Dominique Eddé, romancière et essayiste est l'invitée de 8h20 pour son essai "La mort est en train de changer" (Les liens qui libèrent).
Avec Dominique Eddé, romancière et essayiste libanaise
L'écrivaine milite ardemment pour la reconnaissance d'un État palestinien, dans un contexte où onze pays dont la France acteront cette reconnaissance aux Nations Unies. "Ce geste est incontestablement nécessaire, indispensable. On ne peut pas s'en réjouir, parce que le mot n'est pas d'actualité, mais reconnaître qu'il était indispensable", explique Dominique Eddé. Mais c'est aussi un geste "très tardif, qui survient au moment où le mot 'État' ne correspond plus à rien sur le territoire, sur le terrain en tant que tel. Il a le grand avantage d'acter la reconnaissance même du peuple palestinien, parce que nous en sommes là : c'est un peuple qui est en train d'être exterminé pour une part, depuis Gaza, qui est très fortement menacée en Cisjordanie. Donc acter sa reconnaissance, c'est mettre un coup de frein à cette folie meurtrière qui est en cours actuellement."
Elle balaie également le débat interminable sur l'utilisation ou non du terme "génocide" (de plus en plus admis, en particulier par les spécialistes de la question). Dans son livre, elle contourne l'obstacle en le remplaçant par d'autres mots, comme "abattoir". "C'est dire à quel point les esprits sont enfermés dans un vocabulaire qui est en train lui-même de rendre l'âme. Parce que si l'on en est à ne pouvoir s'indigner, et hurler de révolte et de douleur, qu'à partir du moment où un mot est reconnu par tous, c'est une défaite de l'être, c'est une défaite de l'humanité."
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"Les artistes en France se taisent dans un silence, maintenant, inacceptable"
Dominique Eddé critique aussi ceux qui posent des conditions à la reconnaissance de l'État de Palestine, comme l'élimination du Hamas. "Vous imaginez s'il fallait, pour reconnaître les pays à la surface du globe, réclamer que toutes les forces politiques qui ne vous conviennent pas disparaissent de la scène ? Le tissu d'une société n'est pas quelque chose où l'on peut mettre un fil à droite, un fil à gauche et décider d'une pureté qui n'existe nulle part à l'heure actuelle. Nous avons affaire à des situations polluées et si nous voulons en découdre un peu, il faut prendre la pollution telle qu'elle est."
"Ce que demandent aujourd'hui les pays aux Nations Unies, c'est l'arrêt d'un carnage absolu. Comment peut-on mettre un bémol à cette demande ?", s'indigne la romancière. "Les artistes du monde entier ont beaucoup bougé, notamment à Wembley, en Angleterre, Il y a quelques jours. Et je ne peux pas accepter que les artistes en France se taisent dans un silence aussi, maintenant, inacceptable."
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Tr.: ... un territoire humilié, colonisé ... 1948 ... altérité ... plus de 200 journalistes tués à Gaza ... Rami Abou Jamous ...