Décryptage
Par Sarah Benhaïda (Mediapart) - le 10/03/2026 à 09h00 - 99 commentaires
Candidat malheureux en 2020, le communiste Jean-Paul Lecoq est de nouveau en campagne pour conquérir la mairie. Entre montée de l’extrême droite et efforts redoublés à gauche pour faire voter les quartiers populaires, il menace Édouard Philippe et ses ambitions présidentielles.
« Les Havrais parlent aux Havrais », dit-il aux journalistes venu·es de Paris. Ce pourrait être son slogan, c’est en tout cas sa marque de fabrique. Pour la deuxième fois consécutive, le député communiste Jean-Paul Lecoq a décidé de repartir en campagne pour ravir la mairie du Havre. L’ancien maire de la commune voisine de Gonfreville-l’Orcher y affrontera de nouveau Édouard Philippe, qui lie ses ambitions présidentielles à sa réélection.
Avec cette année, une équation nouvelle : une montée du vote d’extrême droite aux derniers scrutins nationaux et le parachutage d’un candidat issu du parti ciottiste Union des droites pour la République (UDR), Franck Keller, arrivé de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) pour mettre en difficulté l’ancien premier ministre d’Emmanuel Macron. Battu par Édouard Philippe en 2020, Jean-Paul Lecoq escompte cette fois-ci réussir là où la gauche échoue depuis trente ans ans.
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La réalité du Havre, second port français pour le trafic global derrière Marseille (Bouches-du-Rhône) et premier pour le trafic des conteneurs, c’est un taux de pauvreté de 23 %. Et un taux de chômage de 9 % – « le plus haut de la région Normandie, avec un emploi industriel sur quatre supprimé entre 2008 et 2018 dans la région havraise », énumère Baptiste Bauza, directeur de campagne et colistier de Jean-Paul Lecoq. Des chiffres plus importants encore dans la ville haute et les quartiers sud, loin de la plage et des aménagements du centre-ville.
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Dans l’un de ces quartiers, Bois de Bléville, « il y a une école, un arrêt de bus et pas de boulangerie » pour près de 2 000 habitant·es, affirme Djawed Fridi, numéro deux de la liste de La France insoumise (LFI) au Havre.
Dispersion des voix à droite
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C’est pour porter la voix des habitant·es de la Mare Rouge et continuer de mener son « combat contre l’abstention » que Zehra Buyuk Sevindik a rejoint la liste de Jean-Paul Lecoq
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Malgré tout, assure la socialiste Florence Martin-Péréon, numéro deux sur la liste, « le Havre est une ville de gauche ». « Depuis trente ans, les socialistes et les communistes n’étaient pas unis sur une même liste
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si la droite a mis un terme à trente années de communisme municipal en 1995, c’est toujours la gauche qui l’emporte ici aux élections nationales – même si l’extrême droite prospère de longue date sur la désindustrialisation de la cité portuaire. Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle en 2022 avec plus de 30 % des suffrages exprimés. Et Jean-Paul Lecoq lui-même a été réélu député avec 65 % des voix en 2022 et de nouveau avec le même score en 2024.
Les quartiers populaires, clé du scrutin
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Un abandon que Oumou Niang-Fouquet, adjointe d’Édouard Philippe chargée de l’éducation et de la jeunesse, réfute en bloc
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En campagne depuis un an « pour pousser les gens à s’inscrire sur les listes électorales », l’insoumis Djawed Fridi a une tout autre version des choses : « À Caucriauville, les travaux ne touchent que ce qui longe le tram, les grands axes sont refaits mais juste derrière, c’est pourri. La deuxième scène du Volcan, on l’attend depuis le milieu du premier mandat d’Édouard Philippe. Quant à Auchan, les commerces y sont trop chers, et comme les loyers le sont aussi, il y a plein de logements vides », rectifie-t-il.
7 candidats sont en lice au Havre pour les élections municipales des 15 et 22 mars. ©Radio France - Amélie Bonté
Lundi 2 mars 2026 / L'info d'ici, ICI Normandie (Seine-Maritime - Eure)
Le maire sortant Horizons Édouard Philippe se présente pour un troisième mandat en son nom lors des élections municipales des 15 et 22 mars. Face à lui, six candidats veulent le faire chuter au Havre et pourquoi pas pour sa campagne présidentielle.
Au Havre, le maire sortant Horizons Édouard Philippe brigue un troisième mandat en son nom pour les élections municipales des 15 et 22 mars. Face à lui, six autres candidats, dont son adversaire du second tour en 2020, le député communiste Jean-Paul Lecoq (soutenu par le PS, Les Écologistes et Place publique). L'ancien Premier ministre joue gros pour cette campagne municipale havraise, il a lui-même conditionné sa victoire à la suite de sa carrière politique et notamment à l'élection présidentielle.
"Il délaisserait Le Havre"
Un maire sortant absent, voilà ce que martèle Franck Keller, le candidat Union des droites pour la République et Rassemblement national, actuellement élu à Neuilly-sur-Seine : "Le Havre ne peut pas attendre six ans de plus. Édouard Philippe dit 'Si je suis élu maire du Havre, dès le lendemain je partirai pendant un an partout en France faire campagne pour une élection présidentielle', donc il délaisserait Le Havre. C'est complètement paradoxal."
Concentrée sur le premier tour de l'élection, Charlotte Boulogne, tête de liste La France insoumise, ne voit pas d'un mauvais œil le coup double, sortir Édouard Philippe au Havre et ailleurs : "Ce qui compte pour l'instant, c'est l'échéance municipale, mais si on pouvait faire d'une pierre deux coups et l'évincer pour les présidentielles, ce serait une bonne chose."
Le principal intéressé, Édouard Philippe, un peu lassé qu'on lui pose cette question de la présidentielle, répond une élection après l'autre :"La seule hypothèse où je cesserai d'être maire du Havre, c'est si - Dieu sait que ce n'est pas fait - je devenais président de la République. Si c'était le cas, ce ne serait pas mauvais pour Le Havre."
Ne pas "voler cette élection municipale" aux Havrais
À gauche, le député communiste Jean-Paul Lecoq se présente pour la seconde fois au Havre
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Édouard Philippe avait été réélu en 2020 au second tour avec 58,8% des suffrages contre 41,2% pour Jean-Paul Lecoq.