Quotidien Shaarli
November 26, 2018
53 minutes
Ce jour-là la future psychanalyste, coupe à la garçonne et robe Christian Dior, épouse à 14 ans le séduisant acteur, rencontré un an avant à Naples sur le tournage de “Madame Sans-Gêne”. Sa mère Françoise Giroud, directrice de l'Express, fait confiance à sa fille et accepte sa décision malgré la différence d'âge.
7 juin 1962, Caroline Eliacheff se marie avec Robert Hossein © Caroline Eliacheff (Photo personnelle)
Une jeune fille de son époque
Sa mère aurait pu casser le projet de la jeune Caroline encore largement mineure, (la majorité est alors fixée à 21 ans) en l’envoyant dans un pensionnat en Angleterre, mais au final, considérant que sa fille était responsable. « Elle m’a aidé à passer de l’état de petite jeune fille à celui de jeune femme. Avec ce mariage, je n’ai eu aucun problème ni avec la société, ni avec ma mère, ce qui aujourd’hui paraît extravagant »
La seule chose que Françoise Giroud exige alors de sa fille c’est qu’elle poursuive ses études, même si l’idée d’arrêter sa scolarité n’a alors jamais effleuré la jeune Caroline. « Je voulais faire médecine et je l’ai fait », et ce malgré les paparazzi qui font le pied de grue en bas de chez elle.
Voilà ce qu’on pouvait lire dans le quotidien Paris Jour le jour des noces : « Robert Hossein-Caroline : mariage secret aujourd’hui », « Dans la propriété où Robert Hossein se marie, il n’y aura autour de lui que les parents directs et les témoins de la cérémonie. A 34 ans le comédien va commencer une nouvelle vie, quant à Caroline, il est peu probable qu’elle continue ses études, elle avait réussi à faire sa seconde par correspondance, mais renoncera sûrement aux lauriers du baccalauréat pour devenir une parfaite femme d’intérieur. »
Caroline Eliacheff, est alors une jeune fille de son époque, e poste de radio est sans cesse branché sur l’émission phare « Salut les copains », et elle sort tous les soirs au théâtre. En 1962 Françoise Hardy passait pour le première fois à la télévision, Claude François chantait « Belle belle belle », Johnny Hallyday était « l’idole des jeunes », les Chats Sauvages twistait à « Saint-Tropez ».
Une mère comme toutes les autres mères, qui a fait comme elle a pu
« J’ai toujours eu du mal à parler de la relation avec ma mère. Une relation incompréhensible. On n’était pas très proches -Je n’étais pas au centre de sa vie, ni elle au centre de la mienne – tout en étant très solidaires. Elle ne m’a jamais critiqué, la seule remarque qu’elle m’ait faite ? « Tu es mal coiffée ! ».
La petite fille grandit avec la certitude d’être aimée, même si elle ne voit pas souvent sa mère. Pour ses sept ans, Françoise Giroud lui adresse une magnifique lettre d'anniversaire qui sera publiée dans le magazine Elle, dont elle dirige la rédaction au début des années 1950. Elle se conclut ainsi :
Soyez secrète si vous souhaitez être forte et soyez tendre si vous souhaitez être belle. Secrète, forte, tendre, et belle. Oui, voilà Mademoiselle comment j’espère vous voir le soir de vos vingt ans. Alors quel que soit votre destin, je sais que vous l’assumerez avec dignité. Voilà sans doute un lourd programme pour une si petite fille. Il n’est pas encore temps pour vous de faire halte le jour de votre anniversaire sinon pour vous assurer que l’on vous entoure, pour vérifier vos points d’appui. Alors effaçons tout et recommençons. Un anniversaire, Mademoiselle, c’est tout simplement une façon de dire : « je suis là et je vous aime ».
Devenir pédopsychiatre : une décision prise très jeune
Pour moi, c’était le moyen de mieux comprendre ce qui se passait dans ma propre famille où on ne se parlait pas beaucoup ni de nos émotions ni des événements passés dans les générations précédentes. Beaucoup de secrets et de non-dits.
Caroline Eliacheff est déjà une psychanalyste confirmée lorsqu’elle rencontre Françoise Dolto en 1986 en assistant à ses consultations, les deux dernières années où elle a exercé auprès des tout petits placés par l’aide sociale à l’enfance à la pouponnière d’Antony en région parisienne.
Elle a publié à la fin de l’été dernier un livre sur la grande psychanalyste des enfants, comme un hommage pour celle dont l’héritage a été sous-estimé. Critiquée par l’institution psychanalytique, Dolto est jugée trop intuitive. On lui reproche d’avoir contribué au couronnement de l’enfant.
On en a parlé :
Les livres de Caroline Eliacheff :
Françoise Dolto. Une journée particulière, paru chez Flammarion en août 2018
Mères-Filles, une relation à trois, en collaboration avec Nathalie Heinich, paru chez Albin Michel en 2002, disponible au Livre de Poche
Sur ce site, certains articles de Françoise Giroud sont disponibles comme celui qu'elle écrivit juste après la mort de Marilyn Monroe en août 1962.
Françoise Dolto. Lorsque l'enfant paraît. Intégrale de l'anthologie radiophonique. Une émission de France Inter animée par Jacques Pradel au milieu des années 70 avec la complicité de la psychanalyste pour enfants, Françoise Dolto. Un coffret édité chez Frémeaux&Associés
Vous avez pu entendre :
"Dactylo rock", Les Chaussettes Noires et Eddy Mitchell (1961)
"Big Girls Don't Cry", Franckie Valli et The Four Seasons (1962)
"Good Day", Jonathan Jeremiah (2018)
Les références du générique de l'émission :
"Le Temps est bon" d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi
Les invités
Caroline Eliacheff
Psychanalyste et pédopsychiatre
Les références
Françoise Dolto - Une journée particulière écrit par Caroline Eliacheff (Flammarion)
L'équipe
Zoé Varier Productrice
Flora Bernard Réalisatrice
Rebecca Denantes Attachée de Production
Djubaka Programmateur musical
Mots-clés : Culture psychanalyse enfants
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Simon Kervegan est un patient de l'Hôpital Pinel. Il revient sur son parcours chaotique à l'hôpital psychatrique et nous donne à voir sa vision hors norme du monde.Avec Virginie Cresci.
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Actualités et politique
136 commentaires
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bouchut claude
bouchut claude
il y a 2 jours
Merci pour ce témoignage poignant et surtout lucide, je suis bouleversé. Son regard et son analyse sur le devenir de l’hôpital psychiatrique et même sur l'avenir de notre sécurité sociale est d'une clairvoyance surprenante. Je lui souhaite tout le bonheur qu'il lui a malheureusement manqué. La pause du diagnostic et l'encadrement de médecin d'une qualité exceptionnelle devrait lui permettre de reprendre une nouvelle vie.
La différence que l'on cache à son entourage est une lutte qui épuise énormément.
Société
Né après, du côté de La Place de la Nation, sur la Ligne 9 du métro parisien, sensible Au chic ouvrier, ce qui n’interdit pas l’Eloge de la fourrure et moins encore celui de La France du Tiercé, Guy Konopnicki redoute Le silence de la ville, s’inquiète de La gauche en folie, assume La faute des juifs et avoue avoir un peu évolué depuis Le jour où De Gaulle est parti… Ces titres et quelques autres le définissent, romancier et journaliste, Konop dans la Série Noire et chroniqueur à Marianne
Un serpent de mer montre sa tête chaque fois que l'on nomme un nouveau ministre de l'Intérieur : comment organiser l'islam de France, lui permettre de construire des mosquées et de former ses imams sans dépendre des théocraties orientales ? Confronté à cette embarrassante question, Christophe Castaner envisage tranquillement de « modifier » la loi de 1905, qui n'est pas, à ses yeux, un « tabou ». L'emploi de ce terme n'est pas innocent : l'attachement des républicains à la loi séparant les Eglises de l'Etat relève donc, pour le ministre de l'Intérieur, d'un interdit assimilé à ceux des croyances primitives. Un tabou ! Or, la loi de 1905 résulte de deux siècles de combat de la raison contre l'obscurantisme, elle sépare ce qui relève de l'Etat, rien de moins que l'organisation de la société, et ce qui relève des Eglises, c'est-à-dire les cultes dont la République garantit le libre exercice, tout en refusant d'en adopter un et, bien sûr, de le financer.
Les inventaires qui ont suivi la séparation avaient pour objectif de rendre au peuple les biens qu'il avait financés, de force, au long des siècles, par l'impôt. Sans toucher à la loi de 1905, et donc sans financer les cultes, l'Etat et les communes versent des subventions à des associations caritatives, culturelles et sociales, ainsi qu'aux établissements d'enseignement sous contrat. Les associations musulmanes sont traitées de la même manière et soumises aux mêmes règles que celles qui relèvent de l'Eglise, du Temple ou de la Synagogue. Pourquoi faudrait-il modifier cette loi, si ce n'est pour financer directement un culte et construire des mosquées ? L'argument, repris par Castaner, n'a jamais varié : il faudrait, nous dit-on, construire un islam de France, à l'abri des influences néfastes. Autant dire que les musulmans ne pourraient respecter les lois de la République qu'à la condition de modifier celle qui concerne les cultes ! Après plus d'un siècle de pratique laïque, il faudrait donc reconnaître une catégorie de citoyens, définis par leur religion, et retailler une loi à leur convenance. On ne saurait mieux céder aux revendications communautaristes.
Une fois de plus, le ministre de l'Intérieur...
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