Article rédigé par Tom Hollmann, France Télévisions Publié le 26/02/2026 05:54
Temps de lecture : 8min
Une retenue d'eau agricole, à Santec (Finistère), le 9 août 2025. (NICOLAS GUYONNET / AFP)
Alors que l'épisode de crues en France a relancé le débat sur le remplissage des bassines agricoles, des propos de l'hydrologue Emma Haziza sur le taux d'évaporation de l'eau et la prolifération de micro-organismes dans ces réserves d'eau ont suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux et été largement déformés.
...
a affirmé que le recours à ces réserves d'eau, en prélevant l'hiver dans les nappes phréatiques ou les cours d'eau pour irriguer les cultures en période de sécheresse, n'était "pas la bonne solution". L'enseignante à l'Ecole nationale supérieure des mines de Paris a cité plusieurs raisons pour étayer son propos : l'évaporation de l'eau, mais aussi la prolifération de cyanobactéries et de salmonelle. Ces organismes, a-t-elle assuré, provoquent le développement de matières organiques qui, en "colmatant", obstruent les réseaux de pompage. Et d'estimer que ce stockage est "contreproductif".
...
Des chiffres à consolider sur le taux d'évaporation
...
elle est immédiatement coupée par la journaliste Géraldine Woessner
...
cette valeur "inclut l'apport en eau des précipitations", selon l'hydroclimatologue Florence Habets. "La valeur évoquée par cette étude ne correspond donc pas au taux d'évaporation réel, qui varie évidemment en fonction d'un grand nombre de facteurs techniques, climatiques et saisonniers et ne peut être appliqué à tous les plans d'eau", explique la directrice de recherche au CNRS.
A l'inverse, la valeur de "30%" régulièrement citée par les opposants aux mégabassines est "probablement surévaluée", souligne Florence Habets, qui doit justement, dans les prochains mois, mesurer le taux d'évaporation de l'eau dans les bassins agricoles de Vendée pour disposer de données précises et propres à la France
....
le problème que pointe Emma Haziza, à l'instar d'autres scientifiques des sciences de l'eau, réside dans le fait que de l'eau soit prélevée et stockée dans un bassin et ne circule plus. "Lorsqu'elle est prélevée dans les nappes phréatiques pour alimenter les bassines, l'eau ne va pas continuer à alimenter le vivant le long de sa trajectoire initiale, au profit des quelques agriculteurs reliés au bassin. Et c'est pour ça qu'autant de scientifiques dénoncent ces projets", explique Julie Trottier, directrice de recherche au CNRS et enseignante à Sciences Po, spécialisée dans l'écologie politique de l'eau.
Contrairement à ce que peut laisser penser la publication de l'animateur Mac Lesggy, Emma Haziza ne sous-entend pas sur le plateau de Public Senat que l'eau des mégabassines pourrait être bue. Elle explique que les bassins agricoles sont propices au développement de micro-organismes, dont des cyanobactéries et la salmonelle, et qu'ils peuvent compliquer le pompage de l'eau, puisque leur prolifération entraîne notamment "des développements alguaires très importants".
Comme tout plan d'eau stagnante, les bassines agricoles présentent en effet des conditions favorables à la prolifération des bactéries, car ils sont souvent peu profonds et exposés à la chaleur. "C'est l'inverse des nappes [phréatiques], qui au contraire protègent de la température, de la lumière, voire permettent des dégradations de polluants", explique Luc Aquilina, professeur à l'université de Rennes, spécialisé dans la qualité des eaux souterraines et les impacts du changement climatique.
...
Les bassines et les mégabassines sont majoritairement utilisées pour des cultures très gourmandes en eau, telles que les céréales. Selon Florence Habets, l'exposition de ce type de cultures – qui ne sont pas consommées crues – à des cyanobactéries ou à la salmonelle ne présente pas nécessairement de risques pour la santé humaine. "Ce serait en revanche bien plus problématique sur des cultures maraîchères, des fruits et des légumes", explique l'hydroclimatologue. Au-delà des risques liés à la consommation, plusieurs études scientifiques, à l'instar de cette publication de 2021 dans Frontiers in Microbiolgy(Nouvelle fenêtre), démontrent par ailleurs que la salmonelle peut persister longtemps dans les sols à cause de l'irrigation.
Connu / https://bsky.app/profile/snetapfsu-hdf.bsky.social/post/3mfqspbobfc2g