C'est pour demain
Publié le dimanche 10 mai 2026 à 07:20
3 min
Aujourd’hui, on se demande si l’on peut critiquer l’intelligence artificielle sans passer pour un réfractaire au progrès, qui se serait en d’autres temps opposé à l’arrivée du chemin de fer.
On risque aussi d’être qualifié de « luddite », le nom donné à ces ouvriers du textile restés dans les mémoires pour s’en être pris aux machines à tisser qui menaçaient leurs emplois, pendant la révolution industrielle.
La remise en cause de la technique n’a pas bonne presse. Le philosophe Gunther Anders écrivait déjà, en 1956, déjà que « rien ne discrédite plus promptement un homme que d’être soupçonné de critiquer les machines ». Cela revient à passer pour un individu obsolète, qui a raté le coche de l’histoire, bref, pour un réactionnaire.
Abel Quentin se risque au rejet de l’IA
L’écrivain et avocat Abel Quentin a justement pris le risque de passer pour un technophobe bas du front, avec son livre « Sanctuaires », paru aux éditions de l’Observatoire « Sanctuaires », un essai décapant où il se risque à une critique radicale de l’intelligence artificielle.
Abel Quentin s’étonne en effet que cette technologie rencontre aujourd’hui peu de résistance. Je le cite : « L’IA recueille un mélange de sidération, d’espoir et de résignation. Nous l’accueillons comme un rayon de soleil, une averse hostile ou une brise tiède, soit un phénomène météorologique dont il faut bien prendre son parti ».
Selon lui, le discours dominant, c’est que cette technologie est déjà là, et qu’il faut tout simplement s’y adapter : un discours fataliste que relaient les entrepreneurs de la tech, comme Arthur Mensch, PDG de la start-up française Mistral, comme dans cette interview à Brut, en février 2025.
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Il y explique que le seul danger de l’IA, c’est de renoncer à l’utiliser, un discours qui fait bondir Abel Quentin, pour qui le danger consiste précisément à utiliser l’IA : une technologie qu’il décrit comme une catastrophe écologique, qui atrophie notre intelligence en nous encourageant à déléguer à la machine nos capacités de réflexion.
La possibilité du boycott
Or, rappelle-t-il, rien ne nous oblige à avoir recours à l’IA générative, que ce soit pour écrire nos mails ou pour trouver une recette de tarte aux quetsches.
Le gain de temps offert pèse très peu, à ses yeux, face au risque de régression civilisationnelle. Face aux dangers de l’IA, nous avons donc pour Abel Quentin une arme simple à notre disposition : le boycott.
Est-ce une idée porteuse ? On peut s’interroger. Abel Quentin évoque d’ailleurs de lui-même l’image du « barrage contre le Pacifique » : c’est à dire l’image d’une tentative vaine et désespérée, condamnée à être balayée par les éléments.
On peut aussi rappeler que trois ans et demi après l’émergence de ChatGPT, les Français sont déjà 48% à utiliser l’IA générative, un chiffre qui monte à 85% chez les 18-25 ans Bref, la vague est là, et elle sera probablement difficile à stopper.
À écouter
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Mais le livre d’Abel Quentin reste révélateur de l’émergence d’un nouvel idéal moral, qu’on peut comparer au végétarisme par exemple : une morale incitant l’individu à refuser l’IA, de la même manière certains appellent à refuser la viande, une morale facile à moquer, comme étant rétrograde et anti-progrès, mais qui a sans doute de beaux jours devant elle.
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Elle parle de "globocide" pour décrire la destruction de l'ensemble du Système Terre. Un terme utilisé par le philosophe allemand Gunther Anders pour désigner l'extermination des êtres humains par la bombe atomique. "Le monde est en train de s'effondrer sous nos yeux, comment ne pas agir en conséquence ?"
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