Entretien — Montagne - Durée de lecture : 8 minutes
L'anthropologue Nastassja Martin et le photographe Olivier de Sépibus à Paris, le 20 mars 2025. - © Mathieu Génon / Reporterre
La fonte des glaciers est une métamorphose plutôt qu’une disparition, selon Nastassja Martin et Olivier de Sépibus. Dans « Les Sources de glace », l’anthropologue et le photographe appellent à repenser nos liens avec ces géants.
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en ayant ainsi objectivé et extériorisé la nature, on a rompu avec les multiples relations qui nous liaient à de nombreux êtres et entités. Pour produire le monde moderne et gagner en efficacité, ces liens ont été coupés. Les crises écosystémique et climatique sont un effet de cette histoire-là, qui est aussi une histoire picturale.
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il existe des passerelles entre ce que disent la science moderne et les cosmologies autochtones ... en chantant et en jouant des instruments à vent, car l’air est pensé comme vecteur principal de dialogue avec ces entités.
La science dit exactement la même chose : l’atmosphère est le lieu d’échange par excellence des cycles biogéochimiques, du cycle du carbone, de la photosynthèse, etc. Il y a des idées maîtresses qui ressortent, qui permettraient de recomposer nos représentations sans rejeter les unes ou les autres.
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même chez nous, nous avons les puissances pour répondre aux logiques moderners très réductionnistes et binaires.
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La solastalgie [une détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux] n’est pas selon moi causée par l’écroulement du monde, mais par l’empêchement d’agir dans lequel nous maintient la violence d’État.
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La géoingénierie veut nous faire croire qu’on peut réparer le climat, ce qui est faux. Même si on arrêtait demain nos émissions de gaz à effet de serre, la plupart des glaciers seraient condamnés dans les Alpes.
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Les Sources de glace, de Nastassja Martin et Olivier de Sépibus (photographies), aux éditions Paulsen, mars 2025, 184 p., 37 euros.