La municipalité de Tulle, ville pourtant réputée pour sa relative tranquillité, met progressivement en place un système de vidéosurveillance, aux entrées de ville et dans différents quartiers. Ce n’est pas fait en catimini puisque le maire s’en vante dans son éditorial de Tulle mag (n° 182 de janvier-février 2025) ! Il affirme, avec l’aplomb de ceux qui osent tout, que ce dispositif permettra de « dissuader les auteurs de délits et de nuisances1 ».
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Ce type de dispositif est emblématique de la société de contrainte3 qui se met progressivement en place. Elle accompagne les développements technologiques que d’aucuns – benêts, idiots utiles – considèrent encore comme « neutres ». La technologie est destinée à modifier nos vies, donc, par nature, elle n’est pas neutre ; et elle porte en elle-même toutes les dérives possibles. Tant les ingénieurs que les citoyens qui l’adoptent en premier ou par suivisme sont responsables de sa généralisation et de la société de plus en plus inhumaine qu’elle engendre. La société de contrainte est celle de l’espionnage par les compteurs communicants, de l’usage impératif d’un téléphone mobile voire d’un ordiphone dans certaines situations, du recours nécessaire à internet pour certaines démarches administratives, de l’envisageable fin de l’argent liquide, etc. C’est aussi, au-delà, celle que crée la reproduction artificielle et le transhumanisme, qui, petit à petit, conduiront à discriminer ceux qui n’auront pas recours aux moyens biotechnologiques pour s’affranchir de leurs limites physiques.
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- La création de la police municipale en 2020 avait déjà les mêmes objectifs… Devons-nous conclure à son inutilité ?
- Qui peut déterminer que telle personne empruntait telle rue dans tel sens à 14 h 24, puis telle autre à 14 h 29, qu’elle est entrée dans tel commerce ou dans tel immeuble à 14 h 30 et en est ressortie à 14 h 43.
- En 2008, Pièces et main d’œuvre écrivait : « La société de contrôle, nous l’avons dépassée ; la société de surveillance, nous y sommes ; la société de contrainte, nous y entrons. » (Terreur et possession – Enquête sur la police des populations à l’ère technologique, L’Échappée).
- Si les commerçants constatent une baisse de leur chiffre d’affaires, qu’ils s’en prennent à la municipalité !
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Aurélien Bernier
Utopia, Paris, 2020, 192 pages, 10 euros.
Après avoir déconstruit la fable de la « mondialisation heureuse », Aurélien Bernier s’attaque dans son dernier essai à celle d’un « localisme » tout aussi béat. L’idéologie a imprégné le Parti socialiste au cours des années 1970, à la faveur de son repli électoral sur les mairies, de l’essor de la question écologique et de l’émergence d’une « deuxième gauche » antiétatiste. Bernier pointe les faux-semblants des lois de décentralisation de 1982 et 1983, qui amorcent en fait un processus de regroupement forcé des collectivités. Or cette régionalisation, favorisée par l’Union européenne, étouffe l’économie locale, l’éligibilité aux fonds structurels européens étant conditionnée au respect de la libre concurrence et de l’ouverture aux investissements privés. L’exemple de l’annulation d’un référendum prévu par le Gers sur les organismes génétiquement modifiés au motif que le département n’est pas compétent pour interdire une expérimentation autorisée nationalement illustre l’« arnaque » consistant à faire passer la « proximité » administrative pour de la démocratie.
Ndlr : société de contrainte ?!