Reproduction d’une femme de Néandertal ayant très certainement occupé les grottes des Asturies (Espagne) Musée archéologique national de Madrid ©Getty - Cristina Arias
Parfois décrites comme des femmes passives, cantonnées au foyer, encombrées d’enfants et parfois, à l'inverse, comme des femmes émancipées, chasseuses, fortes : que nous disent véritablement les données archéologiques des femmes de la préhistoire ?
Avec Anne Augereau, protohistorienne, archéologue à l’INRAP. Elle enseigne dans les universités de Paris 1, Paris Nanterre, de Bourgogne, à l’École du Louvre et à l’EHESS.
Depuis le début du XXe siècle, les sciences humaines (anthropologie, sociologie, histoire, philosophie) ont analysé la domination masculine comme un phénomène social quasi-universel, structurant les rapports de pouvoir entre les sexes. Elle vise à maintenir les femmes sous l'autorité des hommes dans une relation hiérarchique.
Anne Augereau, dans son ouvrage "Une préhistoire des femmes" publié aux éditions La Découverte, adopte une posture objective sur la condition des femmes dans la Préhistoire. Elle revient sur les discours actuels qui dépeignent la femme préhistorique comme libre, égale de l’homme. Si ces discours peuvent être plaisants, ils sont selon elle infondés. Ces visions sont le fruit de fantasmes contemporains.
A quand remonte la domination masculine et le patriarcat ?
Analyser les preuves matérielles du genre disponibles (outils, sépultures, pathologies osseuses…) permet d'obtenir un aperçu de la condition des femmes de la Préhistoire. Si, dans la plupart des cas, les preuves sont insuffisantes ou trop fragmentaires pour conclure, trois "invariants" sont identifiés : des indices récurrents, qui suggèrent une hiérarchie genrée très ancienne.
Dès l’époque de Néandertal, les hommes et les femmes exerçaient des activités distinctes. Les données osseuses révèlent que les hommes présentent une plus forte asymétrie musculaire du bras droit, signe d’activités unimanuelles répétées. Les femmes, en revanche, montrent des signes d’activités bimanuelles. Leur mobilité quotidienne était aussi moindre, comme le suggère la forme des os des jambes. Cette répartition n’est pas neutre : elle traduit une hiérarchie d’accès aux moyens de production, et donc une domination masculine par le contrôle de ces outils.
Les armes létales semblent également relever du monopole des hommes. Elles sont majoritairement associées aux tombes masculines. Les hommes portent aussi plus souvent des traces de blessures. Ce contrôle des moyens de la violence donne aux hommes une position dominante.
Enfin, dès le Paléolithique moyen, les femmes procréent significativement plus jeunes que les hommes et ont plus d’enfants. Cette précocité suggère une volonté sociale d’exploiter au maximum la période fertile des femmes, les "immobilisant" par le mariage et la maternité. Les responsabilités maternelles, combinées à des unions précoces, ont probablement encadré fortement la vie des femmes préhistoriques.
La domination masculine serait un invariant de l’histoire humaine, observable dès 300 000 ans avant notre ère. Mais elle n'est probablement pas uniforme : son intensité varie selon les groupes.
À écouter
Marylène Patou-Mathis : "La Préhistoire est plurielle, ce sont des sociétés préhistoriques"
Le Grand portrait
19 min
Les implications de l'archéologie du genre aujourd’hui
Les conclusions d’Anne Augereau ne font pas l’unanimité. D’autres archéologues soulignent la diversité des sociétés préhistoriques. Certaines sociétés étaient peut-être matrilinéaires, voire égalitaires. Si la domination masculine est si ancienne, est-elle immuable ? L'humain est une espèce culturelle, capable de modifier ses structures sociales. L’ancienneté d’un trait ne le rend pas inéluctable. La lutte féministe, en connaissant les racines profondes du patriarcat, peut se révéler plus efficace.
Un "troisième genre" ?
Certaines découvertes archéologiques restent en suspens : pourquoi certaines femmes avaient-elles un statut particulier ? Pourquoi certaines portaient-elles des vêtements ou des armes masculins ? Pourquoi quelques individus seulement, et non tous ? Ces cas suggèrent l’existence d’un « troisième genre », mais les preuves manquent pour en tirer des conclusions. Ces interrogations ouvrent des pistes de recherche essentielles, encore inexplorées.
Clés : Environnement Société Sciences et Savoirs Égalité femmes-hommes Biodiversité Histoire Préhistoire Homo sapiens Sexisme Féminisme
Tr.: ...
/division sexuelle du travail, signe fort de la domination masculine les hommes qui font la guerre ... indices convergent ... la boussole, les vestiges, poser des questions ...
139 Followers - 14 min read - May 25, 2016
Ndlr en partie traduit en fr à https://fr.linkedin.com/pulse/fr%C3%A9d%C3%A9ric-laloux-le-chercheur-dopale-alexandre-dana-uxk6f
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Alexandre Dana
LiveMentor + 23h59, directeur de collection @Eyrolles, au micro de @Métamorphose Publié le 4 déc. 2023
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creuser l'oeuvre de Frédéric Laloux
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ne pas voir dans ce stades une évolution du pire vers le meilleur :
« Les difficultés commencent dès lors que nous croyons que les stades avancés valent mieux que les stades initiaux. Il est plus juste de définir les stades avancés comme des façons plus complexes d’entrer en relation avec le monde […] Chaque niveau a sa face claire et sa face obscure (…) La modernité Orange, par exemple, inflige à la planète des blessures infiniment plus profondes que ce dont les stades précédents auraient été capables. Une autre façon d’éviter de donner une valeur aux différents stades est de reconnaître que chacun est adapté à un contexte particulier. »
Le stade évolutif Opale (et ses limites)
Frédéric Laloux ne s’arrête pas là. Après avoir présenté l’évolution des modes d’organisation, il en propose un nouveau : le stade Opale. Son intention est ni plus ni moins de proposer un nouveau paradigme, qui là encore mérite d’être étudié en profondeur, mais reposant sur trois piliers :
- L’auto-gouvernance : chaque collaborateur doit être rendu le plus autonome possible. L’organisation est divisée en groupes d’une douzaine de membres maximum, qui gèrent eux-mêmes leurs plannings, logistique, congés, formations, clients, recrutements,…
- La raison d’être évolutive : l’organisation, considérée comme un organisme vivant, doit avoir une fonction claire et intelligible pour tous ses membres, qui doivent également savoir pourquoi ils choisissent d’y participer. Et du fait qu’il s’agit d’une entité vivante, alors sa raison d’être doit pouvoir changer dans le temps, en fonction du contexte.
- La plénitude : il s’agit de permettre aux individus au sein de l’organisation de réconcilier leurs identités professionnelles avec leurs identités personnelles, de leur permettre d’être eux-mêmes sans craindre d’être jugés.
En plus de ces trois piliers, Laloux propose un ensemble de valeurs, comme le fait d’accepter l’adversité, d’avoir une sagesse dépassant le rationnel, de rechercher l’authenticité dans les rapports avec le vivant sous toutes ses formes, ou encore maîtriser les peurs de l’ego.
Bien que Reinventing organizations se soit imposé comme une référence pionnière pour révolutionner nos modes d’organisations, il a tout de même rencontré une critique qui nous semble pertinente, de la part de Jessica Prentice. Cette cheffe cuisinière californienne est connue pour avoir co-fondé Three Stone Hearth, un restaurant communautaire qui comporte également une coopérative de produits locaux dans la région de San Francisco. Son travail mêle traditions alimentaires, approches communautaires et écologie, en allant puiser dans la sagesse et les connaissances des peuples Amérindiens. Dans un article publié sur Medium elle fait remarquer que le mode d’organisation et les valeurs proposée par Laloux dans son stade Opale correspondent exactement aux modes de gouvernances adoptés par les peuples Amérindiens pendant des siècles avant l’arrivée de colons. Elle voit donc un certain danger dans la vision ethno-centrée de Laloux, qui semble s’attribuer la découverte d’idées qui sont en fait mises en pratique dans d’autres cultures millénaires…
Nous vous laisserons donc sur cette fascinante question : pouvait-on déjà trouver le stade Opale au Paléolithique ?
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