5 ans après, cette décision inouïe – celle de nous enfermer chez nous – a fait cavaler les rumeurs les plus farfelues et les théories du complot les plus vivaces.
L’épidémie de Covid a été l’épiphanie des conspirationnistes : une aubaine ! Le politiste de Cambridge Hugo Drochon avait bien résumé cela : « Douter de tout conduit souvent à croire n’importe quoi ».
La foire aux bobards a donc battu son plein : la 5G chinoise responsable de la propagation du virus, Bill Gates qui aurait financé la pandémie et planifié la vaccination, l’hydroxychloroquine remède-miracle que le gouvernement français a interdit parce qu’il n’était pas assez cher, Big Pharma qui tire les ficelles, des vaccins bâclés qui augmentent les cas de COVID, etc…
En revanche, ceux qui prétendaient que le virus avait pu sortir d’un laboratoire n’auraient pas dû être taxés de complotisme. Ils n’avaient alors aucun élément pour l’affirmer, mais la thèse est depuis considéré comme plausible. C’est ainsi : même les paranoïaques ont des ennemis…
Qui est responsable de cette « infodémie » ?
Les premiers responsables sont ceux qui n’ont pas su inspirer confiance : le revirement du gouvernement sur le port du masque – qui était aussi un revirement scientifique – a grandement affaibli la parole officielle.
Et si le complotisme antivax n’est pas un phénomène français, nous avons eu le privilège d’avoir chez nous la star mondiale du discours alternatif : Didier Raoult. Et un président Emmanuel Macron, qui a cru bon d’aller flatter le druide jusque dans son bureau. Il n’a pas été le seul. Des politiques, des people sans aucune compétence ont aussi relayé n’importe quoi.
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Enfin pour la première fois, le discours conspirationniste a débordé les réseaux sociaux pour alimenter des plateaux de chaines infos dont les succès d’audiences ne tiennent pas à leur capacité à produire de la vérité, mais à fabriquer des controverses. Et donc pour le Covid, à surexposer des paroles dissidentes ou marginales. Ou à les mettre au même niveau que les consensus scientifiques les mieux établis. C’est ainsi que le journalisme se convertit en relativisme. Si on considère qu’un fait scientifique n’est qu’un élément du débat ou une opinion comme une autre, alors au nom de la liberté d’expression, le charlatan devient légitime. Et quand il a une grande gueule, il n’est ni contesté, ni contredit.
2020, l'année de la post-vérité
Voilà qui fut un renversement : 2020 aura été l’année où la post-vérité est sortie des « bulles » d’Internet pour se répandre devant micros et caméras. Des pratiques qui ont gangréné le débat public de façon durable. C’est cela aussi l’héritage du Covid.
Enfin terrible régression au pays de Trump, 5 ans après le début de la pandémie : les États-Unis se sont retirés de l’OMS. L’une des plus prestigieuses universités dédiées à la recherche médicale Johns-Hopkins, étranglée par les coupes budgétaires, va licencier 2 000 personnes. Le pays connait une flambée de rougeole, maladie qui était déclarée éliminée depuis 25 ans.
Et le nouveau ministre de la Santé Kennedy Jr, qui a passé sa vie à dénoncer le vaccin anti-rougeole, a été chaudement félicité… par Didier Raoult : « Une embellie arrive aux USA ! Kennedy va nous aider à remettre la boussole au nord ! » L’offensive antiscience connaît aujourd’hui sa 2e vague.
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