Décarbonation - 8 min
Beaucoup pensent qu’il faudrait arrêter de subventionner l’éolien et le photovoltaïque, qui coûteraient un pognon de dingue, alors que la France peut s’appuyer sur son nucléaire. Vraiment ?
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Le projet de PPE soumis à consultation au printemps dernier prévoyait a minima, d’ici à 2035, une multiplication par 3,5 du photovoltaïque, non loin d’un doublement de l’éolien terrestre et une multiplication par près de quarante de l’éolien marin. A cet horizon, ces sources représenteraient alors, selon le scénario « bas », une production de 242 térawattheures (TWh) (35 % du mix électrique), contre 73 TWh en 2023 (12 %).
Le black-out ibérique du 28 avril a été du pain bénit pour les ennemis des « énergies renouvelables intermittentes » qui y ont vu la preuve de leur faillibilité. A ceci près que, selon le rapport du gouvernement espagnol, leur place dans le mix électrique (43 %) était sans lien avec la cause de l’accident.
Outre l’Espagne, plusieurs pays européens affichent déjà des taux de pénétration supérieurs à l’objectif de la PPE française en 2035, dont 39 % en Allemagne et 61 % au Danemark. Et la gestion de la variabilité de ces sources, lesquelles permettent de réduire le recours aux centrales à gaz et à charbon, n’est simplement pas un sujet. Même des taux de 100 % seraient à terme techniquement atteignables, comme l’ont montré, pour la France, les travaux prospectifs de RTE, de l’Ademe ou de l’Institut négaWatt.
Le mensonge des 300 milliards d’euros pour les renouvelables
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Des chiffres mensongers, que peu de médias se sont employés à déconstruire1. Côté réseaux, RTE a en réalité annoncé un plan d’investissement de 94 milliards d’euros sur quinze ans dont 37 milliards pour le raccordement des parcs éoliens marins. Le programme d’Enedis, 96 milliards d’euros d’ici à 2040, prévoit quant à lui 10 milliards pour les raccordements de capacités renouvelables. Soit 47 et non 130 milliards sur 190. L’essentiel des investissements de réseau porte sur son renouvellement et son renforcement face à une demande d’électricité qui doit croître dans un contexte de décarbonation de l’économie et face à des aléas climatiques également grandissants.
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Dans le cas d’un scénario de prix médian (70 €/MWh), ce soutien tombe entre 31 et 51 milliards d’euros sur trente-cinq ans. Enfin, dans l’hypothèse de prix élevés (95 €/MWh), c’est l’Etat qui s’enrichit, avec un gain estimé entre 29 et 42 milliards d’euros. De toutes ces hypothèses, l’ultradroite ne retient que la plus pénalisante (tout en grossissant la facture), alors qu’il n’est pas déraisonnable de penser qu’une hausse de la demande d’électricité, corollaire d’une sortie des énergies fossiles, en soutienne les prix sur le long terme.
Baisse de la facture des importations de pétrole et de gaz
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Si l’objectif est d’avoir ramené la part des fossiles dans la consommation d’énergie en France de 60 % aujourd’hui à 30 % en 2035 (avant d’atteindre zéro ou presque en 2050), cela va faire baisser la facture des importations françaises de pétrole et de gaz (et encore un peu de charbon), de l’ordre de 60 milliards d’euros par an.
Pour y arriver, il faut d’une part faire des économies d’énergie (le passage du moteur thermique au moteur électrique qui a un rendement trois fois supérieur y aidera beaucoup). D’autre part, faire progresser la consommation d’électricité décarbonée, donc sa production.
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Si des nouveaux réacteurs nucléaires étaient mis en chantier dès aujourd’hui, ils ne seraient pas opérationnels avant dix ans, compte tenu de la durée des travaux, et c’est un euphémisme. Les possibilités d’accroître la production annuelle du parc nucléaire existant sont par ailleurs limitées, tout comme le développement de nouvelles capacités hydrauliques.
Dans cette situation, la seule option rationnelle est de développer les sources qui sont à la fois les moins chères et les plus aisées et rapides à déployer industriellement. En l’occurrence l’éolien et les grandes installations photovoltaïques.
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le faux-nez d’un discours de déni climatique et de défense, consciente ou non, des intérêts pétrogaziers ...