Vers un « scandale d'État » ?
Publié le 13/02/2025 à 15:44 Par Marianne avec AFP
Derrière la polémique politique que suscite l'attitude de François Bayrou dans l'affaire des accusations d'agressions sexuelles au sein d'un établissement catholique béarnais, des témoins et l'opposition de gauche mettent en cause la proximité de l'actuel Premier ministre avec cette institution et ses incidences.
Jusqu'où iront les répercussions de cette affaire ? Depuis les révélations de Mediapart du 5 février, François Bayrou est dans la tourmente, alors qu'une partie de la gauche appelle à sa démission. Et pour cause, le Premier ministre est accusé d’avoir menti pour couvrir l’institution catholique Notre-Dame-de-Bétharram, située dans son département des Pyrénées-Atlantiques, où ses enfants ont été scolarisés et son épouse a enseigné le catéchisme.
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Que lui opposent des témoins ?
Françoise Gullung, professeure de mathématiques à Bétharram de 1994 à 1996, a porté plainte à l'époque pour y dénoncer un climat violent. « J'en ai parlé de vive voix à François Bayrou pour lui dire qu'il fallait être vigilant parce qu'il se passait des choses anormales », affirme-t-elle aujourd'hui, ajoutant avoir alors également écrit, avec l'infirmière du collège-lycée, au conseil général des Pyrénées-Atlantiques où il siégeait. Pour le père du garçon victime de la violente claque en 1996, François Bayrou « était absolument au courant » et « n'a eu aucune réaction ».
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Selon Alain Esquerre, plaignant à l'origine de la dénonciation collective des faits l'an dernier, ce religieux était en réalité « un ami de la famille Bayrou ». « Sa femme était aux obsèques » du prêtre en 2000, ajoute une autre victime, Jean-Marie Delbos. Mediapart a aussi dévoilé ce mardi 11 février la lettre d'un ancien élève adressée en mars 2024 à François Bayrou qui raconte des faits d'attouchements subis à la fin des années 1950, restée sans réponse. Selon le procureur de Pau, interrogé ce mercredi 12 février, les auditions de victimes sont terminées et le parquet doit décider désormais des suites judiciaires à donner.
Que dénoncent opposition et victimes ?
La France insoumise (LFI) dénonce un « scandale d'État » et réclame une commission d'enquête, en accusant le Premier ministre de « mensonges », ce qu'il réfute. Ministre de l'Éducation jusqu'en mai 1997, redevenu ensuite député et président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, François Bayrou aurait dû, pour certains, déclencher l'article 40 du code de procédure pénale qui lui imposait de signaler à la justice des faits criminels ou délictueux dont il aurait eu connaissance avant elle.
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Mais « savait-il ? », a interrogé ce jeudi 13 février sur France Info Me Thierry Sagardoytho, l'avocat qui représentait la victime de viol en 1998. « Il savait, à mon sens, ce que tout le monde savait en lisant la presse », estime le conseil. De même pour les « châtiments corporels » qui faisaient partie de « la charte éducative de l'établissement », ajoute Me Sagardoytho. « C'était connu », résume-t-il.
En mai 1996, un mois après le dépôt de la plainte pour violence, François Bayrou s'était rendu à Notre-Dame-de-Bétharram, en tant que ministre de l'Éducation, à l'occasion de la réception de travaux. Il avait alors pris la défense de l'établissement face aux « attaques » ayant suscité « un sentiment douloureux et un sentiment d'injustice » chez de nombreux Béarnais, avait relaté Sud-Ouest à l'époque.
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Alain Esquerre reproche à François Bayrou de « n'avoir pas eu un mot » pour les victimes avant d'y être forcé, ce mardi 11 février, par la question d'un député. À laquelle il a répondu, jugent les socialistes dans un communiqué, avec une « légèreté inacceptable », sans prononcer le mot « victimes ».