"Elisabeth Borne et Marie Barsaq ont lancé la généralisation d’un test sportif à l’entrée en 6éme." ©Getty - Maskot
Publié le vendredi 4 avril 2025 à 08:52 / L'édito sport
Dans l’édito sport, Nathalie Iannetta revient sur l’annonce des ministres de l’Éducation nationale et des sports de tests d’endurance et de force aux élèves de sixième dès la rentrée prochaine…
Ça fait 6 mois que je vocifère pour dénoncer l’abandon total des ambitions sportives des gouvernements qui se sont succédés depuis la fin des jeux, je peux donc bien baisser d’un ton et saluer une initiative… Elisabeth Borne et marie Barsaq ont choisi la semaine olympique à l’école pour, vous l’avez dit, lancer la généralisation d’un test sportif à l’entrée en 6é en vue d’évaluer les capacités des jeunes collégiens en endurance, vitesse et force.
Mais c’est pas déjà le cas ?
Bien sur que si…
Mais alors pourquoi faire ?
Un peu de communication mais aussi un crantage d’une politique publique qui peut paraitre anecdotique mais qui, si elle est bien réalisée, peut à terme, donner des résultats. Je ne vais pas vous assommer de chiffres mais quand même : sur 146 pays répertoriés par l’OMS, la France se classe 119è pour le niveau de pratique physique et sportive chez les adolescents. En 25 ans nos enfants ont perdu 40% de leur capacité respiratoire…et les ¾ des 11-17 ans ne se bougent même pas une heure par jour. Mais vous me direz :
Quel rapport avec des tests de sport en 6ème ?
A priori aucun si on se limite à cette mesure, déjà largement utilisée par les profs d’EPS qui, comme les autres professeurs ont besoin de situer leurs élèves. Bien sur qu’ils font déjà des tests. Mais rien de formel. Et surtout ces données ne sont pas répertoriées. Elles ne peuvent donc aider à mesurer des avancées pourtant urgentes ! Certains syndicats du secondaire se sont insurgés contre ces tests par peur d’une utilisation du sport à l’école comme un outil « hygiéniste » disons, avec comme seule arrière pensée, la santé (comme c’est le cas en Grande Bretagne ou en Slovénie). l’EPS est c’est vrai un enseignement plus complexe, certes physique mais surtout global pour une culture sportive dans un pays si pauvre en la matière. Mais l’un ne peut plus empêcher l’autre. Les chiffres que j’ai évoqués sont implacables :si on les aligne ils forment l’équation d’une bombe sanitaire qui va nous pêter à la face dans 5, 10, 15 ans.
Il faut trouver tous les moyens pour sortir nos enfants de leur canapé et de leurs écrans. La mesure de la performance peut y aider. Et la performance, ça n’est pas sale ! ça n’est pas une valeur néolibérale et bourgeoise. C’est au contraire le socle d’une espérance et d’une meilleure estime de soi, fondamentale à l’adolescence notamment pour les enfants les plus défavorisées et pour les jeunes filles. C’est en courant un peu plus vite, en sautant un peu loin, en lançant un peu plus fort qu’on retrouve la satisfaction du progrès accompli dans son corps et dans sa tête !
En remettant nos enfants en mouvement, et en les aidant à se dépasser un peu plus, on va en plus leur redonner un truc magique pour leur vie future : le gout de l’effort. Pas pour devenir des champions ou gagner des millions ou des médailles, non, juste pour leur prouver qu’ils peuvent devenir les champions d’eux-mêmes comme dit Guillaume Dietsch, agrégé d’EPS. C’est aussi un moyen de remettre le prof de sport au centre des priorités des parents. On le zappera plus lors des réunions de parents d’élèves, parce que c’est avec lui qu’on va vérifier les évolutions, discuter de la santé physique mais aussi mentale de nos petits et qui sait, les accompagner dans une pratique plus régulière, même en dehors de l’école.
Sans compter que réussir en sport entraine on le sait, une réussite plus globale dans toutes les autres matières. Ce serait bien de se souvenir que Mens Sana, in corpore sano…
11 min - Disponible jusqu'au 02/10/2025 - Pays France - Année 2024
La journaliste Marie-Monique Robin dénonce une société ennemie des microbes au gré d'un système axé sur l’hygiène et la propreté… Mais à quel prix ? Marie-Monique Robin en parle dans son enquête “Vive les microbes!”, également adapté en livre.
Tr. : ...
Nantes a remis de la biodiversité dans les cours de récréation ...
éviter de prendre des antibiotiques, privilégier le lait cru.
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Livre "Vive les microbes ! - Comment les microbiomes protègent la santé planétaire - Ces animaux qui nous protègent - Arte EDITION"
.#Demain la Ville #Qualité de vie | Lecture 6 minutes
D’un marché de Wuhan à une usine en Bavière, puis au monde entier… Encouragées par le monde moderne, ses villes et ses réseaux, les épidémies ne semblent plus avoir d’obstacles. L’urbanisme était pourtant né avec elles, pour freiner le choléra et la tuberculose. L’aménagement urbain est-il encore capable de nous maintenir en bonne santé ?
“Wuhan en Bavière”
Si l’origine exacte du Covid-19 est encore discutée, elle semble partir d’un marché de fruits de mer fréquenté et populaire à Wuhan en Chine, dans les derniers jours de décembre 2019. Puis le virus s’est propagé par la gare de Hankou, la troisième plus grande de la ville, à quelques enjambées de là. Il aurait ensuite fait ses premiers pas hors de Chine par la Bavière, où une chinoise contaminée était venue assister à une formation professionnelle de son entreprise, l’équipementier automobile Webasto. Pour beaucoup d’experts il s’agit d’une zoonose, c’est à dire une maladie infectieuse d’origine animale : 60% des virus infectieux décrits chez l’homme ont un animal réservoir. On parle d’une chauve-souris, d’un pangolin, voire les deux ?
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Dans le cas de maladies vectorielles, transmises par le moustique ou la tique, il y a souvent une problématique de dégradation des écosystèmes naturels. Si il y a une prolifération c’est que quelque part l’environnement n’est plus en capacité de réguler. On a cassé un équilibre, ce qui provoque un déséquilibre et un emballement des choses.
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La thèse est confirmée par Sonia Shah dans le Monde Diplomatique, « notre vulnérabilité croissante face aux pandémies a une cause plus profonde : la destruction accélérée des habitats ». Énumérant les grandes épidémies de ces dernières années (Ebola, Lyme, E. Coli, SRAS, grippe aviaire…), la journaliste dénonce ainsi l’urbanisation, la déforestation et l’industrialisation, non pas comme des facteurs d’apparition de virus – le phénomène est naturel – mais comme des facteurs de propagation. Pour elle, la protection des habitats naturels, et de manière plus générale la compréhension des mécanismes écologiques, pourra réduire l’émergence d’épidémies.
L’urbanisme a aussi un rôle à jouer. ... l’aménagement a su par le passé endiguer des vagues d’épidémies infectieuses meurtrières. C’est ce que rappelle l’architecte urbaniste Albert Lévy dans son ouvrage Ville, urbanisme et santé – Les trois révolutions (2012) : « La question de la santé est un déterminant majeur dans la naissance de l’urbanisme ». ... choléra en 1832 ... ancien chercheur au CNRS, membre du Réseau Environnement Santé, raconte comment le courant hygiéniste a structuré le développement des villes au XIXème siècle ... « Chaque fois que la médecine n’était pas capable de juguler des crises sanitaires on a fait appel à l’espace et à l’environnement pour les résoudre à titre préventif. » Pour Haussmann par exemple, Paris est jugé « malsain » et doit être assaini ... La Charte d’Athènes rédigée en 1933 pousse la logique plus loin : la ville est divisée en quatre fonctions (logement, travail, loisir et infrastructures de circulation). L’espace public réduit au maximum, au profit des voitures. Avec les avancées de la médecine et de la pharmacologie, le tout curatif vient remplacer progressivement le préventif, entraînant dans la deuxième moitié du XXème siècle, le divorce entre urbanisme et santé.
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Aujourd’hui, Albert Lévy comme Anne Roué-Le-Gall encouragent un retour de l’approche sanitaire préventive dans l’aménagement urbain. « Nous vivons actuellement une véritable transition épidémiologique, marquée par une explosion des maladies chroniques » explique l’architecte. Ce sont les cancers, maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires, asthme, allergies, obésité, diabète… mais aussi les souffrances mentales, l’autisme ou la baisse de la fertilité masculine. Non transmissibles, ces maladies sont directement liées à nos modes de vie, notre alimentation et notre environnement : « On parle d’épidémie parce que ça touche énormément de personnes, et de plus en plus » résume Anne Roué-Le-Gall.
Typiquement urbaines, ces nouvelles maladies sont dues à la sédentarité, la précarité, l’isolement ou aux différents types de pollutio (air, eau, bruit, perturbateurs endocriniens…). Les dérèglements climatiques contribuent à cette crise sanitaire, en cas de stress hydrique ou de canicule par exemple. ... double épidémie : en fragilisant le système immunitaire, notamment des personnes âgées, les maladies chroniques rendent plus vulnérables aux maladies infectieuses
Santé planétaire [image] L'aménagement favorable à la santé - EHESP
Co-autrice de plusieurs guides méthodologiques à destination des décideurs et professionnels de l’aménagement urbain, Anne Roué-Le-Gall ne désespère pas. Dans la lignée des définitions de l’OMS et de la vision dite de « planetary health », elle défend une approche de santé dite globale et positive. « On a une culture française très axée sur la réduction des facteurs de risque. Il y a absolument besoin de faire évoluer cette culture pour ne plus seulement réduire les risques, mais promouvoir ce qui marche, ce qui fait santé. »
En rupture avec l’aménagement hygiéniste, cette approche de la santé publique se veut socio-écologique.
... éviter un aménagement dogmatique et standardisé, qui pourrait avoir des conséquences indésirables. Le guide insiste sur l’importance d’anticiper les antagonismes et les synergies entre les aménagements de santé et ceux pour l’environnement. ... guide ISADORA est financé non plus seulement par le ministère de la santé, mais également celui de la transition écologique. La chercheuse y voit le signe plutôt encourageant d’une évolution des mentalités.