19 min
Le 10 septembre 2025, le mouvement « Bloquons tout », né sur les réseaux sociaux, appelle à une journée de blocages généralisés contre la politique budgétaire du gouvernement Bayrou. Massivement relayé en ligne et déjà soutenu par 63% de Français1, ce mot d’ordre interroge : qui sont ses partisans, que révèlent leurs colères et en quoi diffèrent-ils des « gilets jaunes » ? Antoine Bristielle propose un premier portrait de ce mouvement encore nébuleux.
...
Née sur les réseaux sociaux et les messageries cryptées, cette initiative se présente comme un appel aux blocages, contre la politique du gouvernement Bayrou. Sur le site internet centralisant les revendications du mouvement https://indignonsnous.fr/, on peut en effet lire : « Nous appelons toutes les personnes résidant en France métropolitaine et dans les Dom-Tom à se mobiliser contre ce budget ! Nous ne voulons pas subir leur crise. Nous voulons changer de cap, pour de bon, avec et pour le peuple. Pas contre lui ».
...
le Rassemblement national a exprimé sa volonté de ne pas s’y associer
...
nous avons mené une enquête en immersion dans ce mouvement. Du 15 au 23 août 2025, nous avons posté à échéance régulière un questionnaire en ligne dans les différents groupes Telegram et Facebook du mouvement « Bloquons tout
...
Bloquons tout » est un mouvement structuré d’abord par une bonne partie d’individus à première vue très éloignés de l’extrême droite
...
Quel profil sociologique ? La jeunesse des petites villes à la manœuvre
Le profil par âge des soutiens de « Bloquons tout » met en évidence un mouvement notamment composé de jeunes et plus précisément de jeunes actifs.
...
nette surreprésentation des hommes : ils représentent 56% des répondants, contre 34% de femmes. On observe également une part non négligeable (10%) de personnes s’identifiant à une autre catégorie de genre.
...
« Bloquons tout » n’est pas avant tout un mouvement métropolitain ou parisien, mais qu’il puise sa force dans les petites et moyennes villes, espaces souvent marqués par un tissu social dense, une tradition de sociabilité locale et un rapport direct aux enjeux de redistribution et de services publics. Cela contribue à enraciner la mobilisation dans une géographie de la contestation distincte de celle des grandes capitales régionales ou de Paris. Ces résultats sont par ailleurs très cohérents avec la structuration du mouvement sur les boucles Telegram, qui ne s’organise pas avec un seul groupe national, mais avec des groupes régionaux, départementaux, voire locaux.
...
Seule une minorité des participants déclare avoir été eux-mêmes « gilets jaunes » (27%). La grande majorité (61%) affirme ne pas avoir participé au mouvement, mais l’avoir soutenu de l’extérieur. Enfin, 12% se disent indifférents ou opposés aux « gilets jaunes ».
...
Bloquons tout » ne s’enracine pas dans les catégories les plus précarisées et fragilisées économiquement, mais dans des segments plus jeunes, plus diplômés et plus politisés
...
Les participants expriment moins une détresse matérielle personnelle qu’un projet politique global, porté par l’idée de justice sociale et de transformation radicale
...
C’est un laboratoire d’auto-organisation […] fondé sur l’entraide, la solidarité de classe et la gestion collective des besoins », ou encore « Par la mutualisation des savoirs […] pour armer intellectuellement notre résistance
...
Le rejet d’Emmanuel Macron et du Premier ministre semble constituer l’un des ressorts centraux de l’engagement dans « Bloquons tout ». Nous l’avons dit, ce rejet se matérialisait dès l’élection présidentielle de 2022, mais trouve finalement dans le budget de François Bayrou une nouvelle opportunité d’expression. Seuls 2% des répondants à notre enquête déclarent avoir confiance dans le président de la République, contre 22% des Français, et à peine 2% dans le Premier ministre, contre 14% des Français. Cette absence quasi totale de confiance illustre la radicalité du rapport au pouvoir exécutif, perçu non seulement comme illégitime, mais comme l’incarnation même d’un système à abattre.
...
elle s’attaque à la légitimité même des institutions de la Ve République et du pouvoir centralisé, accusés de trahir le peuple et de gouverner pour les plus riches. Le mouvement se nourrit donc d’une rupture profonde avec l’exécutif, vécue comme une condition préalable à toute transformation politique.
...
Un système injuste gouverne nos vies, dès notre naissance et nous laissons une infime partie de la population décider pour nous
...
la mobilisation ne peut pas se limiter à l’arène électorale. Elle doit passer par d’autres formes d’action : la rue, la grève, la contestation directe, mais aussi l’invention de nouvelles institutions démocratiques. Le vote, perçu comme inefficace ou capturé par une minorité, cède la place à une logique de rupture et d’action collective directe.
...
la confiance dans les médias, déjà assez faible au sein de la population française (32%), atteint un niveau abyssal chez nos répondants (6%).
Le seul contre-pouvoir institutionnel qui conserve une crédibilité notable auprès des répondants de « Bloquons tout » est celui des syndicats. Dans notre enquête, 45% des participants déclarent leur faire confiance, soit un score supérieur à celui observé dans la population générale (39%). Cet écart est significatif : alors que la défiance s’étend à la quasi-totalité des institutions politiques et médiatiques, les syndicats apparaissent comme un espace encore légitime de représentation et de mobilisation collective.
...
les syndicats constituent un appui possible, non pas parce qu’ils incarneraient une solution institutionnelle, mais parce qu’ils participent d’une logique d’action collective en dehors du cadre parlementaire et électoral. De fait, si « Bloquons tout » se nourrit d’une défiance généralisée à l’égard du pouvoir et des institutions, il ne rejette pas toutes les formes d’organisation : les syndicats demeurent perçus comme des alliés potentiels dans la lutte, en tant que vecteurs de mobilisation et de rapport de force. Cette distinction éclaire l’une des raisons d’être du mouvement : chercher à construire une dynamique de transformation en s’appuyant non pas sur les institutions politiques classiques, mais sur des structures de lutte et de contestation issues de la société civile organisée.
...
Alors que 78% des Français estiment que leurs idées ne sont pas bien représentées par le système politique, ce constat est partagé par 96% des soutiens du mouvement ayant répondu à notre enquête. De même, 76% considèrent que « la plupart des hommes et des femmes politiques sont corrompus » et 86% qu’ils agissent principalement dans leur intérêt personnel. Ces jugements traduisent une rupture radicale avec les institutions existantes et alimentent la conviction que la mobilisation est le seul levier de transformation
...
le système politique est perçu comme illégitime, corrompu et incapable de représenter le peuple
...
registre émotionnel ... avant tout de la colère (52%) ... L’inquiétude (24%) et l’espoir (19%) constituent des émotions secondaires, mais significatives, traduisant à la fois l’angoisse pour l’avenir et la conviction qu’un changement reste possible. À l’inverse, la peur (3%) et la sérénité (2%) sont quasi absentes, ce qui souligne que le mouvement n’est ni marqué par le repli ni par l’acceptation de l’ordre existant, mais bien par une logique d’opposition active.
...
Entre justice sociale et démocratie directe : des revendications extrêmement marquées
...
une immense majorité (82%, contre 37% en population générale) se prononce pour la démocratie directe – un système où le peuple décide directement des lois à travers des référendums, des assemblées citoyennes ou des instances tirées au sort. Les autres options – gouvernement des experts, pouvoir militaire ou autorité d’un dirigeant fort – sont quasi inexistantes, contrairement à une partie de l’opinion publique. Ce résultat met en évidence une revendication essentielle : « Bloquons tout » ne demande pas seulement des réformes sociales ou économiques, mais aspire à un changement institutionnel profond, rompant avec la démocratie représentative pour instaurer une démocratie directe et participative. C’est sur ce point précis que « Bloquons tout » se rapproche le plus des « gilets jaunes », dont l’une des principales revendications portait déjà sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC) et sur la volonté de donner au peuple un pouvoir direct dans les décisions politiques.
Les modalités d’action : jusqu’à la violence ?
...
décalage entre une détermination collective forte et une absence de structuration claire de l’action, qui laisse les individus dans l’attente de consignes ou d’initiatives locales ou nationales. Autrement dit, si l’intention de « bloquer » est partagée, sa mise en œuvre reste encore largement indéterminée, ce qui contribue à entretenir un climat d’incertitude autour de la mobilisation.
...
si la violence n’est pas une perspective unanime, elle est jugée légitime par une part significative des répondants de « Bloquons tout ». En effet, 44% d’entre eux estiment qu’il est « normal que certaines personnes usent de la violence pour défendre leurs intérêts », soit deux fois plus que dans l’ensemble de la population (22%). Ce résultat souligne que le mouvement n’exclut pas la radicalité : une partie non négligeable de ses membres considère la violence comme un mode d’action possible dans certaines circonstances, en cohérence avec une vision de confrontation directe avec le pouvoir. Cela ne signifie pas pour autant que « Bloquons tout » basculera nécessairement dans des formes d’action violentes, mais cela met en lumière une disponibilité accrue à la conflictualité totale, qui distingue le mouvement d’autres mobilisations plus strictement pacifiques et qui alimente l’incertitude sur ses formes d’action futures.
Connu / https://www.bfmtv.com/societe/10-septembre-pourquoi-le-mouvement-bloquons-tout-ressemble-plus-a-nuit-debout-qu-aux-gilets-jaunes_AV-202509050609.html
Ndlr :
- parler de journée à propos des "blocages généralisés" est pathétique puisqu'il a été annoncé que ce sera un mouvement dans la durée pour l'atteinte d'un résultat politique que les GJ n'ont pas obtenu.
- associer "radicalité" et "violence" me semble faux et regrettable.
"Prendre les pb à la racine" n'a aucun rapport avec la violence !
Enquête intéressante à prendre avec recul. - Je retiens : mouvement populaire, extrême droite NON, jeunesse, petites villes, démocratie directe.
Quelles seraient les conséquences d’une reconnaissance française de la Palestine ? - Publié le mardi 15 avril 2025 à 09:07 / Le débat du 7/10
avec Agnès Levallois, vice-présidente de l’Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient, et David Khalfa, co-directeur de l’Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la fondation Jean-Jaurès.
Tr.: ... Macron s'apprête à reconnaitre la Palestine, après l'Espage, et pour contrecarrer les plans de Trump à Gaza ...
... s’inscrit ainsi dans un mouvement de judiciarisation de la RSE.
Cette nouvelle obligation de vigilance, issue de la loi de 2017, prend la forme d’un plan de vigilance
...
TotalEnergies publie en 2019 un plan de vigilance intégrant les mégaprojets pétroliers Tilenga et EACOP qu’elle développe en Ouganda et en Tanzanie en collaboration avec sa filiale Total Eren. Ces projets, annoncés l’année dernière, ont suscité l’indignation générale et poussé un consortium de six associations de protection de l’environnement et de défense des droits de l’homme6 à contester ... adoption d’un nouvel article permettant d’éviter à l’avenir que toute exception d’incompétence ne soit invoquée pour des cas similaires. Sur le terrain procédural, les recours sur le fondement du devoir de vigilance seront désormais examinés rapidement et pourront ainsi remplir leur finalité préventive.
Un jugement critique de la loi sur le devoir de vigilance
...
Le contenu des mesures de vigilance demeure « général et imprécis » dès lors qu’aucun décret d’application, qui pourrait permettre d’apporter des précisions sur la teneur de ces mesures, n’est intervenu, même six ans après l’adoption de la loi12. Enfin, aucune autorité de contrôle veillant à la bonne application des mesures de vigilance n’a été constituée. Cette inaction laisse d’ailleurs légitimement planer certains doutes quant à la volonté politique de permettre une véritable mise en œuvre effective du devoir de vigilance.
Ces critiques rejoignent celles de nombreux experts qui s’interrogent sur l’objectif de cette loi ainsi que sur la portée du devoir de vigilance. La superposition de cette loi avec d’autres obligations voisines, telles que les obligations de déclarations extra-financières introduites par la loi Grenelle, renforce le scepticisme quant à l’utilité de cette loi et la faisabilité de sa mise en œuvre13.
...
Une directive européenne ambitieuse consacrant un devoir de vigilance d’inspiration française
...
Le 29 septembre 2023, le Groupe Bolloré est condamné au versement de 140 000 euros de dommages et intérêts à une centaine de plaignants camerounais riverains des terrains appartenant à la multinationale, s’étalant sur plus de 58 000 hectares et destinés à la production d’huile de palme. Dans cette affaire, les demandeurs dénonçaient les activités agricoles de la multinationale pratiquées au Cameroun au mépris de la vigilance et du respect des droits humains. Ce revers judiciaire est quelque peu annonciateur des suites de l’application rigoureuse du devoir de vigilance et constitue probablement un nouveau bond en termes de justice humaine et climatique.
...
Les taux de mobilisation contre une réforme des retraites qui cristallise une colère latente sont inédits ...
Connu / TG le 08/02/23 à 08:57
Quelle est la réelle implantation des forces de gauche dans les zones dites périphériques, cette France des villes moyennes ?
Thibault Lhonneur
Les séquences électorales de 2022 témoignent-elles d’un renouveau politique autour de la Nupes ou de dynamiques qui condamneraient la gauche à regarder la politique se faire sans elle ? Quelle est la réelle implantation des forces de gauche sur le territoire national, et dans les zones dites « périphériques » en particulier ? Thibault Lhonneur, conseiller municipal de Vierzon (Cher), analyse le vote de cette France des villes moyennes, des sous-préfectures, à laquelle la gauche ne semble plus réussir à parler.
...
Connu / TG le 15/12/2022 à 9:26
Démocratie - 12'
Pour sa troisième candidature à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a recueilli près de 22% des voix. S’il a raté de peu la qualification, il est néanmoins parvenu à améliorer de près de 2 points son résultat de 2017 et Jérôme Fourquet montre qu‘il a rassemblé un vaste électorat aux composantes assez disparates1.
Un électorat interclassiste
En effet, alors que les électorats d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen sont très typés sociologiquement (CSP+ surreprésentées pour Macron et meilleurs scores parmi les CSP- pour Le Pen), le vote Mélenchon est lui très homogène professionnellement. Comme le montre le graphique suivant, il atteint dans toutes les catégories un score compris entre 21% et 27%. Par rapport à 2017, il progresse un peu chez les cadres et professions intellectuelles et recule légèrement auprès des professions intermédiaires, ces évolutions accentuant la dimension interclassiste de son électorat.
...
Départements ultramarins, campagnes alternatives, bastions syndicaux, « génération climat », banlieusards et bataillons de la gauche diplômée des métropoles constituent l’archipel mélenchoniste. Le résultat de l’élection présidentielle dépendra pour beaucoup de l’attitude contrastée de ces différentes îles et îlots au second tour.
Les cartes ont été réalisées par Sylvain Manternach, géographe et cartographe, et Céline Colange (Laboratoire MTG de l’Université de Rouen).
Connu / https://twitter.com/j_jaures/status/1510870584003026950
"
Jean-Marc Ayrault a retweeté
Fondation Jean-Jaurès @j_jaures · 4 avr.
📓 #Présidentielle2022 l La Fondation publie son enquête sur Marine Le Pen en décryptant son idéologie, son image et son électorat avec les contributions d'É. Bréhier @A_Bristielle @finchelstein @Antoine_Jardin @Raphael_llorca @Jeremie_Peltier & @mv_rbrt : Image Cohen Laurent et 8 autres personnes
4 - 73 - 75
2 003 vues - 9,03 k abonnés
À l'occasion du quarantième anniversaire de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le 10 mai 1981, cet événement en ligne permet de revisiter l'ensemble des actions réalisées sous ses deux septennats à travers des table-rondes aux thématiques interrogeant précisément un aspect de sa politique mais aussi de mesurer le poids de l'héritage qu'a laissé François Mitterrand dans l'opinion. La présence de grands témoins et acteurs de l'époque est aussi l'occasion de tenter un parallèle et de formuler des propositions pour un exercice du pouvoir plus fluide.
• Mot d’accueil
Didier Le Bret, Henri Nallet
• Introduction, « 40 ans après, les Français et François Mitterrand »
Frédéric Dabi
• Les jeunes et l’héritage de François Mitterrand / Mathilde Imer
• Démocratie : changer la vie, changer de régime ?
Jacques Attali, Gilles Finchelstein, Myriam Revault d’Allonnes, Chloé Morin
Animation : Chloé Ridel
• Du Sommet de Rio à la Cop 21 : peut-on encore sauver la planète ?
Emmanuelle Cosse, Mathilde Imer, Jean Jouzel, Ségolène Royal
Animation : Thierry Keller
• L’Europe en quête d’union : quel projet fédérateur pour l’Union européenne ?
Bernard Guetta, Élisabeth Guigou, Emmanuel Maurel, Hubert Védrine
Animation : Didier Le Bret
• Le capitalisme est-il réformable ?
Bernard Guetta, Ariane Delmas, Valérie Rabault, Louis Gallois, Jérôme Saddier
Animation : Adrienne Brotons
• Quatre Premiers ministres de gauche témoignent : les leçons du pouvoir
Édith Cresson, Lionel Jospin, Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve
Animation : Jean-Michel Djian
Clôture par Anne Hidalgo
1 commentaire
Terminer >4:21:24 ACT