Le 8 juin 2021 | 5min. de lecture
En bref
L’open source conserve une image d’écosystème indépendant des GAFAM, collaboratif et bénévole, mais la réalité contredit cette idée…
… Puisque les géants du web sont en réalité les plus gros contributeurs aux projets de logiciels libres.
Seul 15% du code Linux est ainsi encore produit par des bénévoles.
Cela a amené des changements dans la propriété intellectuelle : de plus en plus de licences open source sont en effet modifiées dans le but de s’approprier les logiciels développés.
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Des contributions bénévoles ? La question du travail rémunéré…
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Qui sont les entreprises contributrices ?
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De la maîtrise de l’infrastructure digitale à celle de la donnée
Aujourd’hui, c’est toute l’infrastructure digitale d’Internet qui repose sur des logiciels libres (tels que Linux, Kubernetes, et plus généralement toute la pile logicielle sur laquelle les « clouds » commerciaux sont bâtis), et par là même les plateformes de services Internet destinés aux entreprises ou au grand public, tels que les moteurs de recherche ou les réseaux sociaux. Ces plateformes permettent aux géants de l’IT qui les ont développées de collecter, de traiter et de valoriser des quantités de données qui sont au cœur de leurs modèles d’entreprises.
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Quel futur pour le logiciel libre ?
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ces entreprises en retiennent le mode de développement collaboratif mais placent au second plan ses principes et ses valeurs de partage, d’indépendance et de liberté. Cela se matérialise notamment par l’ignorance des principes portés par les licences libres comme dans l’« Inner Source »7, ou leur contournement, comme dans le cas de l’appropriation du code libre distribué en mode SaaS8 ou celui de l’utilisation de CLA (Contributor License Agreement), permettant de changer la licence régissant un logiciel.
Pourtant, de nombreux acteurs du logiciel libre sont encore aujourd’hui attachés à ces principes fondateurs et militent pour leur respect, nécessaire pour garantir la pérennité de l’écosystème libre, aujourd’hui remise en question par la domination des géants de l’IT. Cela passe par la promotion d’une diversité de plateformes et services décentralisés et interopérables alternatifs, à l’instar de « l’archipélisation » que propose l’association Framasoft, le standard ouvert Matrix pour la communication en temps réel sécurisée et décentralisée, ou encore NextCloud, solution d’hébergement de fichiers et de collaboration à l’architecture ouverte.
Mais au-delà de ces initiatives se pose la question du rôle de l’État dans la régulation et le financement de plateformes alternatives permettant la préservation de la souveraineté des données et la protection de la vie privée. En effet, les projets libres reposant sur des communautés de bénévoles ne sont-elles pas le pot de terre face au pot de fer des géants de l’IT bénéficiant de ressources quasi-illimitées pour rémunérer les développeurs de leurs propres plateformes libres ?
1 De Laat, P.B. (2005). Copyright or copyleft?: An analysis of property regimes for software development, Research Policy, 34(10), 1511–1532.↑
2 Von Hippel, E. (2005). Democratizing Innovation. The MIT Press↑
3 The Linux Foundation (2016). The Linux Foundation Releases Development Report Highlighting Contributions to the Linux Kernel Ahead of 25th Anniversary of Linux. https://www.linuxfoundation.org/press-release/2016/08/the-linux-foundation-releases-development-report-highlighting-contributions-to-the-linux-kernel-ahead-of-25th-anniversary-of-linux/↑
4 O’Neil, M., Cai, X. Muselli, L., Pailler, F. & Zacchiroli, S. (2021). The coproduction of open source software by volunteers and big tech firms. Canberra : DCPC / News & Media Research Centre, University of Canberra. Ce projet de recherche a été financé par la Alfred P. Sloan Foundation et le fonds Critical Digital Infrastructure (2019–2020) de la Ford Foundation.↑
5 Butler, S. et al. (2019). On company contributions to community open source software projects. IEEE Transactions on Software Engineering. https://doi.org/10.1109/TSE.2019.2919305↑
6 O’Neil, M., Muselli, L., Raissi, M. & Zacchiroli, S.(2021).‘Open source has won and lost the war’: Legitimising commercial–communal hybridisation in a FOSS project, New Media and Society, 23(5),.1157–1180.↑
7 L’« Inner Source » consiste, pour une entreprise, à implémenter les meilleures pratiques de développement du logiciel libre, mais en gardant des licences propriétaires pour le code ainsi développé.↑
8 En mode SaaS (Software as a Service), les logiciels sont exécutés à distance sur les serveurs du fournisseur de services. L’utilisateur souscrit donc à un contrat de service plutôt qu’à un contrat de licence d’utilisation, ce qui crée une » faille » dans le principe de licence libre : le fournisseur de services n’est en effet plus obligé d’offrir l’accès au code, privant de ce fait l’utilisateur des libertés que le logiciel libre était censé garantir.↑
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Auteurs
Laure Muselli maître de conférences en management des systèmes d’Information à Télécom Paris et chercheuse à l’institut interdisciplinaire de l’innovation (I³-SES/CNRS)
Les recherches de Laure Muselli portent sur la façon dont les nouvelles logiques telles que la transformation numérique ou l'open source modifient le travail, les professions, les identités et les pratiques au sein des organisations.