Le 30 Mai 2026
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Isabelle Ferreras Directrice de recherches FNRS en sociologie à l’université de Louvain, chercheuse senior à Harvard et Oxford
Début février, le Comité international d’experts sur la démocratie au travail, présidé par la sociologue Isabelle Ferreras, autrice de nombreux ouvrages sur la question, remettait au gouvernement espagnol un rapport1 qui a rencontré un large écho.
En France, ce document sur la démocratie dans l’entreprise a ainsi donné lieu en avril dernier à deux journées de débat organisées par la chaire 3D&C de l’université de Lille. La portée du constat et des propositions du rapport dépasse en effet le seul contexte espagnol, l’ambition de ses auteurs étant de relancer le chantier de la démocratisation de la gouvernance et de la propriété des entreprises en France et dans les autres pays européens, aussi bien qu’à l’échelle communautaire.
Un chantier d’autant plus urgent, jugent-ils, que la démocratisation des entreprises paraît incontournable pour faire face aux grands défis qui se posent à nos sociétés contemporaines, telle la crise écologique, comme nous l’explique Isabelle Ferreras dans cet entretien.
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il n’est pas raisonnable de croire que le projet de la démocratie politique est possible sans penser la démocratie économique.
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Thomas Coutrot a bien montré que là où les personnes ne disposent pas d’autonomie au travail, elles n’ont pas le réflexe de participer aux élections ou bien elles votent à l’extrême droite. Dans la France de 2026, face à la montée du Rassemblement national et au ralliement à ce dernier d’une partie du patronat, il y a une véritable urgence à agir.
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mettre en place un indice de développement démocratique des entreprises basé sur le degré de participation des travailleurs à la fois à la décision et à la propriété de l’entreprise. Celui-ci serait lié à un système de bonus-malus : les entreprises qui souhaiteraient rester despotiques sur les deux plans se verraient appliquer un taux d’imposition plus important que celles plus vertueuses, et n’auraient pas accès aux marchés publics ni aux subventions.
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avancer sur une boussole de démocratisation, qui consisterait à reprendre à l’échelle européenne les propositions que nous formulons pour l’Espagne. Alors que l’Union européenne pâtit d’un déficit démocratique, si elle appuyait cette dynamique de démocratisation de l’économie, elle y gagnerait auprès des citoyens européens une légitimité qu’elle ne possède pas actuellement et commencerait à sérieusement renforcer sa résilience.
Propos recueillis par Marc Chevallier