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La boîte à outils économiques de LFI, et 3 autres conseils de lecture
Lecturama
En tête de notre sélection cette semaine, une plongée, avec le codirecteur du département économie de l’Institut La Boétie, aux origines des idées qui alimentent le programme de Jean-Luc Mélenchon pour la prochaine présidentielle.
La rédaction, le 3 octobre 2026
6 min
© Quentin Faucompré
Chaque samedi, Alternatives Economiques sélectionne pour vous des livres qui méritent d’être lus.
Cette semaine, nous vous conseillons Mélenchonomics. Pour une économie démocratique, écologique et populaire, par Eric Berr ; Bienvenue en 2055. Dans un monde neutre en carbone, par Magali Reghezza-Zitt ; Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite, par Sylvain Bourmeau ; Malbouffe. On arrête tout et on réfléchit !, par Charles Adrianssens, Marie Hégly et Paul Montjotin.
1/ « Mélenchonomics. Pour une économie démocratique, écologique et populaire », par Eric Berr
Eric Berr, l’auteur de ce livre, codirige le département économie de l’Institut La Boétie qui sert de boîte à idées à Jean-Luc Mélenchon. Autant dire qu’il est bien placé pour essayer de nous convaincre que le programme économique du candidat insoumis à la présidentielle n’est pas dû au hasard mais s’inscrit dans une réflexion de fond.
On pourra passer les deux premiers chapitres sans trop de problèmes : ils rappellent la montée des idées économiques libérales en général et la façon dont elles ont percuté certains choix de politique économique en France. Un résumé classique et déjà beaucoup lu.
La suite est plus forte, car elle commence par expliquer les bases théoriques des « Mélenchonomics ». L’économie dominante s’intéresse au fonctionnement des marchés, qu’elle souhaite améliorer, dans un monde aseptisé composé de producteurs et de consommateurs. La vision de La France insoumise (LFI) part de Marx et de Keynes. Du premier, elle retient que dans la vraie vie, il y a des rapports de force sociaux, en particulier entre les détenteurs du capital et les salariés. Du second, que les questions de répartition sont centrales.
Théorie et pratique
Comme Keynes, Eric Berr souligne que c’est l’investissement privé qui donne le la de l’activité économique. Or, la décision d’investir dépend du niveau de production désiré par les entrepreneurs, qui dépend à son tour des perspectives de ventes et de la confiance dans l’avenir. Cette confiance, l’investissement public, en soutenant l’activité, la nourrit. Quant aux ventes, elles dépendent du pouvoir d’achat des ménages et donc de leurs revenus.
On retrouve ainsi les principales propositions de LFI : soutenir le revenu des ménages les moins aisés, ceux qui consomment le plus (augmentation du Smic, redistribution fiscale des plus riches vers ceux qui le sont moins, etc.). Et engager un vaste programme d’investissements publics, orienté vers le soutien des services publics (acteurs clés pour réduire les inégalités) et vers la lutte contre le réchauffement climatique. Laquelle est un objectif d’intérêt général qui réclame une coordination de l’ensemble des agents économiques, d’où la nécessité d’une planification écologique.
Le substrat théorique se tient. Comment se décline-t-il en pratique ? Eric Berr reconnaît que les dépenses publiques iront plus vite que les recettes issues des augmentations d’impôts, que cela creusera le déficit et la dette. Or, une bonne partie du livre dénonce le financement de la dette par les marchés dont il est dit qu’ils nous mettent sous leur coupe. La solution ? Constituer un grand pôle bancaire public avec « une reprise en main politique du crédit ».
Comme il est également suggéré une dose de protectionnisme et de contrôle des capitaux, la France pourrait se trouver en porte-à-faux avec certaines règles de l’Union européenne. Il est alors conseillé de recourir à une « désobéissance ciblée » vis-à-vis des traités européens, sans que le niveau de désobéissance et la liste des cibles soient totalement explicités.
Cette recension résume à grands traits les propositions du livre qui sont bien plus détaillées. Que l’on y adhère ou pas, l’ouvrage a le mérite d’expliquer de manière très claire d’où viennent les idées économiques de LFI. En cela, il mérite la lecture. ► Christian Chavagneux
Mélenchonomics. Pour une économie démocratique, écologique et populaire, par Eric Berr, Les liens qui libèrent, 2026, 219 p., 18 €.
2/ « Bienvenue en 2055. Dans un monde neutre en carbone », par Magali Reghezza-Zitt
Ce livre propose une fiction scientifique. L’autrice, ancienne membre du Haut Conseil pour le climat, se met en scène au soir de sa vie, vivant dans une société qui a fini par prendre le virage de la transition écologique, dans un monde neutre en carbone. Mais cette fiction est adossée à la connaissance scientifique : le monde de 2055 est le prolongement direct du nôtre. Les solutions mises en œuvre sont celles versées au débat public aujourd’hui et l’année 2055 n’est pas idyllique. Il y a des journées de canicule à 50 °C, mais les temps d’école et de travail ont été repensés. Les petits commerces en centre-ville ont rouvert de sorte qu’on fait ses courses à pied. La ville a changé d’aspect, il y a partout des haltes végétalisées qui favorisent les moments conviviaux et collectifs.
Magali Reghezza-Zitt met à plusieurs reprises différentes options sur la table : certains pays ont pris un virage plus technologique pour l’agriculture que d’autres. Il est clair cependant que la croissance verte n’a pas sauvé le monde. Il a fallu à la fois s’adapter et surtout atténuer le réchauffement climatique. Très joliment illustré par Marc Bati, ce livre redonne de l’espoir et l’envie d’agir. Par les temps qui courent, il serait dommage de s’en passer. ► Céline Mouzon
Bienvenue en 2055. Dans un monde neutre en carbone, par Magali Reghezza-Zitt, Seuil, 256 p., 21,50 €.
3/ « Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite », par Sylvain Bourmeau
Le refrain est bien connu : c’est la petite bête brune qui monte, qui monte… On ne compte plus les ouvrages qui s’efforcent de saisir les facteurs de l’ascension de l’extrême droite dans notre pays. En voici un nouveau qui mérite l’attention. Le journaliste et responsable du site AOC, Sylvain Bourmeau, y défend la thèse que le succès grandissant de l’extrême droite ne tient pas tant à la force de ses idées ou à l’habileté de ses responsables qu’à un climat de confusion intellectuelle entretenu – notamment – par les médias, y compris les plus respectables.
Si l’auteur semble par moments y régler ses comptes avec certains qu’il prend particulièrement pour cibles, cela n’empêche pas son plaidoyer d’être étayé par un faisceau d’exemples édifiants, tout en étant appuyé sur de nombreux travaux de sciences sociales. Il faudrait néanmoins s’interroger sur l’influence réelle des médias élitistes sur lesquels l’auteur se focalise ici, et qui laisse l’impression de tirer sur une ambulance, aussi défectueuse soit-elle. Il n’en reste pas moins une réflexion particulièrement bienvenue sur ce que le pluralisme, notion aujourd’hui largement galvaudée, signifie réellement. ► Igor Martinache
Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite, par Sylvain Bourmeau, coll. Charges, La Découverte, 2026, 192 p., 15 €.
4/ « Malbouffe. On arrête tout et on réfléchit ! », par Charles Adrianssens, Marie Hégly et Paul Montjotin
La malbouffe n’est pas la somme de mauvais choix individuels mais bien le « produit d’un système », explique cet ouvrage collectif engagé et documenté, fondé sur de nombreuses données chiffrées. 55 % des Français considèrent qu’il est trop cher de manger équilibré. L’obésité a quant à elle doublé en France depuis 1997, passant à 17 % de la population adulte en 2020 (et non de la population totale en 2023, comme il est écrit). Les aliments ultratransformés y représentent 31 % du régime alimentaire des adultes. En cause, le fait que l’industrie alimentaire a choisi de vendre toujours plus de repas et de denrées, à des coûts toujours plus bas, selon des formats standardisés et mauvais pour la santé.
Face à cela, les auteurs proposent de multiples solutions : mettre davantage l’accent sur la souveraineté alimentaire, rendre le Nutri-Score obligatoire, développer les Amap, taxer davantage les boissons sucrées et les sucres ajoutés, soutenir l’agriculture biologique, étendre la sécurité sociale de l’alimentation… Ils sont bien conscients que nous vivons une période de reculs environnementaux mais proposent même, au-delà, une loi Evin de l’alimentation. ► Naïri Nahapétian
Malbouffe. On arrête tout et on réfléchit !, par Charles Adrianssens, Marie Hégly et Paul Montjotin, Rue de l’échiquier-Agir pour l’environnement, 2026, 120 p., 13,90 €.