Décryptage
Publié le 3 mars 2026
Sciences humaines les cahiers de doléances
Les cahiers de doléances ou l'urgence de prolonger un exercice démocratique inédit
Par Christophe Fourel, administrateur d’Alternatives Economiques, membre des Convivialistes.
Alors que les Français·e·s se sont massivement investi·e·s dans l’écriture de « cahiers de doléances », sollicité·e·s par le Président de la République Emmanuel Macron, ces derniers sont restés lettre morte. Une forte mobilisation citoyenne ayant permis d’ouvrir l’accès à ces cahiers, des premiers travaux de recherche nous permettent désormais d’en analyser le contenu. S’appuyant sur un numéro de la revue Sciences Humaines dédié au sujet, l’économiste Christophe Fourel nous livre son analyse personnelle de ce manque de reconnaissance des citoyens, appelant à restaurer le sens du possible démocratique par une voie convivialiste, et ce dans le contexte de l’approche des élections municipales les 15 et 22 mars 2026.
Le Labo de l’ESS tient à remercier Christophe Fourel pour cet article venant nourrir son axe de travail « Régénérer la vie démocratique »
Ce décryptage peut aussi être téléchargé au format PDF.
Entre décembre 2018 et mars 2019, en plein mouvement des Gilets jaunes, des centaines de milliers de Français ont saisi la plume pour remplir les « cahiers de doléances » mis à disposition dans les mairies. Six ans plus tard, la revue Sciences Humaines consacre le 78e numéro de sa série « Les Grands Dossiers »1 à ces documents historiques qui, après avoir été longtemps ignorés, deviennent enfin accessibles au grand public. Cette publication révèle un paradoxe frappant : l'engouement massif des citoyens pour cet exercice démocratique contraste violemment avec le manque de considération dont ces contributions ont fait l'objet.
L'ampleur de la participation témoigne pourtant d'une soif de démocratie rarement observée. Au total, 240 000 contributions manuscrites ont été recueillies dans plus de 20 000 cahiers, auxquelles s'ajoutent près de deux millions de contributions numériques dans le cadre du Grand Débat national.
Les témoignages recueillis révèlent l'application avec laquelle les Français se sont prêtés à l'exercice. Beaucoup ont laissé leurs coordonnées complètes – numéro de téléphone, adresse postale et mail – espérant manifestement être entendus. Certaines contributions s'étalent sur plusieurs pages, structurées et argumentées avec soin. Cette minutie contraste cruellement avec le sort réservé à ces écrits.
L'enterrement d'une parole citoyenne
Car si l'élan fut massif, la suite relève du scandale démocratique. Le soir même où Emmanuel Macron devait restituer les conclusions du Grand débat, l'incendie de Notre-Dame a détourné l'attention médiatique. L'exercice a été purement et simplement abandonné. Les cahiers ont été numérisés par les Archives nationales où ils sont restés inaccessibles pendant de longs mois.
Gilles Proriol, expert en analyse de la participation citoyenne dont l'entreprise avait été missionnée pour analyser ces contributions, déplore dans le documentaire « Les Doléances »2 d'Hélène Desplanques n'avoir « jamais été reçu à l'Élysée » pour présenter son travail. Il résume la situation avec amertume : « À la fin, ça a donné des éléments de langage ». La mission du Grand Débat National a été « purement et simplement supprimée », privant les citoyens de toute réponse.
Ce n'est qu'en mars 2025 que l'Assemblée nationale – à l’initiative de la députée écologiste de la Drôme Marie Pochon – a voté à l'unanimité une résolution pour rendre publics ces cahiers. En avril 2025, un arrêté ministériel a enfin permis leur consultation dans les archives départementales.
Ce que disent vraiment les Français
La consultation de ces cahiers permet de reconstituer le portrait d'une France qui ne correspond guère à celui véhiculé par les débats médiatiques. L'analyse des contributions révèle quatre thèmes : la démocratie (avec notamment la demande de référendum d'initiative citoyenne), la fiscalité (le rétablissement de l'impôt sur la fortune étant la proposition numéro un), la transition écologique, et le pouvoir de vivre.
Ce dernier concept, forgé pour mieux rendre compte des doléances, va au-delà du simple « pouvoir d'achat » qui pointe la focale sur la consommation. Il englobe les besoins essentiels : se loger, se soigner, se chauffer, éduquer ses enfants, etc. Une mère écrit ainsi à Emmanuel Macron pour lui demander d'expliquer à sa fille pourquoi, bien qu'elle travaille, elle ne peut chauffer la maison à sa guise, ni lui offrir des menus équilibrés.
L'accès aux services publics revient constamment : l'hôpital, l'école, les transports collectifs. Les zones rurales font état d'un sentiment d'abandon. La transition écologique apparaît non comme un luxe mais comme une urgence, pourvu qu'elle soit socialement juste. Nombreux sont ceux qui réclament que les efforts demandés ne pèsent pas uniquement sur les plus modestes.
L'immigration : un non-sujet
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Une crise de confiance envers le politique
Au-delà de ces revendications plus spécifiques, les cahiers de doléances témoignent d'une grande insatisfaction à l'égard du fonctionnement de la politique. Cette défiance traverse l'ensemble des contributions et prend plusieurs formes qui révèlent une crise plus profonde du sens du possible démocratique.
Les citoyens expriment massivement leur conviction que les élus ne les représentent plus, qu'ils forment une classe coupée des réalités du terrain. L'insistance sur le référendum d'initiative citoyenne (RIC) traduit cette volonté de reprendre directement en main les décisions collectives, sans passer par des intermédiaires jugés sourds aux préoccupations populaires. Cette demande ne relève pas d'un simple caprice : elle exprime une aspiration fondamentale à la reconnaissance. Comme l'observe le philosophe Axel Honneth et le sociologue Alain Caillé dans leur réflexion sur la reconnaissance3, les individus ne luttent pas seulement pour leur survie matérielle, mais pour être reconnus comme sujets capables de jugement et d'action. À la conception utilitariste d'individus atomisés en lutte pour leur survie, ils opposent la lutte pour la reconnaissance qui permet de progresser vers la considération mutuelle. Au contact d'autrui, chacun devient conscient de lui-même et apprend à s'auto-limiter.
Les contributeurs aux cahiers de doléances ne réclament donc pas seulement des réformes institutionnelles : ils revendiquent d'être considérés comme des citoyens dignes, capables de réflexion et de propositions. L'application minutieuse avec laquelle ils ont rempli ces cahiers, laissant leurs coordonnées dans l'espoir d'être entendus, témoigne de cette aspiration à la reconnaissance.
L'érosion du sens du possible
La dénonciation récurrente d'une parole politique déconnectée révèle un problème plus profond, elle pointe l'écart croissant entre les promesses de changement et la paralysie effective du système. Les contributeurs expriment une difficulté collective à agir, un sentiment d'empêchement face à l'accumulation de projets qui s'épuisent en vaine agitation sans que rien ne change vraiment.
Les civilisations ne sont pas le produit d'un milieu favorable, mais elles se forgent dans l'adversité, par la réplique des humains aux défis qu'ils affrontent. Cette réplique suppose une vitalité du sens du possible qui permet, face à un obstacle inédit, de discerner une issue et de s'orienter collectivement vers elle. Ce sens du possible requiert une capacité de discernement en situation, une aptitude à débattre en vue de passer compromis, la capacité de coopérer en conciliant unité et pluralité, une acceptation suffisamment partagée de l'incertitude de l'avenir.
Or, ce sens du possible recule aujourd'hui. Les capabilités (théorisées par l’économiste Amatya Sen4) sont ce qui permet de convertir les ressources disponibles en libertés réelles. Elles procèdent des différentes libertés positives qui s'exercent dans un régime démocratique et résultent d'une responsabilité collective.
Il existe donc un lien entre sens du possible, état des libertés et démocratie. Favoriser le sens du possible conforte la démocratie dans la durée, mais aide aussi la société à faire face aux événements. Condition et finalité de la démocratie, une société habitée par le sens du possible se traduit en pratique par une certaine disposition à la confiance. Or la confiance ne cesse de reculer sous nos yeux, sans que nul pouvoir ne semble soucieux d'y remédier.
La gouvernance par les nombres, contre les citoyens
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Or, il existe un lien très étroit entre l'organisation du travail et les conditions de participation démocratique. L'activité professionnelle devient ainsi un contre-monde de la démocratie politique, un lieu où l'on désapprend systématiquement les compétences et les facultés qui sont normalement requises par celle-ci5.
Les cahiers de doléances témoignent précisément de cette souffrance : les citoyens constatent que leur capacité d'initiative est sévèrement encadrée, que l'entraide est dissuadée au profit de l'individualisation, que les valeurs du service public entrent en tension avec la pression de la performance. Cette souffrance éthique, ce malaise de ne pouvoir exercer pleinement sa citoyenneté, imprègne de nombreuses contributions.
De la société politique à la société de marché
L'insatisfaction exprimée dans les cahiers révèle aussi le basculement d'une société politique vers une société de marché.
À cette conception utilitariste, les contributions des cahiers de doléances opposent la lutte pour la reconnaissance. Le désir d'être reconnu est une motivation morale originaire qui donne sa dimension proprement humaine à l'entreprise politique. Raviver le sens du possible demande donc de remettre à l’honneur, sous la transaction marchande, cette couche première : le désir d'être reconnu. Cela implique de renouer avec la relation intersubjective, au lieu de la fuir dans la logique du tout-marché atomisé.
Le fait même que ces cahiers aient été ensuite ignorés pendant six ans constitue un déni de reconnaissance aux conséquences profondes. Comment ne pas voir dans cet abandon la confirmation que la parole citoyenne ne pèse rien face aux logiques du pouvoir ? Cette trahison illustre ce que dénonce les thèses du Manifeste convivialiste6 : nos élites politiques semblent naviguer dans un monde replié sur lui-même, de plus en plus étranger aux préoccupations de tous.
Ce déni alimente un ressentiment qui ne peut que s'intensifier. Les citoyens qui ont consciencieusement rempli les cahiers ont joué le jeu démocratique, mais on ne les a pas reconnus pour ce qu'ils étaient : des sujets politiques légitimes.
Restaurer le sens du possible démocratique: vers une éthique convivialiste de la discussion
Les cahiers de doléances nous rappellent pourtant qu'une autre voie est possible. Avec leurs plus de 700 propositions différentes, ils témoignent de cette capacité citoyenne à penser collectivement l'avenir, à formuler des solutions concrètes face à l'adversité.
Restaurer le sens du possible démocratique implique de prendre soin du lien social, d'entretenir un milieu fait d'attentes mutuelles non réductibles au jeu de purs mécanismes concurrentiels. Cela suppose d'accompagner l'épanouissement effectif des citoyens dans les sphères de l'éducation, du travail, de l'habitat, de la culture, où se façonnent les mœurs. Cela appelle une responsabilité partagée entre sphère politique et société civile, gouvernants et gouvernés, pour qu'adviennent des citoyens participants et éclairés.
L'expérience des cahiers de doléances résonne donc particulièrement avec les principes du convivialisme qui prône la construction d'une société où prime la coopération sur la compétition destructrice comme le souligne souvent Patrick Viveret. Celle-ci repose sur un principe essentiel : « s'opposer sans se massacrer ». Elle postule qu'il est possible de former une communauté à la fois politique et discursive dans laquelle les adversaires ne sont pas vus comme des ennemis mais comme une condition nécessaire du débat démocratique. Face à « l'hystérisation des débats mis en scène par la machinerie médiatique », qui aboutit à ce que tout le monde soit « catalogué, étiqueté »7en fonction de ce qu'il est supposé être plutôt que de ce qu'il propose, le convivialisme en appelle à une autre façon de faire de la politique.
La lente émergence de ces cahiers de l'ombre constitue peut-être une opportunité de renouer avec une démocratie plus substantielle.
[1] Sciences Humaines. (2025). On a ouvert les cahiers de doléances. Ce qu'ont dit les Français. Les Grands Dossiers n°78, mars-avril-mai 2025. URL : https://www.scienceshumaines.com/publications/ouvert-les-cahiers-de-doleances-ce-quont-dit-les-francais
[2] Pour en savoir plus sur ce documentaire paru en 2023 : https://www.13prods.fr/les-doleances/
[3] Honneth, A. (2013). La lutte pour la reconnaissance. Gallimard. Paris. Caillé A. (2025), Avez-vous de la valeur ? Le Bord de l’Eau, Bordeaux.
[4] Sen, A. (2001). Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté. Editions O. Jacob. Paris
[5] Voir une illustration de ce lien entre organisation du travail et pratiques démocratiques dans Coutrot, T. (2024). Le bras long du travail : Conditions de travail et comportements électoraux. IRES. URL : https://ires.fr/publications/documents-de-travail-de-lires/n01-2024-le-bras-long-du-travail-conditions-de-travail-et-comportements-electoraux/
[6] Internationale convivialiste. (2020). Second manifeste convivialiste : pour un monde post-néolibéral Internationale convivialiste. Actes Sud. Arles
[7] Nouvel Obs. (2015). Et si on arrêtait de se média-bastonner ? Pour une pensée convivialiste https://www.nouvelobs.com/idees/20151022.OBS8166/et-si-on-arretait-de-se-media-bastonner-pour-une-pensee-convivialiste.html
Les Cahiers Pour décider et agir
Doléances -> Assemblées -> Co-décision
Les propositions des rédacteur·ices de Cahiers de doléances ont été piétinées par Macron et son gouvernement, comme celles des participant·es à la Convention citoyenne pour le climat
Aujourd’hui de nombreuses initiatives et groupes locaux s’organisent pour rendre publiques les propositions qui sont contenues dans les Cahiers.
↪ Le Mouvement des Cahiers est en route !
En partant de ces cahiers citoyens, nous avons conçu une autre manière de faire de la politique, vraiment démocratique : les Assemblées de co-décision. Elles se basent sur les doléances et propositions des cahiers et permettent des décisions collectives pour plus de justice sociale, de justice fiscale et pour une vraie démocratie vivante.
Notre objectif
Populariser la pratique des Assemblées pour décider et agir et montrer au grand public que cette nouvelle manière de faire de la politique pourrait tout changer :
- C'est une solution robuste à la crise d'efficacité et de légitimité qui gangrène notre système politique depuis trop longtemps,
- C'est la mise en pratique du principe démocratique : une participation directe de toutes et tous à l'élaboration des décisions et à l'intérêt général.
Notre équipe
- Sylvie Alphandéry, Membre de la Cinémathèque française.
Initiatrice en 1988 du projet des Cahiers du bicentenaire "Des doléances aux espérances". À travers l’association qu’elle a créée en 2005 ; Autour du 1er mai, Sylvie Alphandéry développe de nombreux projets culturels qui s’attachent à mettre en œuvre une citoyenneté active en favorisant, grâce au cinéma, les échanges et débats apaisés, rencontres entre des mondes qui s’ignorent et qui permettent de sortir de l’entre soi.
. À l’initiative des Rencontres "Cinéma et société" de Tulle, en Nouvelle Aquitaine. Co-réalisatrice du film "Travailler ensemble en territoire zéro chômeur de longue durée", en partenariat avec ATD Quart–Monde, Sylvie Alphandéry est l’initiatrice du projet "Les Cahiers".
. Au sein du projet, Sylvie Alphandéry est co-présidente. Elle anime le réseau de partenaires et fait le lien avec l'écosystème des initiatives liées aux cahiers de doléances et de propositions. - Armel Le Coz, Fondateur de l’ONG Démocratie Ouverte, qu’il a coordonnée pendant plus de 10 ans, Armel Le Coz est un des initiateurs et concepteurs de la Convention Citoyenne pour le Climat.
. Auteur, conférencier, animateur et concepteur d’outils démocratiques depuis 15 ans, il a pu imaginer et tester des dizaines de dispositifs innovants, permettant de réinventer les manières de faire de la politique tant localement (dans des mairies, départements et régions) que nationalement ou même au sein d’entreprises et d’associations.
. Au sein du projet « Les Cahiers pour décider et agir », il contribue à la conception et l’animation des Assemblées et coordonne la rédaction du documentaire ainsi que du scénario de la série.
. Voir le portrait d'Armel Le Coz dans Les Échos https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/municipales-2020-ar%20mel-le-coz-une-journee-avec-le-chantre-de-la-democratie-participative-1180445
https://fr.linkedin.com/in/lecoza/fr - Tristan Rechid, Engagé dans différents mouvements d’éducation populaire depuis 30 ans, directeur de centre social, formateur en intervention sociale, formé au développement du pouvoir d’agir des habitants, co-initiateur et animateur de la liste collégiale et participative de Saillans. Dès 2015, Tristan Rechid témoigne de cette aventure municipale hors du commun et forme plus de 200 collectifs aux outils d’intelligence collective et à la gouvernance partagée. Il a effectué un tour de France pour promouvoir l’émergence de listes participatives en vue des élections municipales de 2020.
. Co-fondateur de la coopérative Fréquence Commune, il accompagne et forme des centaines d’élus et d’agents, partout en France, qui s’engagent au quotidien dans des expérimentations démocratiques majeures.
. Au sein du projet, il contribue à la conception et l’animation des Assemblées pour décider et agir et fait le lien avec les territoires où se déroulent ces assemblées.
. Voir le portrait de Tristan Rechid dans Le Monde
http://www.lemonde.fr/festival/visuel/2016/09/12/ceuxquifont-tristan-re%20chid-propage-la-pandemie-de-la-democratie-participative_4996473_4415198.html - Julien Noé, Fondateur et président de la Coopérative d'énergie renouvelable Enercoop, co-fondateur du Collectif pour une Transition Citoyenne (CTC) et de Coop-médias, Julien Noé est engagé depuis 20 ans dans l'expérimentation d'une troisième voie pour aller vers une société apaisée : démocratique, sociale, solidaire et écologique.
. Au sein du projet, Julien Noé est co-président. Il conseille l'équipe, ouvre son réseau et apporte ses retours d'expériences.
. Profil Linked-in
https://www.linkedin.com/in/julien-no%C3%A9-%E2%8F%9A/?originalSubdomain=fr - Chloé Cayrasso, Présidente de Politiker, une organisation de l'Économie Sociale et Solidaire, Chloé accompagne depuis 10 ans les territoires et organisations dans leurs dynamiques de participation et de transitions, en s’appuyant sur l’ingénierie de la démocratie participative, l’agilité, l’intelligence collective et la régénération.
. Elle développe une palette d’outils et méthodes pour accélérer les transitions vers des modèles coopératifs et régénératifs, afin de répondre aux enjeux économiques, écologiques, sociaux et démocratiques. Elle s’inscrit dans une dynamique de recherche-action, en mêlant entrepreneuriat, enseignement (CNAM, IAE et Dauphine), formation (INET, collectivités et administrations) et accompagnement de projets sur le terrain.
. Au sein du projet, Chloé fait partie de l'équipe permanente (salariée à mi-temps). Elle coordonne l'association et pilote son développement (partenariats, recherche de fonds, représentation...)
. Vidéos pour faire connaissance :
Comprendre les logiques de régénération https://www.youtube.com/watch?v=OfPnRCpZtY0&t=5s
Se projeter vers un système alimentaire qui nous régale tous https://www.youtube.com/watch?v=BN6EVWCQyYg - Martin Rieussec-Fournier, Engagé depuis 15 ans pour la santé planétaire et le renouveau démocratique au niveau local et national, Martin Rieussec-Fournier a notamment fondé le projet #LesJoursHeureux en 2016-2017 et a été directeur de la Primaire populaire en 2021-2022.
. Au sein du projet, Martin Rieussec-Fournier est co-président. Il s’occupe des finances et de la recherche de fonds.
. Pour découvrir ses ouvrages : https://www.bonheurdagir.fr/
Notre mantra « Agissez comme si vous ne pouviez pas échouer », Claude Alphandéry (sans qui rien n'aurait été possible)
Nos partenaires et complices
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Les cahiers pour décider et agir
Association Loi 1901
Paris, France
cahiers@decider-agir.fr
Responsable de la publication : Sylvie Alphandéry
9 décembre 2024 à 17h27 / La rédaction de Mediapart
Présidentialisme et verticalité du pouvoir, institutions obsolètes, extrême droite qui surfe sur la défiance politique : il est grand temps d’aérer notre démocratie. Mediapart réunit une dizaine de personnalités pour en parler mardi soir à 19 heures.
...
émission préparée et présentée par Mathieu Magnaudeix.
Nos invité·es :
- Féris Barkat, activiste, cofondateur de Banlieues climat ;
- Agathe Cagé, doctrice en science politique, ancienne secrétaire générale de la campagne de Benoît Hamon en 2017, directrice de Compass Label, autrice de Classes figées. Comprendre la France empêchée (Flammarion) ;
- Carolina Cerda-Guzman, maîtresse de conférences en droit public, autrice de Sortir de la Ve. Pour une fabrique citoyenne de la Constitution (Éditions du Détour) ;
- Hélène Desplanques, réalisatrice du documentaire Les Cahiers de doléances ;
- Mathilde Hignet, députée La France insoumise-NFP d’Ille-et-Vilaine ;
- Marc Joly, sociologue, chargé de recherche au CNRS, auteur de La Pensée perverse au pouvoir (Anamosa) ;
- Pouria Amirshahi, député de Paris, membre du groupe écologiste et social ;
- Chloé Ridel, députée européenne, porte-parole du Parti socialiste ;
- Clément Sénéchal, ancien porte-parole de Greenpeace, auteur de Pourquoi l’écologie perd toujours (Le Seuil).
Tr.: ... une constitution pour la stabilité mais aussi pour le respect des droits fondamentaux, la séparation des pouvoirs ... conséquence d'une politique volontaire de réduction des recettes ... les services publics sont notre avenir collectif ... symboles de la république, liberté égalité fraternité ... la parole de Macron doit tout écraser ... avoir remis l'extrême droite au centre du jeu est scandaleux ... les chaînes d'info en continu interdisent un débat de fond ... tous les mouvements (gilets jaunes, retraites) étaient tous une demande de démocratie ... explorer le tirage au sort, démocratie directe, préférendum ... c'est le bon moment pour tout remettre à plat ... pas de compromis démocratique avec le capitalisme ... les violences policières devenues la norme ... prisonniers politiques (kanaki, etc) ... changer la façon de faire la politique, laisser la place au gens populaires d'en faire ... un pied sur le terrain, un pied à l'assemblée, permanences mobiles, cafés débats ... les partis fatigués et fatigants ... combiner la rue et la loi ... la verticalité surplomb de Macron bloque ... redonner la parole aux gens ... pris dans ensemble contraignant (ue, etc) ... optimiste par le NFP ... période de transition ... 1:11:30 terminer ACT
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Catégorie Actualités et politique 756 commentaires
Qu’est-ce que le mouvement des Gilets jaunes révèle de l’épuisement de l’organisation politique et économique de notre société ? Quel est le rôle de l’État ? De la société civile ? Quelle place occupe l’écologie dans la transformation de la société ? Dans cet entretien, Bruno Latour livre ses réflexions sur ce moment politique « enthousiasmant ».
Bruno Latour est sociologue, anthropologue et philosophe des sciences.
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Aujourd’hui, ces plaintes tout à fait légitimes sur la réorganisation de la société s’adressent à un État incapable de se transformer rapidement faute d’une société civile active et détaillée. Par exemple, les débats des Gilets jaunes lors de l’assemblée de Commercy restent à un niveau de généralité extraordinaire. C’est compréhensible. Mais cela ne résout en rien le problème d’ajuster l’analyse à cette situation où les gens ont un vocabulaire politique centré soit sur l’identité quand s’ils sont plus à droite, soit sur l’imaginaire révolutionnaire quand ils sont plus à gauche.
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On est obligé de recommencer au niveau individuel puisqu’on a individualisé les gens. Aujourd’hui, un village ne serait absolument pas capable d’écrire un cahier de doléances comme en 1789 parce que les habitants ne se connaissent pas, ou parce qu’ils ont des statuts complètement différents et des intérêts totalement divergents ! C’est incroyable, la diversité d’un village. Et je ne parle pas d’une ville.
Donc, le problème est qu’il faut renouer le lien, l’ancrage ... de quelles ressources dépendez-vous ? La description de votre dépendance va révéler que ce dont vous avez besoin, vous en êtes privé par quelqu’un que vous nommez et qui est là ... nommer les adversaires aussi bien que les alliés dans un paysage que l’on commence à peupler de lieux, d’institutions, de gens
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Sans argent, le néolibéralisme est une immense source de frustration
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Le « grand débat » recueille des opinions ; c’est un vaste sondage sans même le respect des statistiques.
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Le néolibéralisme a individualisé la perception par tout le monde de soi-même et dissous nombre de liens sociaux. Mais ce qui se passe dans le mouvement des Gilets jaunes, par exemple à Commercy, c’est la tentative de refaire un sujet collectif.
Bien sûr !
Il faut passer par là, non ?
Oui bien sûr, mais enfin, vous auriez étonné les vieux militants des années 1960 si vous leur aviez dit qu’un mouvement social, « c’est formidable parce qu’on se retrouve ensemble et qu’on se parle chaleureusement ». De la chaleur, ils en avaient à foison dans d’innombrables cellules, associations, comités, etc. Cela fait penser à Nuit debout, en 2016. C’est important que les malheureux sujets néolibéraux retrouvent des liens de parole et de solidarité, oui, mais ce n’est pas leur faire injure que de reconnaître que c’est juste le début. Ensuite, il faut passer à la description des situations concrètes pour qu’on commence à repérer les intérêts divergents et voir avec qui on s’allie contre qui. Cela m’étonnerait beaucoup que, dans un rond-point, si on poursuivait la description des conditions de subsistance de chacun, on maintiendrait la chaude unanimité que nous décrivent les journaux.
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on ne fait pas une société avec des individus
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refaire maintenant, avec la question écologique, le même travail de réinscription dans les liens et les attachements que le marxisme a fait à partir de la fin du XIXe siècle. Sachant que les êtres auxquels on est relié pour subsister, ce ne sont plus les êtres dans la chaîne de production ou dans les mines de charbon, mais tous les êtres anciennement « de la nature ». Et que c’est beaucoup plus compliqué, et donc, c’est mon argument, beaucoup plus nécessaire.
Donc, ce travail, qui va le faire ? Pas l’État. Pas des experts, même s’il faut des experts, des sociologues, des économistes… Il n’y a que les gens eux-mêmes !
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Dans l’ancien régime, le climat n’était pas intégré à la politique. Maintenant, il est intégré à la politique comme un des enjeux essentiels. Et ce n’est pas tant par la question du CO2 que par celle des conditions de subsistance. Le terme de « crise de subsistance » est un terme de la Révolution française qui n’est pas inexact quand on l’applique à notre situation. Nous vivons bien une « crise de subsistance ». Nous nous apercevons qu’il faut se poser la question : « Que fait-on quand les insectes, les glaces, les êtres vivants disparaissent ? »
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se poser trois questions : « Quels sont les êtres et les choses qui vous permettent de subsister ? » Et pas seulement d’argent. Puis : « De quoi dépendons-nous ? Qui dépend de nous ? » Et ensuite : « Que sommes-nous prêts à défendre ? Qui sommes-nous prêts à attaquer ? Avec qui se défendre ? »
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quand 1789 est arrivé, il y avait eu trente ou quarante ans de discussions dans toutes les élites et dans le Tiers État sur les réformes à faire. Aujourd’hui, l’État français n’a pas la moindre idée de comment sortir du système de production et passer à une situation écologico-compatible. En fait, ce n’est pas à l’État de le penser, il n’en est pas encore capable.
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On n’a jamais eu de révolution qui attendait de l’État sa transformation…
Il y a quand même un jeu par rapport à l’État. Il organise le « grand débat », en espérant que cela va affaiblir le mouvement social.
C’est du petit machiavélisme !
C’est la bataille du moment.
Oui, mais elle ne m’intéresse pas. Moi, je suis plutôt tourné vers le futur, et ce n’est pas la peine d’être prophète pour prévoir que la crise actuelle préfigure toute celles qui vont venir : comment concilier justice sociale et atterrissage sur la terre… ou ce que j’appelle le terrestre.
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des milliers de gens, dont beaucoup de jeunes, ont totalement changé de direction dans la vie. Il se produit une reterritorialisation, une réimplantation. C’est ce que doit faire la société : s’ancrer.
Le problème est qu’elle ne sait pas où elle est. Si on change de Terre, avec le nouveau régime climatique, c’est comme de déclarer que la Terre tourne autour du soleil. C’est une mutation de même ampleur. C’est ce qui est à la fois excitant et angoissant. Mais ne nous plaignons pas : enfin ça bouge !