/ Rédaction | 08/08/2025
Clés : Économie ; Travail
Pendant le mouvement contre la réforme des retraites, les manifestations se sont succédé, massives et déterminées, mais rien n’y a fait : le gouvernement n’a rien lâché rien car il n’avait rien à perdre de ces mouvements massifs mais calmes. Le 10 septembre 2025 pourrait être une nouvelle occasion offensive pour contrer les projets du gouvernement et aller plus loin. De nombreux collectifs comme Faire Bloc, Faire Peuple mais aussi de nombreuses fédérations de la CGT (CGT Air Liquide, CGT Commerce et Services, CGT des territoriaux de Bézons, la FNIC-CGT…) appellent à se saisir de cette date, qu’elle soit le début d’une grève durable.
C’est en effet le meilleur moyen de prendre le patronat au portefeuille. La grève, classique du mouvement ouvrier depuis les origines du capitalisme, et qui plus est moyen légal et constitutionnel pour se faire entendre, est la meilleure option qui s’offre à nous. Mais comment la déclencher et la maintenir dans un contexte où le taux de syndicalisation est particulièrement faible et où la culture de la mobilisation au travail a été réduite par des décennies de « dialogue social » ? À partir de notre propre expérience (d’élu du personnel et d’expert et formateur pour les CSE) et celles recueillies auprès de personnes ayant conduit des grèves victorieuses, voici plusieurs conseils pour se motiver et y parvenir.
1 – En amont de la grève, créer une communauté d’appartenance
...
. Pour le journaliste de Jacobin (magazine socialiste états-unien), Cole Stangler, « les syndicats français ne déploient pas le genre de tactiques d’organisations internes qui sont répandues chez les plus efficaces organisations syndicales aux États-Unis : des entretiens en tête-à-tête pour recruter des nouveaux membres sur le lieu de travail, une évaluation minutieuse du soutien des collègues aux différentes initiatives lancées, renforcer le soutien aux grèves en commençant par des actions de plus faible ampleur etc. (…) En France, les syndicats appellent à la grève, espèrent qu’il est entendu et croisent les doigts ».
...
Manifestation de l’Association of Community Organizations for Reform Now. Crédit : RICHIR.AaronSchutz at en.wikipedia, CC BY-SA 2.0
Quand on est syndicaliste ou élu du personnel, on peut être rapidement submergé par la masse de travail. En effet, depuis la réforme du droit du travail de 2017, le nombre d’élus a diminué de 30%. Les multiples instances où siéger, les réunions à répétition, tendent à éloigner les syndicalistes de leurs collègues. Or, le travail de terrain, qui passe par de multiples interactions individuelles (le droit du travail autorise des élus de CSE ou des délégués syndicaux à se déplacer partout où ils le souhaitent dans une entreprise), des actions ordinaires comme donner un coup de main, conseiller sur une situation, discuter à la machine à café… sont essentielles pour faire de la grève une possible réussite.
...
2 – Laisser ses drapeaux au placard, être un collègue ordinaire
...
défiance largement répandue envers les syndicats et les partis politiques, qui sont des institutions qui suscitent très peu d’adhésion en France
...
aussi éviter de parler depuis une position surplombante
...
s’adapter en permanence à son interlocuteur
...
3 – À deux, on est nombreux !
...
Un mouvement collectif est toujours initié par quelques personnes. Et bien souvent, une fois que les choses sont lancées, on est surpris : tel collègue qui semblait totalement indifférent à la situation est capable de s’impliquer et d’exprimer ses idées. Tel autre, a priori fiable, s’avérera en réalité fuyant et peu actif. Au travail, nous tenons tous des rôles. Les mouvements collectifs viennent faire voler en éclat ces rôles d’apparence et révèlent des capacités et des idées insoupçonnées. ... « être sûr de soi et prendre conscience que deux personnes peuvent suffire à impulser une dynamique revendicative si elles font les choses intelligemment »
...
BFM-TV nous concurrence, mais ne sous-estimez pas l’impact que l’expression de votre opinion peut avoir sur vos amis, vos parents, vos collègues.
4 – L’espoir fait vivre (la lutte)
...
Dans le doute, autant cultiver l’optimisme. C’est l’une des missions historiques du mouvement ouvrier et de ses membres que d’avoir su impulser l’espoir de lendemains meilleurs chez ses semblables. Or, ce rôle a été caricaturé à outrance : on se moque désormais des « lendemains qui chantent » et les syndicats eux-mêmes semblent fuir cette position. Il suffit d’écouter une interview de Sophie Binet, l’air blasé, pour comprendre que cette dame ne se donne pas comme mission de faire rêver à un futur meilleur.
Pourtant, activer l’espoir et l’optimisme reste absolument nécessaire pour susciter l’adhésion
...
l’espoir est performatif : plus on croit collectivement à ses chances de réussir, plus on les améliore.
Pour Gaëtan, syndicaliste dans l’aéronautique, il est donc nécessaire de donner de la force aux collègues, mais sans leur mentir
...
5 – Connaître son collectif de travail
...
discuter avec tout le monde, évidemment, mais aussi, quand c’est possible, faire des enquêtes d’opinion. Il est désormais possible d’accéder à des outils de questionnaire en ligne, comme Framaforms
...
sont allés d’ateliers en ateliers, en commençant par les plus combatifs, de façon à convaincre les moins enthousiastes de suivre la force du nombre. Faire l’inverse aurait été potentiellement désastreux.
...
6 – Rassurer ses collègues : la grève c’est simple !
...
mode d’action légal qui ne nécessite pas d’être particulièrement radical
...
La peur ne doit pas être sous-estimée. Les organisations du travail se sont féodalisées, à mesure que le droit est de moins en moins protecteur : il y a toujours un petit chef dont on dépend et que l’on a peur de contrarier. Les grèves sont aussi des instants où l’on apprend à dire non, ce qui n’est pas forcément facile pour tout le monde. Il faut donc être à la fois empathique avec cette peur et aider à la combattre. En la matière, le droit est un allié, en particulier dans le secteur privé.
7 – Cultiver la joie dans le conflit
...
oser enfin se redresser. Se tenir debout. Cette grève est en elle-même une joie. Une joie pure. Une joie sans mélange. » C’est en ces termes que la philosophe Simone Weil, ouvrière dans une usine Renault en 1936, décrivait dans ses écrits (depuis réunis notamment dans Grèves et joie pure (Libertalia, 2016) l’atmosphère des grèves avec occupation d’usine qui ont permis, entre autres, l’instauration des congés payés.
...
c’est cette joie que décrit Rachel Keke, meneuse des femmes de chambre grévistes de l’hôtel Ibis-Batignolles, qui furent victorieuses après 22 mois de grève. Avec ses collègues, elles ont fait de la joie un mode d’action https://web.archive.org/web/20230305174028/https://www.revue-projet.com/articles/2021-10-mellon-le-combat-d-une-femme-de-chambre/10883
...
Le mouvement des Gilets jaunes avec ses moments festifs autour des ronds-points, souvent moqués au début de la mobilisation (une vidéo de « chenille » avait fait l’objet de plaisanterie sur les réseaux sociaux), s’était aussi inscrit dans cet esprit joyeux.
...
l’importance de la gentillesse et de la bonne humeur dans l’engagement au sens large ... pour construire une mobilisation, il faut bien savoir accueillir tout le monde, et dans de bonnes conditions
...
ce moment important doit être passé en collectif, en s’adaptant à son public
Quelques rappels
Le droit de grève dans le privé
...
Dans la fonction publique d’État
...
Cent Mille Ans - Cent Mille Luttes - Cent Mille espoirs à Bure
Le 3 juin 2023, APPEL à un grand rassemblement à BURE (Meuse-France)
Cigéo, le nucléaire ET SON MONDE, STOP !
...
Connu / TG le 07/03/23 à 01:04
Les forêts notre bien commun : entre bien public et bien privé où se situe le bien commun ?
Samedi 5 Décembre 2020 de 14h45-18h15
à la Maison des Acteurs du Paris durable
21 rue des Blancs Manteaux 75004 - Salle du RDC, si en présentiel
ou par visioconférence ZOOM
Session initiée et coordonnée par Indira Bonvini, Cristina Bertelli, Yovan Gilles.
Contact : universitebiencommun@gmail.com
La différence entre biens publics et biens communs, en particulier concernant les forêts, est une distinction à éclairer plus que jamais. Nous explorerons lors de cette session certains aspects juridiques, économiques et sociétaux concernant ces écosystèmes.