Vendredi 6 mars 2026 / France Inter - La Terre au carré Par Mathieu Vidard
Enfant fasciné par le ciel, Serge Zaka utilise aujourd'hui sa passion pour la météo afin d'aider les agriculteurs à s'adapter au dérèglement climatique. Portrait d'un agroclimatologue au chapeau de cow-boy devenu star des réseaux.
Avec Serge Zaka, Ingénieur agronome et docteur en agro-climatologie
Ses parents fuient le Liban en guerre sous une pluie de bombes pour se réfugier en France en 1991. Serge Zaka n'a que deux ans. Depuis il n'a cessé de scruter le ciel pour y observer les phénomènes météorologiques : précipitations, nuages, températures... A huit ans, ce fan de Joël Collado et Catherine Laborde note déjà soigneusement toutes ses observations dans de grands classeurs qu'il a conservés jusqu'à aujourd'hui. Dans sa biographie, Orages sur le climat (Harper Collins, 2025) il écrit : "je pense que c’est en notant le temps qu’il faisait chaque jour que j’ai appris à appréhender et apprivoiser le monde qui nous entoure." Adolescent, il devient chasseur d'orages. Avec ses amis de la communauté Infoclimat.fr, il parcourt la France pour prendre en photo les plus beaux éclairs. En 2021, il remporte le prix de la plus belle photo du monde décerné par la Royal Meteorological Society.
Photo d’orage prise à Théoule-sur-Mer près de Cannes en 2020 - Serge Zaka
A la fin des années 2000, Serge Zaka étudie l'agronomie afin d'appliquer sa passion pour la météo au domaine agricole car il constate qu'il n'y a que très peu de spécialistes. Rares sont les agronomes qui s'intéressent au climat et inversement. Pourtant le dérèglement climatique - hiver trop doux, printemps précoce ou gel tardif - bouleverse chaque année davantage le travail des agriculteurs.
La déconnexion croissante avec le monde agricole
Le monde contemporain s'est éloigné de ses racines agricoles, un phénomène accentué depuis la Seconde Guerre mondiale. L'urbanisation croissante et la distance physique et temporelle entre les lieux de production et de consommation ont érodé la connaissance des cycles naturels et des savoir-faire ancestraux. "Et d'ailleurs, souligne Robert Zaka, j'ai 36 ans et ma génération est la première génération des êtres humains, dont aucun parent ne peut, par exemple, travailler la terre ou travailler l'agriculture. C'est inédit dans l'histoire de l'humanité."
Cette déconnexion, exacerbée par la disponibilité constante des produits en magasin et la facilité de livraison à domicile, masque la réalité du travail agricole et la dépendance de l'alimentation vis-à-vis des conditions climatiques et des efforts humains.
Les impacts du changement climatique sur l'agriculture : une réalité pressante
L'agriculture, intrinsèquement liée au climat, subit de plein fouet les dérèglements climatiques actuels. Si les avancées technologiques ont permis une certaine maîtrise de la fertilité et de la génétique, le climat reste indomptable. "L'homme n'a jamais su dompter le climat, il est toujours dépendant du climat, et avec les assauts climatiques, c'est vrai qu'on a eu une période de stabilité climatique depuis la Seconde Guerre mondiale, où on avait quelques accidents, on retrouve par exemple la sécheresse de 1976, quelques gels tardifs, quelques excès d'eau."
En 2019 un nouveau record absolu de chaleur national est battu : 46 °C à Vérargues dans l'Hérault. Serge Zaka habite dans le département et assiste aux ravages provoqués par cette sécheresse foudroyante sur les cultures. Choqué par l'ignorance du grand public et des responsables politiques, le jeune agronome décide de vulgariser les effets du dérèglement climatique pour repenser l'agriculture de demain. Il est notamment très actif sur les réseaux sociaux où il est régulièrement la cible de climatosceptiques.
À écouter
Cyclones, dans l'oeil du phénomène
La Terre au carré
35 min
Lors de cette émission Serge Zaka évoque avec beaucoup d'émotion la situation au Liban, sa terre natale. Vous découvrirez également l'histoire de son fameux chapeau.
Références Météo-France Environnement Biodiversité Écologie Climat Changement climatique
Connu / https://bsky.app/profile/sergezaka.bsky.social/post/3mhd3xsx7hk2f
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@sergezaka.bsky.social
L’adaptation agricole n'est pas sans limite. Avec des températures pouvant atteindre 45/50°C en France post-2050, aucune agriculture tempérée actuelle ne pourra réellement s’adapter. Je préfère être limpide avec vous : cela signifie des pertes nettes, irréversibles, et de la mortalité végétale.
1/4 - 09:46 · 18 mars 2026
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- Dr. Serge Zaka @sergezaka.bsky.social · 1j
Je ne suis pas catastrophiste. C’est une réalité biologique. Le 28 juin 2019, en France, un stress thermique de grande ampleur a frappé le Languedoc : pertes foliaires, brûlures, mortalité importante… à "seulement" 46,1°C.
2/4
- Ce seuil nous rappelle qu’il existe des limites physiologiques que le vivant ne peut pas dépasser. Quoiqu'on investisse, même des OGM, quelques soit la molécule magique que vous trouverez, l'argent ne dépassera pas la réalité BIOLOGIQUE.
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- La meilleure stratégie d’adaptation pour l’agriculture après 2050 ? C’est vachement clair : réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre. Sans cela, aucune adaptation ne sera suffisante.
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