a dépassé de 1,5 °C la moyenne préindustrielle, alors que les modèles climatiques tablaient sur un dépassement d’environ 1,3 °C. Les scientifiques ont conclu que cette différence de 0,2 °C est liée à une diminution record de l’effet albédo, causée par la réduction de la couverture nuageuse.
« Mieux anticiper la réponse des nuages au réchauffement climatique est un défi scientifique, car il reste beaucoup de choses à comprendre sur leur comportement », explique Sandrine Bony. La scientifique rappelle cependant que « la vitesse à laquelle les nuages changent avec le réchauffement est moins surprenante que la vitesse à laquelle le climat se réchauffe. »
Article écrit par Matthieu Jublin, Journaliste
Mis à jour le 13 octobre 2025 à 16h43 - Durée de lecture : 8 minutes - Climat
L’humanité a trop déstabilisé le climat, au point de l’avoir rapproché de « points de bascule » au potentiel cataclysmique, alertent 160 scientifiques dans un nouveau rapport.
...
l’alerte solennelle lancée par 160 scientifiques de 23 pays, dans le rapport Global Tipping Points, publié le 13 octobre et coordonné par Timothy Lenton, professeur à l’université d’Exeter en Angleterre.
Ces chercheurs figurent parmi les plus grands spécialistes au monde dans l’étude de ce que l’on appelle les points de bascule climatiques. Le terme désigne le seuil critique au-delà duquel un élément clé du climat terrestre (calottes polaires, courants océaniques, forêts tropicales, etc.) peut basculer dans un nouvel état, de manière souvent irréversible.
...
l’image d’une bille roulant sur un terrain accidenté. L’altitude de la bille symbolise l’état d’un système : il reste relativement stable même en s’approchant d’un trou. Mais si la bille fait le mouvement de trop, elle franchit le point de bascule, ce qui enclenche sa chute inéluctable dans le trou, d’où il sera bien plus difficile de sortir que d’entrer…
...
Deux ans après leur premier rapport, les membres de l’initiative Global Tipping Points soulignent à quel point la situation s’est déjà dégradée. Première mauvaise nouvelle : les points de bascule concernant la biosphère « se rapprochent plus vite qu’on ne le pensait », dit le rapport.
Ainsi des récifs coralliens tropicaux. À l’instar de la Grande Barrière de corail, ils ont connu en 2024-2025 leur pire épisode de blanchissement, provoqué par les chaleurs extrêmes de l’océan. Bien que les situations diffèrent selon les régions du globe, les chercheurs estiment que leur point de bascule moyen se situerait autour de 1,2 °C de réchauffement global. Autrement dit, nous aurions déjà franchi ce premier point de bascule.
Risque de « savanisation » en Amazonie
...
Si trop d’arbres disparaissent, cette forêt tropicale qui a la caractéristique merveilleuse de produire en partie sa propre pluie pourrait entrer dans un cercle vicieux : produire de moins en moins de précipitations et, n’ayant plus assez d’humidité pour survivre, se transformer en savane.
...
Des océans d’imprévisibilité
...
La calotte glaciaire de l’Antarctique de l’ouest et celle du Groenland sont les deux systèmes glaciaires dont la vulnérabilité est la plus certaine
...
Les courants océaniques, comme l’Amoc et la gyre subpolaire, sont eux aussi menacés de franchir des points de bascule dès le niveau actuel de réchauffement, bien que la compréhension et l’évolution de ces systèmes soient entourés d’incertitudes importantes, notent les chercheurs.
Basculements en cascade
...
l’interconnexion qu’il documente entre la plupart des 20 points de bascule qui ont été évalués. Lorsqu’un élément franchit un point de bascule, il est souvent susceptible d’avoir des effets, la plupart du temps déstabilisateurs, sur d’autres composantes du système climatique, menaçant de leur faire à leur tour franchir un point de bascule.
L’Amoc est le meilleur exemple de ces multiples effets en cascade possibles. L’affaiblissement de ce courant atlantique, au rôle crucial dans les échanges de chaleur entre l’océan et l’atmosphère, pourrait par exemple aggraver la déstabilisation des glaces de l’Antarctique de l’ouest. Ou encore déstabiliser le phénomène El Nino dans le Pacifique, qui à son tour affaiblirait encore davantage la forêt amazonienne.
...
faire courir des risques majeurs à des éléments clés de la stabilité de nos sociétés, « comme la sécurité alimentaire, les infrastructures énergétiques, la stabilité économique et la cohésion sociale, affectant des milliards de personne à travers le monde »
...
Nos décideurs ne comprennent pas ce que signifient les points de bascule », appuie Manjana Milkoreit, chercheuse à l’université d’Oslo et co-autrice du rapport.
Grosses incertitudes
...
« ... sujet extrêmement important, mais on n’est pas sûr de savoir où sont les seuils. ... », dit Freddy Bouchet, directeur du Laboratoire de météorologie dynamique et l’un des coordinateurs de ClimTip, l’un des deux grands projets européens sur les points de bascule.
« ... est-ce qu’il faut s’adapter en urgence aux risques davantage certains, présentés dans les rapports du Giec, ou bien anticiper les risques potentiellement encore bien plus graves mais plus incertains ? Personnellement, je pense qu’il faut tout faire à la fois », ajoute-t-il.
Des « points de bascule positifs »
...
Un chercheur du centre d'analyse Mercator Océans examine des images de surveillance océanique à Toulouse en 2017. ©AFP - REMY GABALDA / AFP
... Hervé Poirier le co-rédacteur en chef au magazine "Epsiloon" revient sur les mystères de l’océan ...
Dans deux semaines, à Nice, va se tenir la conférence des Nations unies sur l’océan, un rendez-vous politique majeur pour tenter de régler les problèmes de surpêche, de pollution plastique, de protection de la haute mer et des grands fonds. Mais juste avant, dans une semaine, toujours à Nice, 2 000 chercheurs vont se réunir pour la conférence One Ocean Science, tout aussi cruciale. Car derrière l’urgence politique se cache une autre, scientifique : réussir à mesurer et à modéliser l’impact sur l’océan du réchauffement climatique.
Prenez l’Atlantique : que va devenir l’AMOC, cet énorme courant venu des tropiques qui régule le climat de l’Europe, de l’Amérique du Nord, ainsi que la mousson africaine ? « Il y a encore beaucoup de suspense, reconnait Didier Swingedouw, spécialiste de la dynamique océanique à l’université de Bordeaux. Les résultats des modèles actuels sur son devenir d’ici à la fin du siècle varient entre un ralentissement de 3 % et une diminution de 72 %. »
Énorme incertitude, énorme enjeu
Idem pour le Pacifique : que va devenir El Niño, ce phénomène cyclique qui nait des oscillations de température entre l’est et l’ouest du Pacifique, et qui a une influence décisive sur les précipitations en Asie, en Australie, en Amazonie ? Comme le reconnait Éric Guilyardi, au Laboratoire d’océanographie et du climat, à la Sorbonne, « Il n’y a aucun consensus scientifique sur la manière dont cette zone de l’océan va évoluer sous l’effet du réchauffement ».
Et l’océan Austral, autour de l’Antarctique, censé représenter 40 % de l’absorption océanique du carbone ?
Une équipe allemande vient d’annoncer qu’il absorberait en fait 25% de plus que prévu, et une chinoise 30% de moins. Sachant qu’on ne sait pas si le réchauffement va enrayer ou intensifier cette pompe. Quant à l’océan Arctique, où la banquise est en train de disparaitre, « Les incertitudes sont monstrueuses, les projections divergent énormément », déplore Camille Lique, au Laboratoire d’océanographie physique et spatiale, à Brest. Bref, en cette Année de la Mer, les scientifiques le reconnaissent : ils sont face à des océans d’incertitudes.
Que faire face à tant d’inconnues ?
Déjà, justement, les regarder en face : Jean-Pierre Gattuso, qui va coprésider la semaine prochaine One Ocean Science, le reconnait : « Jusqu’à maintenant, l’océan a été traité de manière séparée et fragmentaire, entre le climat, la biodiversité, le plastique, la pêche, le transport… Il n’y a pas eu d’approche transversale ». Cela est en train de changer. L’organisation Mercator Ocean, basée à Toulouse, espère par exemple que sera entérinée à Nice son statut d’organisation intergouvernementale, l’équivalent de l’Organisation météorologique mondiale. Les programmes de mesures se multiplient, les modélisations s’affinent. Mais la communauté scientifique tremble à l’idée que les États-Unis se désengagent.
N’est-ce pas dangereux de mettre ainsi en avant toutes ces incertitudes ?
« On en sait assez pour agir », nous ont répété les chercheurs, inquiets, eux aussi, que cet aveu d’ignorance justifie l’inaction ou alimente le climatoscepticisme. Mais, une fois cet avertissement posé, ils racontent des débats passionnés, ils sont pleins d’espoir sur leurs travaux en cours, car ils savent de mieux en mieux ce qu’ils ne savent pas. Et ça, c’est le début de la connaissance.
par Karine Durand, Spécialiste météo extrême et environnement
Rubriques Réchauffement climatique - Nasa - Changement climatique - Climatologie - actualité - • 3 Min
La Planète est confrontée à une accélération fulgurante du réchauffement climatique depuis début 2023 : l’année dernière est la plus chaude enregistrée depuis le commencement des relevés, avec un écart sans précédent par rapport à la moyenne. L’année 2024 continue sur la même lancée et il est désormais quasiment certain qu’elle sera la nouvelle année la plus chaude enregistrée. Interrogé par une revue scientifique américaine, le directeur du Nasa Goddard Institute, Gavin Schmidt, explique
...
l'année 2023 nous a forcés à être plus humbles, mais nous a aussi rendus encore plus inquiets ... Nos prévisions pour 2023 se sont écartées de 0,2 °C, ce qui ne paraît pas beaucoup, mais c'est en fait énorme » ... le rôle primordial des émissions de gaz à effet de serre issues des activités humaines, le phénomène climatique El Niño (juin 2023 - mai 2024) qui a un effet réchauffant, la modification des lois concernant la pollution émise par les grands navires (qui a permis au ciel d'être plus dégagé, et à la mer de subir encore plus le réchauffement), la vapeur d'eau émise par l'éruption du volcan Hunga Tonga dans l'océan Pacifique, une phase du cycle solaire qui n'aide pas...
...
« Soit nous sommes passés à côté d'un élément qui a un impact [qui s'additionne à celui des émissions de gaz à effet de serre, NDLR], soit nous avons juste sous-estimé la vitesse du réchauffement » ... l'effet réchauffant du dernier El Niño a été beaucoup plus fort que ce que les scientifiques envisageaient. Un bond spectaculaire dans les températures s'est aussi produit en 1977 (moins fort que 2023 tout de même) dans la même configuration : après plusieurs années marquées par La Niña (avec un effet légèrement refroidissant), un fort El Niño s'est déclenché et la Planète a alors subi une nette hausse du réchauffement.
...
Voir aussi
Le climat change trop vite, laissant place à des phénomènes extrêmes : « l’impensable est désormais possible » !
https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-climat-change-trop-vite-laissant-place-phenomenes-extremes-impensable-desormais-possible-115750/
Le retour du phénomène météorologique El Niño a été confirmé en juillet 2023. Au même moment, la planète subit des conséquences du réchauffement climatique depuis plusieurs mois : incendies, canicules et sécheresse. Face à cette double menace, faut-il s’attendre au pire ?
Vidéo : 8min30
Connu / TG le 07/08/23 à 11:14
La Terre a connu, entre le lundi 3 et le jeudi 6 juillet 2023, ses journées les plus chaudes jamais enregistrées par les météorologues. Si la température moyenne du globe inquiétait déjà en début de semaine lorsqu’elle avait atteint 17,01 °C, elle a battu tous les records quatre jours après avec 17,23 °C. Mais à quoi sont dues ces hausses qui n’en finissent plus ? Serge Zaka, agroclimatologue, nous aide à y voir plus clair.
Photo Un garçon s'arrose pendant une vague de chaleur à Chennai, au mois de mai 2023 en Inde. | EPA/MAXPPP
Quatre fois. En une semaine, du lundi 3 au jeudi 6 juillet 2023, le record de température moyenne sur notre planète a été battu à quatre reprises. La barre des 17,01 °C atteinte lundi n’était qu’un avant-goût puisque depuis un nouveau record a été battu : 17,18 °C mardi, et mercredi et 17,23 °C le jeudi 6 juillet. Une augmentation impressionnante qui interpelle fortement la communauté scientifique, d’autant que les conséquences sont pour le moment imprévisibles. Les causes sont en revanche, elles, très bien connues comme nous l’explique l’agroclimatologue Serge Zaka.
Comment s’expliquent ces tristes records ?
Tout d’abord, on a un contexte de fond celui du réchauffement de la planète, qui même sans autres facteurs, fait qu’on a tendance à battre des records régulièrement.
Vient ensuite s’ajouter le phénomène météorologique El Niño. C’est inquiétant car il vient juste de commencer. Autrement dit, on a de très fortes probabilités de battre des records de températures planétaires au moins jusqu’au printemps prochain.
...
possible début d’emballement
... Il y a une dizaine de points de non-retour qu’il ne faut pas dépasser car il pourrait emballer le changement climatique. Il est possible qu’on en atteigne certains cette année, mais on ne peut rien valider sans des études rétrospectives.
Nous sommes de plus en plus à alerter sur ces hausses de températures mais de moins en moins à se prononcer sur les conséquences. On est tellement loin qu’on est dans l’inconnu. La science n’ayant pas encore observé ce type de phénomène sur la planète, c’est très difficile de prédire ce qu’il va se passer. On est dans l’inconnu et le questionnement le plus total.
france-5 Magazines 1 h 4 min Français tous publics Vidéo sous-titré
Disponible jusqu'au 09/07/23 - Présenté par : Caroline Roux, Axel de Tarlé
Les méga-feux font rage au Canada. Le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) recense plus de 400 incendies en cours, dont la moitié sont hors de contrôle, dans ce pays où les immenses étendues boisées sont rarement accessibles par la route. Les fumées qui s’en dégagent couvrent un tiers des États-Unis à l’est du Mississippi et descendent jusqu’en Caroline du Sud, sur la côte. Ces fumées chargées de particules fines sont dangereuses pour la santé. Près de 100 millions d’Américains, concernés par une alerte sur la qualité de l'air, sont appelés à se protéger : port du masque, événements en extérieur annulés, école à distance...Une pollution qui a pris la forme, depuis mercredi, d'un épais brouillard orangé qui s'est répandu sur la ville de New York et sur une large partie de la côte est du pays. Des grandes villes canadiennes comme Montréal et Ottawa sont aussi touchées et des vols ont dû être annulés faute de visibilité. Cet épisode de pollution atmosphérique rare constitue "un rappel brutal des conséquences du changement climatique", a déclaré le président américain Joe Biden.
Les secours canadiens estiment que 50 % des départs de feux sont causés par l’homme – mégots de cigarette, appareils électriques…. - mais ils prospèrent davantage avec le réchauffement climatique, qui fournit le combustible et les conditions : des végétaux secs, des chaleurs extrêmes et un vent omniprésent depuis des semaines. Selon les climatologues, le Canada se réchauffe plus vite que le reste de la planète. "La moyenne mondiale est de 1,1 °C supplémentaire depuis l’ère préindustrielle. Ici, c’est globalement 1,7 °C, et 3 °C dans de nombreux endroits", explique le directeur de l’adaptation à l’Institut climatique du Canada. "La quantité de forêts brûlées devrait doubler d’ici à 2050 en raison de notre changement climatique", a affirmé le ministre canadien des Ressources naturelles.
Un réchauffement climatique qui s’accroît désormais à un rythme de plus en plus rapide, avec des émissions de gaz à effet de serre à un niveau inédit, selon une vaste étude internationale publiée ce jeudi dans la revue Earth System Science Data. "Sur la période 2013-2022, le réchauffement causé par l’humanité a augmenté à un niveau sans précédent de plus de 0,2 °C par décennie", écrivent une cinquantaine de chercheurs de renom, s’appuyant sur les méthodes du Giec, les experts climat mandatés par l’ONU. Les scientifiques préviennent que l’humanité se retrouve face à une décennie "critique" alors que le seuil de 1,5 °C pourrait être atteint ou dépassé au cours des dix prochaines années.
Et pour l’Arctique c’est un scénario noir qui est déjà annoncé. Même si nous réduisons nos émissions de gaz à effet de serre, la glace de mer d’été va disparaître dans les prochaines décennies, selon une autre étude publiée par la revue Nature Communications. Peut-être même 10 ans plus tôt que prévu par le Giec. "Les résultats indiquent que le premier mois de septembre sans glace de mer interviendra dès les années 2030-2050, quels que soient les scénarios d’émissions", écrivent les scientifiques. La disparition de la glace "accélérera le réchauffement arctique, ce qui peut augmenter les événements météorologiques extrêmes aux latitudes moyennes, comme les canicules et les feux de forêts". "Cela peut aussi accélérer le réchauffement mondial, en faisant fondre le permafrost, ainsi que la montée du niveau des océans en faisant fondre la calotte glaciaire du Groenland", ajoute les chercheurs.
Parallèlement, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) vient d’indiquer que le phénomène météorologique El Nino a officiellement commencé et devrait « se renforcer graduellement » dans les mois qui viennent. C’est un phénomène qui se produit environ tous les deux à sept ans, caractérisé par des températures de surface plus chaudes que la normale dans l’océan Pacifique équatorial, mais qui a des conséquences pour toute la planète. En fonction de sa force, El Nino peut notamment accroître le risque de fortes précipitations ou de sécheresse dans certaines régions du monde.
Une sècheresse qui touche déjà un quart de l’Europe, notamment l’Espagne où la guerre de l’eau s’intensifie. Dans ce pays considéré comme le "potager de l'Europe", les effets de l’urgence climatique ont brutalement fait irruption dans la vie des espagnols avec la crise de l’eau et le pays s’interroge sur son modèle agricole, à savoir une agriculture intensive de plantations gourmandes en eau comme notamment les fraises et les avocats, qui absorbe près de 80 % des ressources hydriques du pays. Les autorités s'inquiètent également du détournement clandestin de l'eau. De nombreux agriculteurs sont en effet reliés illégalement au réseau et contribuent à appauvrir les réserves déjà faibles.
En France où plusieurs régions sont également déjà touchées par la sécheresse, on se prépare à connaître de fortes chaleurs durant l'été. Le gouvernement vient ainsi de dévoiler un plan canicule en "15 actions". Des SMS seront notamment envoyés à la population en cas de grandes chaleurs. "Il s’agit encore de mesurettes" a dénoncé Jérôme Frignet, directeur des programmes de Greenpeace France. "Ce n’est pas du tout ce qu’on attend du gouvernement. On attend de lui de se préparer au pire de manière beaucoup plus sérieuse que les mesures ne le laissent penser. Ils sont en réaction à l’actualité. Il n’y a aucune prévention, aucune anticipation là-dedans".
Lors de l’été 2022, deuxième été le plus chaud depuis 1900, avec trois vagues de forte chaleur et 33 jours de canicule au total, la France a enregistré une surmortalité de 10 420 morts par rapport à 2019 selon l’agence Santé publique France. En 2003, la canicule qui avait frappé la France du 1er au 20 août avait fait environ 14 800 morts.
Alors quelle est la situation au Canada et aux Etats-Unis ? Le phénomène climatique El Niño est de retour en 2023, quelles conséquences sur la météo ? Jusqu'où ira la guerre de l’eau en Espagne ? Enfin comment la France se prépare-t-elle aux fortes chaleurs attendues cet été ?
Nos experts :
- Nicolas Chateauneuf, journaliste sciences et environnement - “France Télévisions”
- Audrey Garric , journaliste au service Planète - “Le Monde”
- Emma Haziza, hydrologue
- Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des Sapeur-pompiers de France