Opinion - 6 min
Le 06 Mai 2026 / Julien Fosse Biologiste, chargé d'enseignement en géopolitique de l'environnement au CERES
En s’engageant dans un conflit contre I’Iran, les gouvernements américain et israélien ont provoqué un choc pétrolier historique. Un scénario daté : les crises alternant flambées des cours et accalmies se répètent depuis les années 1970. A chaque secousse, les pays importateurs d’énergies fossiles se trouvent fragilisés, l’inflation galope et les producteurs d’hydrocarbures s’enrichissent. Et, invariablement, l’indispensable sevrage de notre dépendance au pétrole est prôné par les gouvernants.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est inscrit dans cette lignée en esquissant le 10 avril un plan d’électrification massive des secteurs des transports et du logement.
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Electrifier, certes…
La consommation mondiale d’or noir a crû de 63 millions de barils par jour au début des années 1970 à plus de 100 millions aujourd’hui. Chaque choc pétrolier a renchéri les prix, rentabilisant des ressources plus difficiles d’accès et repoussant sans cesse les limites de l’exploitation. Mais ce cycle choc d’adaptation et relâchement atteint désormais ses limites : les ressources les plus accessibles ont été largement exploitées. Et le réchauffement climatique appelle une réduction drastique et rapide de nos émissions de gaz à effet de serre.
Heureusement, au-delà de la nécessaire sobriété énergétique, les technologies d’optimisation des usages sont désormais disponibles à grande échelle. Ainsi, sous réserve d’un soutien financier adapté, la rénovation thermique des bâtiments, l’électrification des transports, le déploiement de pompes à chaleur pourraient être massifiés.
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si l’électricité décarbonée est essentielle à la transition énergétique, elle ne peut répondre à l’ensemble des usages, notamment dans l’industrie, le transport lourd ou le chauffage de certains bâtiments, comme l’a rappelé la troisième et dernière version de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3).
La biomasse, oui mais…
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Issue de ressources organiques – bois, résidus agricoles, déchets, biogaz produits à partir d’effluents d’élevage –, elle est renouvelable sous conditions, peut produire de la chaleur, de l’électricité ou des carburants et ne nécessite pas de repenser radicalement les systèmes existants d’acheminement ou de stockage.
Son rôle est déjà significatif : en Europe, elle constitue la première source d’énergie renouvelable, notamment pour la production de chaleur. Elle apparaît ainsi comme un complément indispensable aux énergies vertes intermittentes, comme l’éolien ou le photovoltaïque.
Au-delà de ses propriétés techniques, la biomasse constitue en outre un levier de souveraineté énergétique
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Dans un contexte de changement climatique qui pèse sur les rendements agricoles et forestiers et accroît les compétitions entre usages, la biomasse ne peut être envisagée comme une solution à la crise énergétique que sous deux conditions : être produite dans une logique de soutenabilité, et s’inscrire dans un mix énergétique équilibré. Alors que le potentiel d’accroissement de la production de biomasse apparaît limité, comme le soulignait France Stratégie dès 20212, les efforts de sobriété et d’efficience resteront conséquents.
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Financer la transition et encadrer les usages
Par le passé, les réponses apportées aux crises ont souvent consisté à amortir les effets de la hausse des prix par des subventions aux énergies fossiles, grevant de fait le budget de l’Etat. Une stratégie plus cohérente consisterait à orienter ces ressources vers des investissements de long terme dans la transition. Dans cette perspective, la taxation des profits exceptionnels des compagnies pétrolières pourrait être envisagée, notamment pour financer des projets territoriaux de valorisation de la biomasse agricole ou forestière, créateurs d’emplois non délocalisables.
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se réfléchir dans le prolongement des logiques de sobriété et d’efficience, sans porter préjudice à la transition écologique du système agri-alimentaire dans son ensemble. Un exercice difficile s’annonce donc pour imaginer une transition énergétique harmonieuse, planifiée sur le temps long, et sortir d’une réponse ponctuelle à l’urgence.
Ce sera l’un des défis de la future stratégie nationale de mobilisation de la biomasse, dont le calendrier découle de la programmation pluriannuelle de l’énergie, dont la troisième version (PPE 3)3 a été publiée le 12 février
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- Transcript of Carter’s Address to the Nation About Energy Problems - The New York Times.
- « Biomasse agricole : quelles ressources pour quel potentiel énergétique ? » | Haut-commissariat à la stratégie et au plan.
- Décret n° 2026-76 du 12 février 2026 relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie - Légifrance.