Tique à l'oeuvre ©Getty
Vieilles de millions d'années, les tiques sont d'une résistance remarquable. Sarah Bonnet, spécialiste de ces arachnides, retrace leur évolution et leur cohabitation forcée avec le vivant.
« Il était devenu urgent de s’y intéresser explique Sarah Bonnet car c’est le deuxième pourvoyeur d’agents pathogènes dans l’hémisphère Nord pour les humains, après le moustique, et le premier pour le monde vétérinaire ».
Une histoire millénaire d'adaptation et de survie
Les tiques, ces minuscules arachnides, sont présentes sur Terre depuis des centaines de millions d'années, bien avant l'apparition des dinosaures. Elles ont traversé les extinctions massives et les bouleversements climatiques, témoignant d'une incroyable capacité d'adaptation. Longtemps considérées comme des parasites d'animaux, leur rôle dans la transmission de maladies, notamment la maladie de Lyme, les a propulsées sur le devant de la scène publique ces dernières décennies. Leur progression actuelle s'explique par une combinaison de facteurs environnementaux et anthropiques, incluant le réchauffement climatique, mais aussi les transformations des paysages et les pratiques agricoles.
Une biologie fascinante et des distinctions clés
Malgré leur petite taille, les tiques possèdent une biologie complexe et se déclinent en quelque 900 espèces à travers le monde, regroupées principalement en deux grandes familles : les tiques dures et les tiques molles. "Les tiques dures explique Sarah Bonnet, ont une partie de leur corps qui est une cuticule très dure, qui n’est pas déformable, et même quand elles vont prendre cet énorme repas sanguin qui va les faire grossir énormément, parfois plus de 100 fois pour certaines espèces, il y a toujours cette petite partie de leur corps qui reste dure et indéformable, alors que les tiques molles n’ont pas cette petite partie du corps qu’on appelle le scutum, elles sont donc molles, elles ont un tégument un peu rugueux."
La différence morphologique et biologique entre ces deux groupes influence leur cycle de vie et leur comportement. Par exemple, les tiques dures ne prennent qu'un seul repas sanguin par stade de développement, tandis que les tiques molles peuvent se nourrir plusieurs fois, et les femelles pondent des œufs après chaque repas.
Les tiques, vecteurs de maladies et leur évolution
Les tiques sont reconnues comme des vecteurs de maladies importantes, la maladie de Lyme étant la plus prévalente en Europe chez l'homme. Bien que la découverte de sa transmission remonte aux années 1970, la bactérie responsable, Borrelia, est présente depuis des millénaires, comme en témoignent des découvertes sur des momies. L'ampleur de la maladie a crû ces dernières décennies, rendant le diagnostic complexe en raison de symptômes peu francs, lui valant le surnom de grande manipulatrice.
En France, 41 espèces de tiques sont présentes, dont la plus importante en termes quantitatifs (fréquence et abondance) et pour la santé humaine et animale est Ixodes ricinus, vecteur entre autres des bactéries borrelia à l’origine de la maladie de Lyme.
Aujourd’hui, près de 50 000 personnes par an sont infectées, avec un pic de 60 000 cas atteint en 2020, contre près de 30 000 en 2009, selon Santé publique France.
À écouter
L'infectiologue Alice Raffetin spécialiste de la maladie de Lyme
L'invité du 13/14
14 min
Clés : Environnement Biodiversité Écologie