Environnement, climat : désordres et combats
L’activité humaine serait-elle devenue une force tellurique si puissante qu’elle altère irréversiblement l’environnement ? Cette hypothèse porte un nom : l’anthropocène. Les chercheurs débattent sur le début de cette nouvelle ère. L’enjeu est à la fois scientifique et politique.
Inconnu il y a vingt ans, le mot « anthropocène » figure à ce jour dans le titre de trois revues universitaires, d’une douzaines de livres, de centaines d’articles, blogs et sites Internet. Rarement un terme scientifique aura si vite intégré le vocabulaire courant. Mais bien plus qu’un simple effet de mode, il recouvre des débats décisifs pour l’avenir même de la vie sur Terre. En voici une définition, proposée par les spécialistes de l’environnement Will Steffen, Paul Crutzen et John McNeill : « Le terme “anthropocène” (...) suggère que la Terre est désormais sortie de son ère géologique naturelle, la période contemporaine interglaciaire appelée l’“holocène”. Les activités humaines sont devenues tellement envahissantes et intenses qu’elles concurrencent les forces de la nature et entraînent la planète vers une terra incognita, qui se caractérise par une moindre diversité biologique, la déforestation et un climat plus chaud et probablement plus humide et instable (1). »
Ian Angus
Rédacteur en chef de la revue en ligne Climate & Capitalism, co-auteur de Too Many People ? Population, Immigration, and the Environmental Crisis, Haymarket Books, Chicago, 2011. Cet article est tiré d’un texte publié dans la Monthly Review de septembre 2015, préfigurant un livre à paraître en 2016 aux éditions Monthly Review Press, New York. Lire aussi sur le sujet : Christophe Bonneuil, « Tous responsables ? », Le Monde diplomatique, novembre 2015.